L’Australie franchit un cap stratégique majeur en Asie du Sud-Est. Le gouvernement australien a annoncé qu’il reverserait au moins un tiers des revenus issus du projet gazier Greater Sunrise au Timor-Leste, dans le cadre d’un nouveau partenariat bilatéral destiné à renforcer l’influence australienne face à Pékin dans la région Indo-Pacifique.
Un partenariat économique et stratégique assumé
L’annonce a été faite à Dili par le Premier ministre Anthony Albanese, aux côtés de son homologue timorais Xanana Gusmao, à l’occasion de la signature d’une déclaration conjointe engageant les deux pays à approfondir leur coopération économique, culturelle et en matière de défense.
Sans constituer formellement un accord de sécurité, ce partenariat marque une inflexion claire de la politique étrangère australienne, dans un contexte régional tendu depuis l’accord de défense secret conclu entre les Îles Salomon et la Chine en 2022. Depuis, Canberra a multiplié les initiatives sécuritaires avec Tuvalu, Nauru et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Greater Sunrise, levier géopolitique majeur
Le projet Greater Sunrise, situé en mer de Timor, est au cœur de ce rapprochement. Le gisement se trouve dans des eaux conjointement administrées par l’Australie et le Timor-Leste, ce qui impose un accord complexe sur les cadres fiscaux, réglementaires et juridiques, toujours en cours de négociation.
Canberra s’est engagée à créer un fonds d’infrastructures pour le Timor-Leste, directement alimenté par la part australienne des revenus gaziers. Concrètement, au moins un tiers des gains australiens sera reversé à Dili, une concession financière majeure assumée comme un investissement stratégique à long terme.
Le partenariat inclut également un engagement clé : le gaz devra être traité sur le sol timorais, répondant à une revendication historique du gouvernement de Dili, soucieux de créer de l’emploi et de l’activité économique locale.
Un projet industriel colossal encore incertain
Le complexe Greater Sunrise – désormais désigné sous le nom de TLNG – pourrait représenter plusieurs milliards de dollars d’investissements. Il comprendrait :
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une usine de GNL de 5 millions de tonnes par an,
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une installation de gaz domestique,
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et une unité d’extraction d’hélium.
La production pourrait débuter entre 2032 et 2035, sous réserve des autorisations et de la viabilité économique finale. Les champs Sunrise et Troubadour, découverts dans les années 1970, contiennent environ 5 100 milliards de pieds cubes de gaz, mais restent inexploités à ce jour.
L’opérateur Woodside Energy a salué l’engagement politique des deux États, tout en rappelant que de nombreux points restent à régler avant tout lancement effectif du projet.
Pékin en arrière-plan
La dimension géopolitique est explicite. Le Timor-Leste a signé en 2023 un partenariat global avec la Chine et avait clairement conditionné tout renforcement sécuritaire avec l’Australie à des avancées concrètes sur Greater Sunrise.
Pour Canberra, l’enjeu dépasse l’énergie : il s’agit de préserver son rôle d’acteur central dans son voisinage immédiat, face à une Chine de plus en plus présente dans les infrastructures, les finances et la diplomatie du Pacifique.
Anthony Albanese a souligné la profondeur des liens historiques entre les deux peuples, évoquant la Seconde Guerre mondiale, la lutte pour l’indépendance du Timor-Leste et l’importance de la diaspora timoraise en Australie.
















