Entrepreneuriat féminin : les quadragénaires prennent le pouvoir

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le baromètre 2025 publié par Infogreffe dresse un portrait précis de l’entrepreneuriat féminin en France. Les chiffres confirment une tendance solide : les femmes sont de plus en plus nombreuses à créer et diriger des entreprises. En 2025, 231 053 entreprises ont été immatriculées par des femmes, soit 31,1 % de l’ensemble des créations, en progression de 12,7 % sur un an. Une dynamique qui témoigne d’une place croissante des entrepreneures dans l’économie française.
Un profil d’entrepreneure autour de la quarantaine
Les données du baromètre permettent de dessiner le profil type de la créatrice d’entreprise en France. L’âge moyen des entrepreneures s’établit désormais à 40,1 ans, en légère baisse par rapport à 2024. Les hommes créent quant à eux leur entreprise à 39,3 ans en moyenne, un écart relativement faible qui confirme le rapprochement progressif des parcours entrepreneuriaux.
Les femmes investissent aujourd’hui toutes les formes juridiques d’entreprise, signe d’une structuration croissante de leur présence dans l’économie. Elles représentent notamment :
36 % des entreprises individuelles,
36,5 % des sociétés civiles immobilières (SCI),
23,7 % des sociétés par actions simplifiées (SAS),
27,7 % des dirigeants de SARL.
Ces chiffres illustrent une évolution importante : l’entrepreneuriat féminin ne se limite plus aux structures les plus simples et s’étend désormais à des montages juridiques plus complexes et plus structurés.
Des secteurs féminisés… mais aussi de nouvelles conquêtes
Certains secteurs restent historiquement très féminisés. Les autres activités de services enregistrent ainsi 59,3 % de créations portées par des femmes, suivies de la santé humaine et de l’action sociale (54,6 %) et de l’administration publique (51,9 %).
Mais la tendance la plus marquante concerne la progression des femmes dans des domaines plus mixtes, voire historiquement masculins.
La part des entrepreneures progresse notamment :
+23,4 % dans les arts, spectacles et activités récréatives,
+22,4 % dans l’enseignement,
+18,2 % dans le commerce et la réparation automobile,
+14,1 % dans l’industrie manufacturière, où elles représentent désormais 49,3 % des créations.
Cette diversification traduit une transformation profonde du paysage entrepreneurial français.
Une dynamique visible dans toutes les régions
La progression de l’entrepreneuriat féminin concerne l’ensemble du territoire. Les territoires ultramarins affichent même des taux supérieurs à la moyenne nationale.
Les femmes représentent :
42,3 % des créations d’entreprise à Mayotte,
40,2 % en Martinique,
38,6 % à Saint-Martin et Saint-Barthélemy,
37,6 % en Guadeloupe,
36,3 % en Guyane.
En métropole, certaines régions se distinguent également. La Nouvelle-Aquitaine arrive en tête avec 33,8 % de créations féminines, suivie de la Corse et de la Bretagne (33,7 %), de la Normandie (33,6 %), de l’Occitanie (32,4 %) et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (32,0 %).
Des risques économiques similaires aux autres entrepreneurs
Le baromètre souligne que les entrepreneures sont exposées aux mêmes cycles économiques que l’ensemble des chefs d’entreprise.
En 2025 :
27,1 % des sociétés radiées étaient dirigées par des femmes,
23,3 % des procédures collectives concernaient des entreprises féminines,
16,9 % des injonctions de payer visaient des sociétés dirigées par des femmes.
Ces proportions restent cohérentes avec leur poids global dans les créations d’entreprises. Autrement dit, aucun indicateur ne révèle une fragilité spécifique de l’entrepreneuriat féminin.
Un entrepreneuriat souvent engagé
Autre enseignement du baromètre : les femmes sont particulièrement présentes dans les entreprises à impact social ou environnemental.
En 2025 :
30,4 % des entreprises de l’économie sociale et solidaire sont dirigées par des femmes, soit 765 structures, en hausse de 22 % sur un an.
Elles représentent également 32,4 % des entreprises à mission, soit 285 sociétés.
Cette orientation illustre un entrepreneuriat qui combine souvent performance économique et utilité sociale.
Une dynamique comparable en Nouvelle-Calédonie
Si le baromètre Infogreffe concerne la France, la tendance observée trouve aussi un écho en Nouvelle-Calédonie, où l’entrepreneuriat féminin progresse régulièrement ces dernières années. Sur le territoire, les femmes sont particulièrement présentes dans les secteurs des services, du commerce de proximité, de la santé, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire. Comme en métropole, beaucoup de créatrices d’entreprise calédoniennes se lancent autour de la quarantaine, souvent après une première expérience professionnelle ou dans le cadre d’une reconversion. Les dispositifs d’accompagnement portés par les chambres consulaires, les réseaux d’entrepreneures ou les programmes de soutien à l’initiative économique contribuent également à structurer cet écosystème. Si les données statistiques restent moins centralisées qu’en France via Infogreffe, la montée en puissance des femmes dans la création et la direction d’entreprise est aujourd’hui une réalité visible dans l’économie calédonienne, notamment dans les petites et moyennes structures.
Une génération au cœur du renouvellement économique
Les prénoms les plus fréquents parmi les entrepreneures françaises sont Marie, Julie, Stéphanie, Nathalie et Céline. Une génération née majoritairement dans les années 1980 et qui se situe aujourd’hui au cœur du dynamisme entrepreneurial français.
Pour Jean-Christophe, directeur du G.I.E. Infogreffe, les données sont claires :
les femmes entreprennent aujourd’hui à 40 ans en moyenne, investissent tous les secteurs et participent pleinement aux nouveaux modèles d’entreprise à impact.
Même constat du côté de Carole Gratzmuller, présidente nationale de FCE France, qui souligne que les femmes chefs d’entreprise prennent désormais toute leur place dans l’économie française, sans se limiter à certains secteurs ou modèles d’activité.
Le baromètre Infogreffe 2025 confirme une transformation progressive mais profonde du paysage économique français. Les femmes entreprennent davantage, plus tôt et dans tous les secteurs, participant pleinement au renouvellement du tissu entrepreneurial. Loin d’être marginal, l’entrepreneuriat féminin apparaît désormais comme une composante structurante de l’économie française, portée par une génération de dirigeantes qui s’imposent progressivement dans tous les domaines.

