Le France libre : ce que l'on sait sur le futur porte-avions après le discours d’Emmanuel Macron

DÉFENSE. En déplacement mercredi à Indre (Loire-Atlantique), le chef de l'État a dévoilé le nom du successeur du Charles de Gaulle, rappelé la nécessité de disposer d’un tel outil et souligné l’impact économique pour le pays d’un chantier estimé à 10 milliards d’euros.
Nicolas Cuoco18/03/2026

Le France libre devrait être mis à l'eau en 2038. © Ministère des Armées
En pleine guerre en Iran, le discours du président de la République sur le prochain porte-avions pouvait-il trouver meilleur écho ? Alors que les Américains disposent d’une dizaine de navires de ce type, dont deux actuellement déployés au Moyen-Orient, le chef de l’État a rappelé l’importance stratégique d’en posséder. « Le groupe aéronaval incarne notre détermination à défendre nos intérêts, à assurer la protection de nos partenaires et à assumer nos responsabilités », a-t-il déclaré depuis le site de Naval Group, à Indre, où sera construit le bâtiment. « Ce qui se joue ici, c’est la garantie de notre indépendance pour les années à venir », a ajouté Emmanuel Macron.
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Dans le monde, la France fait figure d’exception, avec les États-Unis, en disposant d’un porte-avions à propulsion nucléaire. « Rares sont les pays capables de projeter, à des milliers de kilomètres de leurs côtes, une telle puissance navale », a martelé Emmanuel Macron, alors que mers et océans restent des espaces de confrontation depuis des décennies et que l’actualité rappelle encore la nécessité de disposer de bâtiments de guerre performants. Mais à quoi ressemblera le futur navire amiral de la Marine nationale ?
L’institution, qui fête cette année ses 400 ans, verra arriver en 2038 un bâtiment long de 310 mètres, contre 260 mètres pour le Charles de Gaulle aujourd’hui. Le vaisseau déplacera 80 000 tonnes, soit un tonnage 1,8 fois supérieur à son prédécesseur. Il sera équipé de deux réacteurs nucléaires capables de produire suffisamment d’énergie pour lui permettre d’opérer partout dans le monde sans dépendre du kérosène. « Ces chiffres disent la dimension de l’ambition qui est la nôtre, et je le rappelais à l’Île Longue au début du mois. Un porte-avions nucléaire participe de manière indispensable à notre capacité de dissuasion », a-t-il soutenu, alors que les Rafale Marine peuvent emporter l’arme nucléaire.
Pensé pour durer jusqu’en 2080, ce porte-avions de nouvelle génération aura pour première mission d’être capable d’évoluer face aux mutations technologiques. « Ce nouveau porte-avions sera celui de son siècle. Là où le Charles de Gaulle relevait encore d’une logique largement analogique, son successeur sera digital et centré sur la donnée, avec une architecture numérisée, flexible et performante », a assuré Emmanuel Macron. Une évolution qui offrira à la France, pour la première fois, un porte-avions nativement conçu pour s’adapter dans le temps.
Conçu à 90 % par des entreprises françaises
Sur sa mise en œuvre, le bâtiment militaire, dont le port base sera situé à Toulon, intégrera une quarantaine d’aéronefs, des drones ainsi que des capacités offensives et défensives de nouvelle génération. « Nous concevons un système ouvert, capable d’absorber les ruptures technologiques : intelligence artificielle au service de la décision, drones de combat embarqués, systèmes de défense laser », a détaillé le chef de l’État.
Son coût est estimé à 10 milliards d’euros, mais cet investissement majeur « bénéficiera à l’ensemble de nos territoires ». Selon Emmanuel Macron, 90 % de cette somme reviendra directement à des entreprises nationales, créant des emplois tout en développant des compétences que la France « n’a jamais perdues ». Naval Group, TechnicAtome, Framatome, les Chantiers de l’Atlantique pour la coque, Thales pour les systèmes de combat, MBDA pour l’armement, Dassault pour l’aéronaval : tous devraient être au cœur de ce projet industriel.
Au total, ce sont 200 métiers mobilisés et près de 800 entreprises impliquées : mécanique lourde, robotique, électronique de puissance, systèmes électroniques… Des PME, des ETI et de grands groupes, issus de la défense comme du civil, qui irriguent l’ensemble du territoire. « Sans une industrie de défense puissante, nous serions condamnés à la vassalisation et à la soumission stratégique. Nous défendons une véritable indépendance technologique », a conclu le chef de l’État.
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En attendant l’horizon 2040 et la mise à l’eau du bâtiment, Emmanuel Macron l’a baptisé Le France libre. Un hommage à « l’esprit français, un esprit de résistance pour demeurer libre. Cette volonté de rester libre, c’est le grand projet qui est le nôtre, celui de nos armées mais aussi de notre recherche et de nos industries », a-t-il justifié.
Un nom qui pourrait évoluer au cours des prochaines années. Lorsqu’il a fallu annoncer le successeur du Foch et du Clemenceau, le nom initialement choisi en 1986 était Richelieu. Le projet a finalement été rebaptisé Charles de Gaulle l’année suivante par le Premier ministre de l’époque, Jacques Chirac.

