Mars Bleu : ce cancer tue en silence en Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, le cancer colorectal progresse en silence. Trop souvent diagnostiqué tardivement, il frappe des familles entières.
Face à une inaction publique organisée, la société civile se mobilise et prend ses responsabilités.
Une mobilisation citoyenne face à un enjeu majeur de santé publique
Le comité de Nouvelle-Calédonie de la Ligue contre le cancer organise, dans le cadre de Mars Bleu, une grande journée de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal.
Le rendez-vous est fixé au samedi 7 mars 2026, de 9 h à 15 h, à Hyper U Païta.
Sur place, un stand d’information et de prévention permettra au public d’échanger directement avec deux spécialistes : le Dr Margaux Pomarat et Baptiste Simoni, médecins gastro-entérologues.
Une présence rare et précieuse dans un territoire où les délais de consultation peuvent s’allonger.
L’événement comprendra également un stand de vente de produits dérivés afin de récolter des fonds pour la Ligue.
Un engagement concret, loin des discours creux. Car les chiffres sont clairs.
Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent en Nouvelle-Calédonie.
On recense environ 85 nouveaux cas par an. Près de 45 concernent des hommes, contre 40 des femmes. Une personne sur 30 développera ce cancer au cours de sa vie.
Et surtout, 85 % des diagnostics concernent des personnes de plus de 50 ans. Plus grave encore : trois cancers sur cinq sont diagnostiqués à un stade avancé. Un constat qui interroge.
En Nouvelle-Calédonie, il n’existe toujours pas de programme public organisé de dépistage du cancer colorectal.
Le dépistage repose essentiellement sur l’initiative individuelle et la vigilance des médecins. Une situation qui contraste avec l’Hexagone, où un programme national cible les personnes de 50 à 74 ans.
Un cancer silencieux qui frappe tardivement
Le cancer colorectal affecte le côlon ou le rectum. Il se développe le plus souvent à partir d’un polype adénomateux.
Selon l’Institut national du cancer, il évolue généralement à partir d’un adénome, certains types notamment l’adénome villeux présentant un risque accru de transformation maligne.
La maladie reste longtemps silencieuse.
Les symptômes apparaissent souvent tardivement : changements du transit intestinal, diarrhée ou constipation persistante, sang dans les selles, douleurs abdominales répétées, sensation que l’intestin ne se vide pas complètement, fatigue inhabituelle, perte de poids inexpliquée, anémie liée à des pertes sanguines invisibles.
Autant de signaux d’alerte qui doivent conduire à consulter. Les facteurs de risque sont multiples. Ils peuvent être génétiques.
Le syndrome de Lynch ou la polypose adénomateuse familiale exposent davantage au risque de développer la maladie. Ils peuvent également être liés à l’âge. Mais ils sont aussi environnementaux et comportementaux.
Alimentation riche en viande rouge et en charcuterie. Faible consommation de fibres. Sédentarité. Tabagisme. Consommation excessive d’alcool. Obésité. Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Autant de facteurs sur lesquels chacun peut agir. Refuser la fatalité, c’est aussi reprendre le contrôle de son hygiène de vie.
Un test simple, rapide et accessible en Nouvelle-Calédonie
Bonne nouvelle : il est désormais possible de s’autotester en Nouvelle-Calédonie.
Le kit de dépistage du cancer colorectal repose sur une technique dite du double anticorps, parfois appelée « test sandwich ».
Son principe est simple : certaines anomalies intestinales provoquent des micro-saignements invisibles à l’œil nu.
Le test permet de détecter la présence de sang dans les selles. Le matériel est facile d’utilisation.
Aucun régime alimentaire n’est nécessaire avant le test, contrairement aux anciennes générations.
Une fois les manipulations effectuées selon la notice, le résultat apparaît en cinq minutes.
Dans l’Hexagone, l’échantillon est envoyé en laboratoire pour analyse. En cas de résultat positif ou douteux, le médecin peut prescrire une coloscopie.
Cet examen consiste à explorer l’intérieur du côlon à l’aide d’une caméra, sous anesthésie générale.
Le traitement du cancer colorectal repose principalement sur la chirurgie.
Il s’agit d’enlever la partie atteinte du côlon ou du rectum.
Selon le stade, une chimiothérapie et/ou une radiothérapie peuvent être proposées. D’où l’importance capitale du dépistage précoce.
Détecté tôt, le cancer colorectal se soigne beaucoup mieux. Ignoré, il peut devenir dramatique.
La journée Mars Bleu à Païta n’est donc pas un simple événement symbolique. C’est une initiative concrète de prévention, ancrée dans le réel.
Dans un territoire où la solidarité ne doit pas être un mot creux, chacun est appelé à se mobiliser.
Se faire dépister n’est ni honteux ni accessoire. C’est un acte de responsabilité individuelle et familiale.
Le 7 mars 2026, à Hyper U Païta, la prévention sort des cabinets et va à la rencontre des Calédoniens.
Parce que la santé n’attend pas. Parce que la vie mérite mieux que l’indifférence. Et parce que face au cancer colorectal, le dépistage reste notre meilleure arme.

