Chaque été, le même spectacle se répète au bord des routes : des mangues laissées à pourri par dizaines, écrasées sur l’asphalte, ignorées par tous. Ce qui pourrait passer pour une simple négligence relève en réalité d’un problème d’hygiène publique. Car derrière ces fruits abandonnés, il y a des moustiques, des rats, et des risques sanitaires bien documentés. Le coup de gueule n’est pas moral : il est factuel.
Des fruits qui pourrissent, des nuisibles qui prospèrent
À l’antenne, un auditeur l’a décrit sans détour :
On est tellement riches ici qu’on laisse la nourriture pourrir par terre
Le constat est observable : en période de fructification, des quantités importantes de mangues tombent et restent au sol, parfois sur plusieurs jours. Or, les déchets organiques en extérieur constituent un gîte alimentaire et humide idéal pour les rongeurs et les insectes. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que l’accumulation de déchets organiques favorise la prolifération de vecteurs de maladies, notamment dans les zones tropicales.
Moustiques, rats : un lien sanitaire connu
Le lien entre déchets alimentaires, rongeurs et maladies n’est pas une opinion. Il est documenté. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la leptospirose est transmise à l’homme par contact avec de l’eau ou des sols contaminés par l’urine de rongeurs infectés. Les zones où rats et déchets se concentrent constituent donc un facteur de risque. Même logique pour la dengue. Des fruits en décomposition, combinés aux pluies estivales, créent des conditions favorables. Un auditeur résumait ainsi la contradiction :
Après, on se plaint des moustiques, des rats, et de la leptospirose
Le gaspillage, angle mort de la prévention
Les campagnes de prévention parlent de répulsifs, de nettoyage des gouttières, de protection individuelle. Très peu évoquent le gaspillage alimentaire à ciel ouvert, pourtant visible et évitable. Pourtant, la prévention repose aussi sur des gestes collectifs simples : ramasser, partager, transformer, ou à défaut évacuer correctement. Comme le rappelle l’Organisation mondiale de la santé, la réduction des risques sanitaires passe par la gestion de l’environnement immédiat. Ignorer ce levier, c’est accepter que la prévention commence trop tard.
Une responsabilité individuelle… aux effets collectifs
Le coup de gueule ne vise pas un agriculteur, ni un arbre fruitier. Il vise l’indifférence.
On pourrait en faire des confitures, donner, ramasser… mais non
Ce témoignage pointe une réalité : laisser pourrir est un choix, pas une fatalité. À force de banaliser ces pratiques, on alourdit la charge des services publics, on augmente l’exposition sanitaire des quartiers, et on nourrit un cycle absurde : on gaspille, puis on s’inquiète des maladies.
Le gaspillage alimentaire n’est pas qu’un scandale moral, c’est un angle mort sanitaire. Laisser des mangues pourrir au bord des routes, c’est créer les conditions de risques que l’on prétend ensuite combattre. La prévention ne commence pas à l’hôpital, ni avec un insecticide. Elle commence au pied de l’arbre, par des gestes simples, responsables, et collectifs. À défaut, ce ne sont pas les mangues qui paieront la note, mais la santé publique.

















