Second tour : la gauche s’arrange, la droite résiste

Deuxième tour sous haute tension : alliances, retraits et calculs politiques redessinent la carte électorale.
À quelques jours du scrutin, la gauche s’unit à géométrie variable, pendant que la droite tente de reprendre la main.
Paris, Marseille : retraits stratégiques et calculs politiques
À Paris, le retrait de Sarah Knafo marque un tournant décisif. L’eurodéputée Reconquête, créditée de 10,4 % au premier tour, a choisi de se retirer « par sens des responsabilités » afin de faire barrage à la gauche.
Une décision lourde, assumée publiquement : elle appelle désormais ses électeurs à « chasser la gauche de la mairie de Paris », sans ambiguïté.
Ce retrait laisse Rachida Dati seule en lice face à une gauche recomposée, tandis qu’Emmanuel Grégoire, candidat d’une gauche unie hors LFI, refuse toute alliance avec les Insoumis malgré les sollicitations de Sophia Chikirou.
À Marseille, le scénario est similaire, mais encore plus brutal. Sébastien Delogu (LFI), qui avait assuré vouloir se maintenir, s’est finalement retiré après avoir obtenu 11,94 % des voix.
Un revirement justifié par la crainte d’une victoire du RN de Franck Allisio.
Mais ce retrait est vivement dénoncé à droite. Jordan Bardella fustige un abandon pur et simple : selon lui, « M. Delogu abandonne ses propres électeurs », ouvrant la voie à une gauche désormais sous l’influence de Jean-Luc Mélenchon.
Une gauche à géométrie variable, entre alliances et contradictions
Derrière ces retraits, une réalité s’impose : l’union de la gauche n’a rien d’un bloc cohérent.
Partout en France, les alliances se nouent… et se défont.
À Strasbourg, la situation illustre parfaitement ce chaos. La maire écologiste sortante, Jeanne Barseghian, distancée, s’est rapprochée de LFI.
Mais, dans le même temps, la socialiste Catherine Trautmann bénéficie du ralliement de Pierre Jakubowicz (Horizons), soutenu par Renaissance.
À Lyon, même confusion. Grégory Doucet accepte une fusion « technique » avec LFI pour contrer Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre.
Mais, coup de théâtre : les négociations échouent finalement pour la métropole, révélant les fractures profondes entre écologistes et Insoumis.
Autre exemple frappant : Nantes. Après avoir refusé toute alliance avec LFI, la socialiste Johanna Rolland opère un virage stratégique et s’allie finalement avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Une volte-face difficile à justifier, qui alimente les critiques sur l’opportunisme politique de la gauche.
Le « front républicain » à sens unique face au RN
Au cœur de ces manœuvres, un principe demeure : le fameux « front républicain » reste dirigé exclusivement contre le Rassemblement national.
Le RN, lui, continue d’être tenu à l’écart des alliances, malgré quelques exceptions locales.
À Reims et à Draguignan, des listes de droite ont néanmoins choisi de soutenir le RN pour tenter de battre les maires sortants.
Des cas isolés, mais révélateurs d’un début de recomposition politique à droite.
Pendant ce temps, partout ailleurs, les alliances entre PS, écologistes, communistes et LFI se multiplient sous des appellations édulcorées : « fusions techniques », « rapprochements », ou encore « accords de second tour ».
En réalité, ces stratégies traduisent une seule et même logique : empêcher, coûte que coûte, la progression du RN, quitte à effacer les divergences idéologiques.
Mais cette stratégie pose une question centrale : jusqu’où la gauche peut-elle aller dans les compromis sans perdre toute cohérence politique ?
À l’approche du second tour, une certitude s’impose : ces municipales 2026 ne sont plus seulement un scrutin local, mais un test grandeur nature des rapports de force nationaux.
