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Terres coutumières : la CPME lance un projet test à Lifou

18 mars 2026 à 15:05
3 min de lecture
Terres coutumières : la CPME lance un projet test à Lifou
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Peut-on réellement développer l’économie sur terres coutumières sans en bouleverser les fondements ? La question, longtemps sensible en Nouvelle-Calédonie, revient aujourd’hui au cœur du débat. La CPME-NC propose désormais une réponse concrète avec un projet pilote à Lifou, présenté comme une tentative d’équilibre entre activité économique et respect strict de la coutume.

Lifou, laboratoire d’un modèle inédit

C’est sur l’île de Lifou que la CPME-NC souhaite tester son approche, à travers un projet baptisé GOJËCIL, signifiant « le vrai chemin ».

L’ambition est claire : créer une zone structurée mêlant activité économique, logement et formation, directement implantée sur terre coutumière.

Le projet prévoit notamment :

  • une zone d’activités économiques

  • des logements résidentiels

  • des logements pour étudiants

  • des parcours de formation pour les jeunes

L’objectif est de permettre aux populations locales de vivre, se former et travailler sans quitter leur territoire, tout en générant de la valeur économique.

Mais l’enjeu dépasse largement le cadre local : il s’agit de démontrer qu’un modèle économique peut émerger sans remettre en cause l’organisation foncière coutumière.

Une ligne rouge : ne pas toucher à la terre

Au cœur du projet, un principe fondamental est posé : le développement ne doit pas contourner la coutume, mais s’appuyer sur elle.

La terre coutumière reste définie par ses caractéristiques essentielles :

  • inaliénable

  • insaisissable

  • incommutable

  • incessible

Autrement dit, aucune logique de vente ou de privatisation du foncier n’est envisagée.

Le document de travail insiste sur une idée forte : la terre n’est pas un simple support économique, mais un espace de vie, de lien et d’identité.

Créer de la richesse sans vendre le foncier

Pour contourner cette contrainte structurelle, la CPME-NC propose une approche différente : dissocier la création de richesse de la propriété foncière.

Le principe avancé repose sur une logique simple :
« ce que la terre génère retourne à la terre ».

Concrètement, il s’agirait de :

  • capter une partie des revenus générés

  • les transformer en capital collectif

  • redistribuer les bénéfices au sein de la communauté

Ce modèle s’inspire notamment d’expériences observées à l’international, en particulier en Nouvelle-Zélande, où les communautés māories ont développé des systèmes conciliant gouvernance traditionnelle et développement économique.

Une réponse à des blocages identifiés

Le projet s’appuie sur un constat partagé : les initiatives économiques sur terres coutumières existent, mais peinent à se structurer durablement.

Parmi les difficultés identifiées :

  • dispersion des projets

  • faible capitalisation des revenus

  • dépendance aux financements extérieurs

  • instabilité liée aux aléas économiques et sociaux

À cela s’ajoute une confusion fréquente entre enjeux économiques, politiques et coutumiers, qui peut fragiliser les équilibres locaux.

Pour la CPME-NC, il est donc nécessaire de créer un cadre structurant capable d’organiser les flux économiques sans déstabiliser les autorités coutumières.

Une phase d’expérimentation décisive

Le projet GOJËCIL s’inscrit dans les travaux menés par la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, qui prévoit plusieurs expérimentations sur le territoire.

La CPME-NC demande désormais que sa proposition soit intégrée officiellement aux travaux en cours afin d’ouvrir une phase test.

L’enjeu est majeur :
tester, sur le terrain, la capacité de ce modèle à créer de l’activité tout en respectant les structures coutumières.

Le projet porté par la CPME-NC pose une question centrale pour l’avenir du territoire : peut-on concilier développement économique et respect des fondements coutumiers sans compromis ?

Avec Lifou comme terrain d’expérimentation, la réponse ne sera plus théorique.

Si le modèle fonctionne, il pourrait ouvrir une nouvelle voie pour les terres coutumières en Nouvelle-Calédonie. Dans le cas contraire, il viendra confirmer la complexité d’un équilibre que beaucoup cherchent encore à atteindre.