Deux réformes arrivent toujours trop tard quand la culture de la responsabilité n’est pas au rendez-vous.
En Nouvelle-Calédonie, l’évaluation des politiques publiques démarre enfin… mais après des années d’aveuglement politique.
Une réforme indispensable… adoptée avec des années de retard
L’évaluation des politiques publiques (EPP) n’est ni un gadget technocratique ni un slogan creux. Elle vise, selon la définition officielle, à vérifier si les moyens juridiques, administratifs et financiers engagés produisent réellement les effets attendus et permettent d’atteindre les objectifs assignés.
Autrement dit : mesurer l’efficacité réelle de l’action publique, loin des discours et des postures.
Sur ce terrain, la Nouvelle-Calédonie a clairement pris le train en retard.
Alors que l’évaluation est une pratique ancienne dans l’Hexagone et dans de nombreuses démocraties occidentales, le territoire n’a instauré un cadre officiel qu’en septembre 2025, pour une entrée en vigueur effective le 1er février 2026.
Cette réforme, adoptée par la délibération n° 509 du Congrès du 4 septembre 2025, crée enfin un socle réglementaire pour sortir de la gestion à l’aveugle.
Une avancée institutionnelle majeure, certes, mais qui arrive après des décennies de politiques coûteuses, rarement évaluées et jamais sanctionnées.
Transparence budgétaire : l’argent public enfin sous contrôle ?
Dans un contexte économique dégradé, marqué par la dette, la contraction des recettes et l’exaspération fiscale, la réforme poursuit un objectif clair : rendre transparente l’utilisation de l’argent public.
Désormais, toutes les politiques relevant des compétences de la Nouvelle-Calédonie feront l’objet d’une évaluation régulière.
Plus question de voter des textes sans vision ni indicateurs.
Depuis le 1er février 2026, chaque projet de loi du pays ou chaque délibération doit être accompagné d’une fiche d’impact détaillée précisant :
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les objectifs poursuivis ;
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les effets attendus ;
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les impacts financiers, économiques, sociaux et environnementaux.
Une exigence de rigueur bienvenue, qui met fin à la culture du texte voté « au doigt mouillé ».
Une commission permanente dédiée a également été créée pour conduire les évaluations, formuler des recommandations et assurer leur suivi. À noter : aucun crédit collaborateur supplémentaire n’y est rattaché, preuve d’un souci affiché de rationalisation budgétaire.
L’ISEE-NC est chargé d’apporter l’appui statistique nécessaire, afin d’ancrer l’évaluation dans les faits et non dans l’idéologie.
Accessibilité, absentéisme et angle mort politique
Un point de vigilance majeur demeure pourtant. Une évaluation n’a de valeur que si elle est lisible, accessible et compréhensible, non seulement pour les élus, mais aussi pour les médias et la société civile.
À ce titre, la mise en ligne, le 1er février 2026, d’un espace internet dédié à l’évaluation des politiques publiques constitue une avancée réelle.
Accessible sur le site officiel du Congrès, cet espace se veut un point d’entrée unique, regroupant :
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le cadre réglementaire ;
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les travaux engagés ou à venir ;
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les actualités du dispositif ;
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la présentation de la commission d’évaluation et de la cellule évaluative.
Mais la transparence ne peut être à géométrie variable. Si la présidente du Congrès, Veylma Falaeo, et son collègue Vaimu’a Muliava ont porté politiquement cette réforme, un sujet reste soigneusement évité : l’absentéisme chronique de certains élus.
Évaluer des politiques publiques sans jamais évaluer la présence réelle des décideurs en séance publique, en commissions internes ou dans les multiples conseils et organismes extérieurs du boulevard Vauban relève de l’incohérence.
Comment prétendre juger l’efficacité des politiques quand certains élus brillent par leur absence ?
La logique de l’EPP devrait naturellement conduire à publier, analyser et questionner :
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les registres de présence ;
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la participation aux commissions ;
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l’utilité réelle des représentations extérieures du Congrès.
Sans cela, l’évaluation restera partielle et donc politiquement confortable.
L’entrée en vigueur de l’évaluation des politiques publiques marque une rupture nécessaire avec des années d’irresponsabilité budgétaire.
Mais pour être crédible, cette réforme devra aller au bout de sa logique : évaluer les politiques, oui… mais aussi ceux qui les votent.


















