Condamné à deux reprises puis partiellement blanchi par la Cour de cassation, le dossier Olivier Pérès s’apprête à connaître un troisième acte judiciaire décisif.
L’ancien chirurgien comparaîtra libre, sous contrôle judiciaire, devant la cour d’assises du Rhône du 14 au 18 décembre 2026.
Une audience hors du territoire, conséquence directe de l’annulation en 2024 de sa condamnation prononcée à Nouméa pour le meurtre d’Éric Martinez.
Les faits remontent au 13 septembre 2018, sur le golf de Tina, où trois coups de feu avaient mis fin à une relation devenue explosive entre deux voisins.
Depuis, l’affaire divise magistrats, avocats et opinion publique, autour d’une question centrale : meurtre ou légitime défense ?
Deux procès, deux verdicts différents, des peines lourdes, puis une cassation aux motifs de procédure.
Aujourd’hui âgé de 67 ans, Olivier Pérès continue de clamer qu’il a agi pour protéger ses enfants.
C’est dans ce contexte judiciaire brûlant, entre espoir de réhabilitation et colère intacte des parties civiles, qu’il prend la parole.
La Dépêche de Nouméa : Avec le recul, comment analysez-vous aujourd’hui la chaîne d’évènements qui a conduit aux faits du 13 septembre 2018 ?
Olivier Pérès : Pendant des années, j’ai vécu sous emprise psychique. Une intrusion toxique, lente, méthodique menée par un couple de pervers manipulateurs.
Rien de spectaculaire au départ, seulement une guerre invisible, menée dans l’ombre, là où la peur s’installe et où le réel se fissure.
Ils avaient bâti une réalité parallèle, un monde clos, cohérent, terrifiant. Une mise en scène de la terreur d’une intelligence glaçante, relevant d’un véritable génie maléfique. Leur manipulation ne se contentait pas de mensonges ordinaires, elle atteignait une sophistication délirante. Il convoquait des agents secrets, des satellites espions capables, disaient-ils, de surveiller ma femme alors en stage au Vietnam. Ils évoquaient des réseaux clandestins d’enlèvements de jeunes femmes, certaines prétendument massacrées pour des prélèvements d’organes. Ils décrivaient un univers souterrain de violence absolue, organisé, tentaculaire. Tout était pensé pour sidérer, pour terroriser, pour m’enfermer dans un état de peur permanente où toute résistance devenait impossible.
Parallèlement, ils fabriquaient à l’intention de ma femme des pseudo-preuves contre moi.
- De faux adultères.
- Des accusations d’inceste sur ma fille.
- Des violences imaginaires infligées à mes enfants.
- Des accusations de négligences et d’abandon de mes enfants que je refusais de nourrir.
Chaque mensonge venait consolider le précédent, chaque horreur rendait la suivante plus crédible. Le système était verrouillé : aucune échappatoire, aucun recul possible. Même les fictions les plus folles n’oseraient aller aussi loin. Et pourtant, cet univers a bel et bien existé, non comme réalité objective mais comme construction mentale imposée, comme une arme de destruction psychologique totale.
Ils m’avaient convaincu que cet homme était d’une dangerosité extrême, que mes enfants étaient menacés de mort.
L’urgence était absolue, le danger était imminent. Quand on vit sous emprise, on ne pense plus : on réagit. On ne choisit plus : on survit.
Le basculement est survenu dans la confusion la plus totale. Une attaque au couteau, un instant de panique brute. Et un acte irréversible commis dans la conviction, fausse et fabriquée qu’il n’existait plus d’autre issue.
Ce n’était pas un choix libre, c’était l’aboutissement d’un conditionnement prolongé, d’une manipulation criminelle, d’une peur méthodiquement injectée.
Ce qui rend cette affaire sidérante ne tient pas seulement au drame humain. C’est ce qui a suivi.
Au lieu de disséquer l’emprise, d’analyser la mécanique de la manipulation, d’interroger la responsabilité de ceux qui ont fabriqué cette peur, la justice a choisi la simplicité. Une lecture amputée du réel menant à un véritable fiasco judiciaire.
Un homme jugé sans que l’architecture mentale du piège dans lequel il avait été enfermé ne soit réellement prise en compte.
Cette histoire paraît inimaginable. Elle l’est. Et pourtant, elle est vraie.
Je la raconte dans les deux livres, Le diable existe et Autopsie d’un fiasco judiciaire.
Ces 2 livres lèvent le voile sur ce que l’on préfère ne pas voir : la puissance destructrice de la manipulation mentale et l’incapacité de nos institutions à la reconnaître lorsqu’elle ne laisse ni traces visibles ni preuves classiques.
Ceci n’est pas une justification, c’est un avertissement. Car le diable n’est pas toujours celui qui frappe, c’est parfois celui qui manipule, fabrique une réalité, instille la peur.
Et il pousse un autre à tomber.
La Dépêche de Nouméa : Votre affaire a connu plusieurs procès, un dépaysement et une forte exposition médiatique. Avez-vous le sentiment que cela a influencé le traitement judiciaire de votre dossier ?
Olivier Pérès : J’avais une confiance profonde en la justice calédonienne que je croyais animée par la seule recherche de la vérité.
Force est de constater que je me suis trompé.
Les dérives et les lacunes graves constatées lors de l’instruction et des procès successifs ne font clairement pas honneur à l’institution. Je pense aussi au scandale des délibérations où les jurés ont été mis sous pression de manière inadmissible.
Le dépaysement apparait aujourd’hui comme le seul moyen d’établir la vérité.
Et cette vérité nécessite absolument, si on veut être honnête, une réouverture complète de l’instruction, tant celle-ci a été menée de manière superficielle et partiale, en négligeant les aspects fondamentaux de l’affaire.
La Dépêche de Nouméa : Certains estiment que cette affaire dépasse votre situation personnelle et interroge la capacité de la justice calédonienne à juger sereinement les dossiers très médiatisés. Partagez-vous cette analyse ?
Olivier Pérès : Absolument, d’autant plus que mon dossier met en cause des acteurs importants de la société civile dont j’ai dénoncé les agissements mais qui bénéficient de protections.
La Dépêche de Nouméa : Votre statut de chirurgien, figure reconnue localement, a été largement commenté. Pensez-vous que votre profil a pesé dans la perception publique et judiciaire de l’affaire ?
Olivier Pérès : Mon parcours personnel et professionnel aurait dû servir à comprendre l’aspect brutal et irrationnel de cet évènement.
Au contraire, mon profil m’a clairement desservi et a été utilisé pour construire une image qui servait l’accusation, au détriment d’une compréhension réelle de la situation humaine anormale que j’ai vécue.
Ce n’est d’ailleurs pas un chirurgien qui devait être jugé mais un père de famille qui pensait faire son devoir.
La Dépêche de Nouméa : Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur les conséquences humaines de cette affaire pour l’ensemble des personnes concernées ?
Olivier Pérès : Avant ce drame, ma vie était sereine, consacrée à mon travail et ma famille.
Aujourd’hui je suis injustement accusé de meurtre, alors que j’ai agi en totale légitime défense, en réponse à la charge d’un psychopathe lui-même lourdement armé.
J’ai tout perdu femme, enfants, maison, travail.
Quant à la veuve Martinez, je poserai simplement la question : A qui profite le crime ?

















