Ils avancent à l’aveugle, faute de cap budgétaire national clair.
Dans l’hémicycle de la province Nord, le réalisme financier s’impose face à l’incertitude politique.
Un débat budgétaire sans filet, dans l’attente de Paris
On a parlé finance et responsabilité ce mercredi 28 janvier 2026 au sein de l’hémicycle de la province Nord. Un débat d’orientation budgétaire mené dans un climat de forte incertitude, alors même que le projet de loi de finances de l’État n’est toujours pas définitivement adopté par le Parlement.
La situation est connue, mais elle n’en demeure pas moins préoccupante. La Nouvelle-Calédonie attend toujours l’aide financière promise par Paris pour boucler son propre budget 2026. Dans ce contexte, la province Nord se voit contrainte de débattre de ses orientations sans disposer d’une trajectoire budgétaire stabilisée.
Dans le rapport soumis aux élus, la collectivité le reconnaît sans détour :
l’assemblée se voit de nouveau contrainte de débattre de ses orientations sans qu’une trajectoire budgétaire n’ait été arrêtée au niveau local.
Une méthode imposée, subie, mais assumée par pragmatisme.
Retour à une épargne positive, grâce à la rigueur et au prêt de l’AFD
L’exécutif provincial a néanmoins tenu à dresser un bilan 2025 avant de se projeter. Et ce bilan, sans triomphalisme, se veut factuel. L’épargne brute est redevenue positive, après une année 2024 marquée par une chute historique des ressources.
Ce redressement repose d’abord sur une maîtrise stricte des dépenses, notamment de la masse salariale. Celle-ci recule de 274 millions de francs CFP par rapport à 2024, grâce à une politique assumée de gel de postes, de suppressions ciblées, de non-renouvellement des départs et de réorganisation des services.
Mais la province ne s’en cache pas : ce retour à l’équilibre tient aussi largement à l’utilisation, par la Nouvelle-Calédonie, d’une partie du prêt de l’AFD garanti par l’État. Après la chute vertigineuse de la dotation globale de fonctionnement en 2024 (-5,3 milliards de francs), ce mécanisme a permis de reconstituer une assiette de répartition acceptable, estimée à 98 milliards de francs en 2025.
Un niveau jugé indispensable à la survie financière des collectivités, dont les budgets restent massivement dépendants des transferts du pays. Sans euphorie, la province note toutefois que l’état des lieux est « relativement positif au regard de la situation économique et fiscale du pays ».
2026 : investir sans hypothéquer l’avenir, malgré les risques
C’est sur cette base fragile que sont construites les orientations budgétaires 2026. Selon les derniers chiffres communiqués, l’assiette nette de répartition pourrait atteindre 101 milliards de francs cette année. Un chiffre conditionné, une fois encore, à l’adoption du projet de loi de finances et à la compensation, par l’État, des pertes fiscales locales.
Sans cette compensation, l’assiette tomberait à 73,5 milliards de francs, un niveau jugé « non viable pour le pays », qui empêcherait tout simplement la province d’exécuter son budget, faute de trésorerie.
Face à cette réalité, l’exécutif revendique une ligne claire : pragmatisme, sincérité et capacité à faire, avec pour boussole les besoins concrets de la population. En fonctionnement, les efforts sur la masse salariale se poursuivront, notamment via le volontariat des agents pour des missions transversales afin d’éviter des remplacements coûteux.
Les aides sociales et les bourses scolaires sont, elles, sanctuarisées. Les subventions, après une forte cure d’austérité en 2025, devraient rester globalement stables, concentrées sur les priorités jugées essentielles.
Le secteur santé et solidarité bénéficie d’une hausse de 96 millions de francs, dont 62 millions pour les centres médico-sociaux, ainsi que de crédits renforcés pour les internats, en lien avec le dispositif de solidarité républicaine de l’État.
Côté investissement, la province Nord maintient un effort de 4,3 milliards de francs en 2026. Une ambition mesurée, rendue possible au prix d’un recours au fonds de roulement, dans un contexte de marges d’emprunt réduites et de volonté affichée de désendettement.
Les inquiétudes demeurent vives. La première vice-présidente Nadège Faivre a rappelé la fragilité du contexte économique, un constat partagé par l’ensemble des groupes politiques. Wilfrid Weiss, pour Agissons pour le Nord, a alerté sur l’absence de reprise :
si on ne lance pas de grands projets en province Nord, on risque de mettre la clé sous la porte.
Du côté du frère ennemi (l’UC), Henriette Hmae (UC-FLNKS) appelle à diversifier l’économie au-delà du nickel, en explorant les filières vertes et bleues. Un débat stratégique, mais qui se heurte à une réalité immédiate : sans ressources, il n’y a pas de politique publique durable.
Au-delà des chiffres, ce débat d’orientation budgétaire se déroule dans un contexte politique lourd, marqué par des élections provinciales attendues d’ici à fin décembre et par l’incertitude autour de la consultation sur l’accord Élysée-Oudinot.
En 2025, la province Nord a déjà dû absorber 5 milliards de francs de ressources en moins, dégager 1,6 milliard d’économies, geler des postes et réduire drastiquement ses dépenses de fonctionnement pour préserver un taux d’épargne positif.
Le message est clair : la rigueur n’est plus un choix idéologique, mais une condition de survie. Dans l’attente des décisions de l’État, la province Nord avance avec prudence, discipline et un sens aigu des responsabilités. Une ligne de conduite assumée, loin des postures victimaires, au nom de la stabilité financière et de l’intérêt général.


















