Ils vivent plus longtemps, mais pas forcément mieux.
Derrière les discours rassurants sur la longévité française, un indicateur clé révèle une réalité plus brutale.
Une longévité record, mais des années pas toujours en bonne santé
L’espérance de vie sans incapacité correspond au nombre d’années qu’un individu peut espérer vivre sans être limité dans ses activités quotidiennes par un problème de santé.
Contrairement à l’espérance de vie brute, souvent brandie comme un trophée politique, cet indicateur mesure la qualité réelle des années gagnées.
Selon l’étude publiée le 22 janvier 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), les chiffres de 2024 marquent un coup d’arrêt préoccupant.
À 65 ans, les femmes peuvent espérer vivre 11,8 années sans incapacité, contre 12 ans en 2023.
Chez les hommes, l’indicateur stagne à 10,5 ans, sans aucune amélioration.
Autrement dit, la France continue de faire vivre ses seniors plus longtemps, mais sans progrès tangible en matière d’autonomie réelle.
Un signal faible ? Non. Un avertissement structurel.
Femmes, hommes : un écart persistant, une dynamique en panne
Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais passent aussi davantage d’années avec des limitations fonctionnelles. Ce paradoxe, bien connu des démographes, se confirme encore en 2024.
La baisse de l’EVSI féminine à 65 ans n’est pas anecdotique.
Elle efface une partie des gains enregistrés depuis la sortie de la crise sanitaire et rappelle une réalité souvent passée sous silence : l’allongement de la vie ne rime pas automatiquement avec progrès sanitaire.
Chez les hommes, la stagnation interroge tout autant. Après des années de rattrapage progressif, la dynamique s’est figée, malgré des dépenses de santé toujours plus élevées.
La Drees rappelle que cet indicateur repose sur des déclarations individuelles, issues de l’enquête SRCV de l’Insee.
Mais sur le moyen et le long terme, les tendances sont robustes : le vieillissement s’accompagne d’un recul de l’incapacité plus lent que celui de la mortalité.
Vieillir plus longtemps : la France face à ses contradictions
En comparaison européenne, la France reste bien placée. En 2022, elle se situait au-dessus de la moyenne de l’Union européenne pour l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans, aussi bien pour les femmes que pour les hommes.
Mais ce classement flatteur masque une fragilité profonde : le modèle français excelle à prolonger la vie, beaucoup moins à préserver l’autonomie.
Depuis 2008, l’EVSI à 65 ans a progressé plus vite que l’espérance de vie totale, ce qui constitue une bonne nouvelle.
Mais depuis la crise de la Covid-19, les évolutions sont instables, heurtées, vulnérables au moindre choc sanitaire ou social.
Le débat public préfère souvent parler de retraites, d’âge légal ou de pénurie de médecins.
Il évite une question pourtant centrale : dans quel état vivrons-nous ces années supplémentaires ?
L’espérance de vie sans incapacité n’est pas un slogan. C’est un thermomètre brutal de l’efficacité réelle des politiques de santé, de prévention et de prise en charge du vieillissement.
En 2026, ce thermomètre ne s’emballe plus. Il clignote.

















