Quand certaines associations parlent fort à l’international, le silence devient assourdissant à domicile.
En Nouvelle-Calédonie, les priorités locales semblent parfois reléguées derrière des combats lointains.
Une Ligue très loquace sur le Venezuela, étrangement discrète en Nouvelle-Calédonie
La Ligue des droits de l’Homme de Nouvelle-Calédonie a récemment publié un communiqué alarmiste sur la situation politique au Venezuela.
Un texte long, idéologique, dénonçant tour à tour l’impérialisme américain, la politique de Donald Trump et la dérive des relations internationales.
Sur le fond, chacun est libre de ses analyses.
Mais sur la forme, et surtout sur les priorités, une question s’impose : quel est le lien concret entre le Venezuela et la situation des droits humains en Nouvelle-Calédonie ?
Car pendant que la LDH-NC regarde à des milliers de kilomètres, le territoire traverse l’une des crises sociales, politiques et sécuritaires les plus graves de son histoire récente.
Et sur ces sujets, les communiqués se font rares, prudents, voire inexistants.
Depuis les émeutes du 13 mai 2024, la société calédonienne est profondément fracturée.
Des quartiers entiers ont basculé dans la violence, des commerces ont été détruits, des familles plongées dans la précarité, et une partie de la jeunesse océanienne s’est retrouvée livrée à elle-même, sans réponse structurée ni discours de responsabilité.
Sur ces réalités locales, la Ligue des droits de l’Homme de Nouvelle-Calédonie reste étonnamment en retrait.
Précarité, prostitution, insécurité : des droits humains pourtant bien réels
Les droits humains ne se limitent pas aux grandes déclarations diplomatiques.
Ils s’incarnent d’abord dans le quotidien : logement, sécurité, dignité, protection des plus vulnérables.
Depuis les violences de 2024, plusieurs phénomènes préoccupants se sont accentués en Nouvelle-Calédonie.
La précarité sociale s’est aggravée, touchant de plein fouet les familles modestes, toutes communautés confondues.
La prostitution, notamment chez des jeunes en situation de rupture sociale, est devenue un sujet connu de tous, mais rarement traité publiquement par les associations dites de défense des droits humains.
Ces réalités ne sont ni idéologiques ni lointaines. Elles concernent directement les Calédoniens, ici et maintenant.
Pourtant, où sont les tribunes de la LDH-NC sur ces sujets ?
Où sont les prises de position fermes sur la protection des mineurs, sur l’effondrement de certains repères éducatifs, sur la responsabilité collective face à la violence ?
À force de vouloir dénoncer le monde entier, la Ligue semble oublier le territoire qui justifie pourtant son existence.
Droit de vote, démocratie locale et silence sélectif
Autre sujet majeur : des milliers de Calédoniens restent exclus du droit de vote aux élections provinciales.
Un débat démocratique central, sensible, complexe, mais incontournable.
Quelles que soient les opinions sur le corps électoral, il s’agit d’une question de droits civiques fondamentaux, directement liée à la citoyenneté et à l’égalité devant le suffrage.
Là encore, la LDH-NC adopte une posture ambiguë, oscillant entre prudence extrême et silence stratégique.
Pas de dénonciation claire, pas de ligne lisible, pas de prise de position assumée au nom des principes qu’elle revendique pourtant à l’international.
Cette attitude alimente un sentiment de droits humains à géométrie variable, appliqués avec rigueur lorsqu’ils servent un discours idéologique global, mais relativisés lorsqu’ils touchent aux équilibres locaux.
En s’exprimant sur le Venezuela, pays sans lien institutionnel, historique ou politique direct avec la Nouvelle-Calédonie, la LDH-NC donne le sentiment de fuir les débats qui dérangent ici.
Une organisation de plus en plus à côté de la plaque
La question n’est pas de nier les difficultés d’autres peuples.
Mais une ligue locale des droits de l’Homme devrait d’abord se concentrer sur les droits des habitants du territoire où elle agit.
À force de communiqués hors-sol, de postures morales globalisées et d’alignement sur des grilles de lecture importées, la LDH de Nouvelle-Calédonie se coupe d’une large partie de la population.
Pire, elle nourrit la défiance envers le monde associatif et les ONG, perçues comme déconnectées, politisées et sélectives.
Défendre les droits humains suppose du courage, y compris lorsque les sujets sont complexes, sensibles ou impopulaires.
Cela suppose aussi d’assumer une cohérence, sans « deux poids, deux mesures ».
Aujourd’hui, nombreux sont les Calédoniens qui s’interrogent : qui défend réellement leurs droits concrets, leur sécurité, leur dignité, leur avenir démocratique ?
Tant que la LDH-NC regardera ailleurs plutôt que dans sa propre cour, elle restera, encore une fois, à côté de la plaque.



















