« Deux Sessions » : Pékin prépare la Chine de puissance pour 2030

À Pékin, la machine politique communiste tourne à plein régime. Derrière le cérémonial millimétré des « Deux Sessions », la Chine prépare ses choix stratégiques pour les années à venir.
Une grand-messe politique orchestrée par le pouvoir communiste
Chaque printemps, Pékin organise ce qui constitue le rendez-vous politique le plus important de la République populaire de Chine. Les « Deux Sessions » rassemblent plusieurs milliers de délégués venus de tout le pays afin d’entériner les grandes orientations économiques, sociales et stratégiques.
L’événement se déroule sous la supervision directe du président Xi Jinping, qui dirige le pays depuis 2012 et concentre aujourd’hui l’essentiel du pouvoir politique. Durant une semaine, la capitale chinoise devient l’épicentre d’une séquence hautement symbolique où le Parti communiste expose sa feuille de route pour l’année à venir, mais aussi pour les cinq prochaines années.
La première session a débuté mercredi avec l’ouverture de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), un organe consultatif chargé d’émettre des recommandations politiques. Le lendemain s’ouvre la session de l’Assemblée nationale populaire (ANP), un parlement monocaméral de près de 3 000 membres souvent décrit par les observateurs comme une chambre d’enregistrement des décisions déjà arrêtées par le Parti.
Dans les faits, l’essentiel des textes débattus a déjà été validé en amont par les dirigeants communistes, ce qui laisse peu de place au débat réel. Les « Deux Sessions » sont donc avant tout un moment de démonstration politique destiné à afficher l’unité du régime et sa capacité à gouverner.
À Pékin, la sécurité est maximale durant cette période. La capitale est placée sous surveillance policière renforcée, et le survol par drone y est strictement interdit. Aucun détail n’est laissé au hasard pour ce rendez-vous hautement médiatisé.
Dans ce décor soigneusement contrôlé, les analystes observent également les éventuels signes de recomposition au sommet du pouvoir, notamment après plusieurs évictions de responsables et de généraux intervenues à l’approche de la réunion.
Ces purges s’inscrivent dans la vaste campagne anticorruption lancée par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir, officiellement destinée à moraliser la vie politique mais qui a aussi permis de consolider son autorité au sein du Parti.
Une économie chinoise sous pression malgré son poids mondial
Si la Chine reste la deuxième puissance économique mondiale, le pays traverse une période plus incertaine qu’au cours des décennies précédentes.
Lors de l’ouverture de la session parlementaire, le Premier ministre Li Qiang doit présenter le traditionnel rapport d’activité du gouvernement, document clé qui fixe les objectifs économiques pour l’année.
Selon les prévisions, Pékin devrait annoncer un objectif de croissance compris entre 4,5 % et 5 % pour 2026, un niveau relativement modeste comparé aux performances passées du géant asiatique. Avant la pandémie, l’économie chinoise progressait encore de 6,8 % en 2018 et 6,1 % en 2019, selon la Banque mondiale.
Cette prudence reflète une situation intérieure plus complexe. La Chine subit encore les conséquences d’une crise immobilière majeure, qui pèse sur la confiance des ménages et sur la santé financière des collectivités locales.
À cela s’ajoutent un endettement important des gouvernements locaux, une consommation intérieure encore faible et des surcapacités industrielles dans certains secteurs. Les autorités doivent également faire face à des pressions déflationnistes ainsi qu’à un chômage élevé chez les jeunes diplômés.
Sur le plan démographique, la situation inquiète également les dirigeants chinois. Le taux de natalité a atteint en 2025 son niveau le plus bas depuis 1949, année de la proclamation de la République populaire.
Ce vieillissement accéléré représente un défi majeur pour la croissance future, dans un pays qui a longtemps fondé sa puissance sur une main-d’œuvre abondante et bon marché.
Pour répondre à ces difficultés, le pouvoir communiste insiste désormais sur la « qualité de la croissance » plutôt que sur sa seule rapidité. Le nouveau plan quinquennal 2026-2030 doit ainsi renforcer l’innovation, soutenir les technologies de pointe et transformer le modèle économique chinois.
Le gouvernement promet également des mesures pour stimuler la consommation intérieure, notamment par une augmentation des revenus des ménages, afin de réduire la dépendance traditionnelle du pays aux exportations.
Budget militaire et rivalité stratégique avec les États-Unis
Au-delà des questions économiques, les « Deux Sessions » servent aussi à afficher les ambitions géopolitiques de Pékin.
La Chine doit annoncer une nouvelle hausse de son budget militaire, estimée à environ 7 % pour l’année 2026, ce qui porterait les dépenses de défense à près de 277 milliards de dollars.
Même si ce budget reste inférieur à celui des États-Unis, sa progression constante depuis plusieurs années traduit la volonté de Pékin de renforcer rapidement ses capacités militaires.
Cette montée en puissance intervient dans un environnement stratégique tendu, marqué par les rivalités croissantes avec Washington, mais aussi par les tensions persistantes autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale.
La rivalité économique avec les États-Unis a atteint un pic en 2025, lorsque Washington a imposé de nouvelles barrières douanières et restrictions technologiques visant l’industrie chinoise.
Après plusieurs mois de confrontation commerciale, Xi Jinping et Donald Trump ont finalement conclu une trêve en octobre, ouvrant la voie à une reprise des négociations dans les semaines à venir.
Le président américain est d’ailleurs attendu en Chine au mois d’avril, signe que les deux puissances cherchent à stabiliser une relation devenue l’un des principaux axes de la politique mondiale.
Malgré ces tensions, l’économie chinoise continue d’afficher une puissance commerciale impressionnante. En 2025, le pays a enregistré un excédent commercial record proche de 1 200 milliards de dollars, confirmant son rôle central dans l’économie mondiale.
Pour Pékin, l’enjeu des années à venir sera donc clair : maintenir sa croissance tout en consolidant sa souveraineté technologique et militaire.
Derrière les cérémonies soigneusement orchestrées des « Deux Sessions », le pouvoir communiste envoie ainsi un message limpide : la Chine entend rester une puissance incontournable du XXIᵉ siècle, malgré les défis économiques et la rivalité stratégique avec l’Occident.

