RECOMPOSITION. Longtemps distants, les deux talents du camp national se sont affichés côte à côte cette semaine. Un signal politique à l’approche de la présidentielle.

Les verres tintent sous les lustres du Plaza Athénée. Mardi soir, avenue Montaigne, dans les salons feutrés du palace, Marion Maréchal dédicace les premiers exemplaires de Si tu te sens Le Pen, son livre publié chez Fayard, devant un parterre mêlant fidèles, journalistes et curieux. L’atmosphère, légèrement mondaine, ferait presque illusion, mais la réunion devient éminemment politique lorsque Jordan Bardella fait son entrée. En quelques secondes, les regards se figent, les téléphones saisissent des photos de l’invité qu’on n’attendait pas forcément, clichés aussitôt publiés sur les réseaux sociaux. L’héritière et le président du Rassemblement national, souriants, presque complices, saluent les invités. Comme s’ils avaient toujours été bons amis. On les disait brouillés. Les voilà réunis. Un rapprochement dont le sens politique n’échappe à personne.
Ces deux figures du camp national n’ont, en réalité, jamais vraiment eu de relation. Jordan Bardella s’impose au RN après le départ fracassant de Marion Maréchal en 2017. Ils grandissent dans le même paysage politique sans jamais se rencontrer réellement, et suivent deux trajectoires parallèles qui se frôlent sans avoir vocation à se rejoindre, tant elles sont concurrentes. Jeunes, ambitieux, ils s’observent à distance, avec une certaine méfiance. Lorsqu’on nourrit de fortes ambitions en politique, nul n’ignore que les places sont chères. Ces deux fauves n’ont par ailleurs pas d’atomes crochus. Ni politiquement, ni humainement. Marion Maréchal, de son côté, porte encore l’ombre de son exil. Partie du FN, elle s’engage dans l’aventure zemmouriste en 2022, avant de s’en éloigner après les européennes de 2024. Depuis, elle tente de retrouver sa place dans un camp qu’elle n’a jamais vraiment quitté.
Les lignes bougent
Le premier signe de dégel, révélé par le JDD en mai dernier, intervient lorsque Jordan Bardella tranche en faveur du reversement d’une part de la subvention publique encaissée par le RN au parti Identité-Libertés de Marion Maréchal, au titre de ses trois députés élus en 2024. Une décision prise contre l’avis d’une partie du bureau national du RN. La scène du Plaza vient prolonger cette amorce de rapprochement. Jordan Bardella s’y montre au milieu de ceux avec lesquels il était encore en guerre ouverte quelques mois plus tôt. Les lignes bougent, les anciennes frontières se brouillent, les rancœurs semblent, pour un soir au moins, suspendues. Un invité glisse, encore incrédule : « À un moment, j’avais sous les yeux Jordan Bardella, Marion Maréchal, Éric Ciotti et Nicolas Dupont-Aignan réunis dans la même pièce. Qui aurait cru, il y a seulement quelques années, à une telle scène ? » Marine Le Pen, retenue par un imprévu, salue sur X « la naissance de cet ouvrage sincère et sensible ». Un signe supplémentaire que le temps des portes claquées cède peu à peu la place à celui des retrouvailles.
Jordan Bardella a compris qu’il ne pouvait plus se permettre d’ignorer aucune composante de son camp élargi
C’est donc au président du RN qu’il revient d’impulser ce mouvement. Jordan Bardella a compris qu’il ne pouvait plus se permettre d’ignorer aucune composante de son camp élargi. Notamment au moment où Éric Zemmour et Sarah Knafo s’avancent en bâtisseurs d’une union des droites que le RN a longtemps écartée. Bardella aussi doit rassembler pour gagner, et cela commence par tendre la main aux autres composantes de son environnement. Il doit donc éteindre le procès politique qui lui a été intenté ces derniers mois : celui de vouloir délibérément écarter la petite-fille de Jean-Marie Le Pen. Ce réchauffement répond enfin à une volonté plus large, portée par Marine Le Pen elle-même, qui s’emploie, en coulisses, à réconcilier son héritier et sa nièce. Tout cela est rendu possible, et même souhaitable, en vue de l’élection présidentielle que les observateurs disent « gagnable » par le RN et ses alliés. Un stratège du RN résume l’état d’esprit : « Si Marine peut y aller, c’est toujours un atout d’avoir deux lieutenants aussi solides. Et si c’est Jordan, il sera bien content de compter sur une figure comme Marion. Dans tous les cas, c’est une force. » L’heure n’est plus à l’affrontement. Elle est à la paix des braves.
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