Depuis des années, l’émission “Coup de gueule” sur Océane FM recueille chaque matin la parole brute des Calédoniens. Une parole parfois en colère, souvent fatiguée, toujours sincère. Mais une question se pose : “À quoi ça sert vraiment les Coups de Gueule ?
Une émission née pour donner la parole, pas pour gouverner
L’émission Coup de gueule n’est ni un programme politique, ni une instance décisionnelle, ni un tribunal. Historiquement, elle est née avec une idée simple : offrir un espace d’expression libre aux citoyens, sans filtre institutionnel, sans discours formaté.
À l’origine, le concept repose sur un constat toujours valable aujourd’hui : les citoyens parlent peu dans les médias, ou uniquement quand ils entrent dans des cadres très normés; Les Coups de gueule inversent la logique : on parle d’abord, on analyse ensuite. C’est une émission de thermomètre social, pas un levier exécutif.
À quoi ça sert concrètement ? Mettre des sujets sur la table
Dire que “ça ne sert à rien” est compréhensible… mais factuellement incomplet.
Les coups de gueule servent à trois choses très concrètes :
- Faire émerger des problèmes invisibles
Beaucoup de sujets abordés n’existent nulle part ailleurs : dysfonctionnements administratifs, abus du quotidien, incohérences locales, silences institutionnels. - Créer une trace publique
Une plainte isolée disparaît. Une plainte entendue à la radio entre dans l’espace public. Elle est écoutée, partagée, commentée, parfois reprise. - Mettre les responsables face à une réalité
Les institutions, élus, services publics, entreprises écoutent l’émission, surtout en période électorale. Cela permet de mesurer la colère.
“Mais le pays va toujours mal” : une critique légitime
Les auditeurs ont raison sur un point essentiel : le pays traverse une crise profonde, économique, sociale, institutionnelle. Mais croire qu’une émission de radio peut, à elle seule, “redresser le pays” est une confusion de rôle.
Un coup de gueule n’est pas une décision, c’est un signal.
Un micro n’est pas un levier budgétaire, c’est un amplificateur.Le problème n’est donc pas que les coups de gueule existent.
Le problème, c’est ce qui se passe ou ne se passe pas après.
Quand ça fonctionne… et quand ça bloque
Il y a eu, au fil des années, des ajustements, des réponses, des correctifs, parfois discrets, parfois assumés.
Mais il y a aussi des blocages structurels :
- manque de moyens,
- lourdeurs administratives,
- décisions politiques reportées,
- responsabilités diluées.
Le coup de gueule éclaire. Il n’exécute pas. Quand rien ne change, ce n’est pas l’émission qui échoue, mais le système qui ne transforme pas la parole en action.
Pourquoi continuer malgré tout ?
Parce que le silence est pire que la colère.
Parce qu’un pays qui ne parle plus est un pays qui renonce.
L’émission les coups de gueule :
- empêche l’habituation à l’inacceptable,
- rappelle aux décideurs qu’ils sont observés,
- maintient un lien direct entre citoyens et réalité quotidienne.
C’est un contre-pouvoir fragile, imparfait, mais nécessaire.
Le micro n’est pas inutile, il est révélateur
Les auditeurs qui disent “ça fait des années qu’on râle et rien ne change” ne se trompent pas sur leur fatigue. Mais se trompent s’ils pensent que se taire ferait mieux.
Les Coups de gueule d’Océane FM ne réparent pas le pays.
Ils refusent qu’il se dégrade dans le silence.
Et tant qu’il y aura des citoyens pour parler,
le problème ne sera pas la parole,
mais ceux qui choisissent de ne pas y répondre.

















