Ils parlent de maîtrise, mais les chiffres racontent une autre histoire.
Derrière la communication officielle, l’immigration continue de peser lourdement sur l’État.
Visas délivrés : une dynamique toujours orientée à la hausse
Le ministère de l’Intérieur a diffusé, le 27 janvier 2026, les chiffres provisoires de l’immigration en France pour l’année 2025. Comme chaque année, la Direction générale des étrangers en France (DGEF) dresse un état des lieux précis des flux migratoires, des visas aux naturalisations.
Premier constat : près de 3 millions de visas ont été délivrés en 2025, contre 2,9 millions en 2024, soit une hausse de 3,5 %. Un niveau comparable à celui observé en 2016, avant la succession de crises migratoires et sanitaires.
Trois grandes catégories structurent ces visas.
Le visa de transit, d’abord, permet la traversée de l’espace Schengen ou le passage par la zone internationale d’un aéroport.
Le visa de court séjour, ensuite, concerne les séjours de moins de 90 jours. C’est la catégorie la plus dynamique en 2025, portée par les motifs touristiques (+6,4 %) et par les études ou stages (+5,8 %). Sur les 3 millions de visas délivrés, 2,66 millions sont des visas de court séjour, dont 2 millions à motif touristique.
Enfin, le visa de long séjour autorise des séjours supérieurs à 90 jours, notamment pour les étudiants.
Au total, plus de 3,5 millions de demandes de visas ont été enregistrées par la France en 2025. Plus de 540 000 ont été refusées, un chiffre élevé qui ne freine toutefois pas la dynamique globale.
Sans surprise, les ressortissants chinois restent les premiers bénéficiaires de visas, malgré une légère baisse. Le Maroc et l’Inde complètent le trio de tête, confirmant le poids structurel de certains flux migratoires.
Titres de séjour et asile : la pression humanitaire explose
Les chiffres des premiers titres de séjour confirment une tendance lourde. En 2025, 384 000 premiers titres ont été délivrés, soit une augmentation de 11,2 % par rapport à 2024.
Si le motif étudiant demeure le premier motif d’attribution trois titres sur dix, la progression la plus spectaculaire concerne les titres pour motif humanitaire. Ces derniers enregistrent 36 000 primo-délivrances supplémentaires, soit une hausse de 65 % en un an. Un basculement significatif, qui interroge la capacité de l’État à maîtriser, dans la durée, les conséquences de l’asile.
Les principaux pays d’origine des bénéficiaires restent inchangés : le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, confirmant l’ancrage durable de ces flux dans la politique migratoire française.
Côté lutte contre l’immigration irrégulière, 32 379 étrangers ont quitté le territoire français en 2025. Le chiffre progresse de 16,5 % par rapport à 2024, mais demeure très éloigné du volume réel de personnes en situation irrégulière présentes sur le sol national.
S’agissant de l’asile, 116 476 demandes ont été enregistrées en GUDA, soit une baisse de 10,3 %. Les principaux pays de provenance restent l’Ukraine, la République démocratique du Congo et l’Afghanistan.
Dans le même temps, l’Ofpra et la CNDA ont accordé 78 782 décisions de protection, en hausse de 12,1 %. L’Ofpra a, à lui seul, enregistré 145 211 demandes, illustrant l’ampleur persistante du dispositif.
Naturalisations et intégration : un tour de vis assumé
Dernier volet clé : l’accès à la nationalité française. En 2025, 62 235 personnes ont acquis la nationalité, par décret ou par déclaration. Ce chiffre marque une baisse de 6,8 % par rapport à 2024.
Cette inflexion s’explique principalement par la mise en œuvre de la circulaire du 2 mai 2025, qui a durci les critères de naturalisation. Un choix politique assumé, visant à réaffirmer l’exigence d’intégration et de maîtrise du français, après des années de laxisme dénoncées par une partie de l’opinion.
Dans le même esprit, le nombre de contrats d’intégration républicaine (CIR) signés recule de 10,1 %, avec 102 871 contrats en 2025. Deux facteurs expliquent cette baisse : les contraintes budgétaires, qui limitent le traitement des dossiers, et la chute du nombre de signataires algériens, longtemps surreprésentés.
Au final, les chiffres de 2025 confirment une réalité incontournable : l’immigration en France reste massive, structurelle et coûteuse. Derrière les discours de fermeté, les flux demeurent élevés, les titres humanitaires explosent et les éloignements progressent trop lentement. Un constat brut, chiffré, qui nourrit plus que jamais le débat sur la souveraineté migratoire et la capacité de l’État à reprendre le contrôle.

















