À nouveau désavoué par le gouvernement, le groupe de chaînes du service public s’embourbe dans des choix internes qui divisent autant qu’ils interrogent.

Déjà fragilisé de toutes parts, le « navire » France TV continue de se fissurer, tandis que la zizanie à bord s’intensifie. D’abord à cause du coup de massue reçu mardi 20 janvier : un amendement au projet de loi de finances 2026 indiquait en effet que la (précieuse) dotation allouée aux médias du service public serait rabotée de 30 millions d’euros. Moins de 48 heures plus tard, Delphine Ernotte, la présidente de France TV, convoquait en urgence une réunion de crise budgétaire. Joint le jour même par le JDD, Christophe Tardieu, secrétaire général du groupe, explique qu’il va désormais falloir faire des choix : « Le retrait de cette somme par le gouvernement, pour nous, ce n’est pas neutre. Nous maintenons l’objectif de zéro déficit en 2026, ce qui implique de faire des économies, notamment sur les programmes. Mais il est encore trop tôt pour dire lesquels… »
Autre secousse de la semaine, le remplacement du directeur de l’information Alexandre Kara par Philippe Corbé
Selon nos informations, le décalage d’impact entre Radio France et France TV est un sujet brûlant, et l’arbitrage à suivre sera essentiel. D’ailleurs, « abracadabra », dès le lendemain, soit le vendredi 23 janvier, un nouvel amendement indiquait que la dotation réservée aux médias ne serait finalement réduite « que » de 15 millions d’euros, et que cette diminution serait uniquement supportée par France Télévisions…
Arrivée de Philippe Corbé
Autre secousse de la semaine, le remplacement du directeur de l’information Alexandre Kara par Philippe Corbé – qui exerçait jusque-là cette même fonction à France Inter –, fragilisé, notamment après plusieurs couacs à l’antenne. Pour Tardieu, l’intéressé souhaitait tout simplement « évoluer, après plus de trois ans à son poste, pour travailler à l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’information ». Selon un proche de la direction, ce changement s’explique plutôt par la nouvelle organisation : « Jusqu’ici, la direction de l’information dépendait directement de la présidente. C’était très “satellisé” autour d’elle. Mais dans la nouvelle architecture, Stéphane Sitbon-Gomez – le directeur des antennes et des programmes –est désormais au-dessus des directeurs. Ce que ne souhaitait pas Alexandre Kara… »
Du côté de la direction, on nous indique pourtant que ces deux-là sont « très copains ». Joint par nos soins, pour tenter de confirmer (ou non) qu’il s’agit bien là de son choix, Kara a déclaré n’avoir « rien à dire »… Une esquive compréhensible puisque, selon nos informations, c’est pourtant bien Delphine Ernotte qui est à l’origine de son éviction à ce poste. « Le timing n’est pas bon, regrette un membre de sa garde rapprochée.Pourquoi maintenant et pas en juin ? C’est vraiment curieux… »
D’autant que, dans l’intervalle, une première décision forte serait intervenue. La direction de France Télévisions aurait ainsi interdit à l’émission « C à vous » de recevoir des invités politiques jusqu’à nouvel ordre. « C’est quand même très révélateur. Même lors des présidentielles et des législatives précédentes, on n’avait jamais vu ça. On sent une fébrilité. France TV veut surtout éviter de se faire encore attaquer sur une éventuelle non-neutralité », analyse Renaud Bernard, délégué syndical central de FO.
« C’est faux ! », s’insurge aussitôt un membre de la direction du groupe, avant qu’un autre ne nous indique dans la foulée tout le contraire : « Pour le temps de parole, il a bel et bien été demandé aux émissions ‘‘C à vous’’ et ‘‘C dans l’air’’ de ne plus inviter de politiques, mais uniquement jusqu’aux élections municipales. » Là encore, rien n’est moins clair. D’autant plus que la course à la présidentielle suivra très vite… Comprenne qui pourra, donc. »
Remue-ménage
En interne, pour expliquer tout ce remue-ménage, une source proche de la direction souligne l’importance de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, démarrée à l’Assemblée nationale en novembre dernier et justement relancée cette semaine : « Elle a un impact dévastateur en matière d’image… Mais paradoxalement, à la lecture des événements de cette semaine, c’est elle qui fait bouger les lignes. On ressent une volonté de montrer qu’on se soumet enfin à des règles qui existaient mais n’étaient pas appliquées. »
Créée pour examiner principalement la neutralité, le fonctionnement et le financement de nos médias publics, l’enquête pilotée par le député Charles Alloncle ferait donc déjà souffler un vent nouveau du côté de France TV ? « Après l’externalisation massive de nos programmes – qui a en partie entraîné des problèmes, comme la comparaison de Bardella avec Hitler dans‘‘C dans l’air’’, ou les dérapages à répétition sur Gaza dans‘‘C ce soir’’ – on sent clairement une tentative de reprise en main », poursuit notre informateur. Mais est-il seulement encore temps ?
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