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À Cuba, l'étau de Donald Trump se resserre

23 mars 2026 à 07:05
7 min de lecture
À Cuba, l'étau de Donald Trump se resserre
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PÉNURIES. Sous pression américaine, l’île castriste s’enfonce dans la crise et ravive ses réflexes de résistance.

Régis Le Sommier 22/03/2026

La misère est visible partout dans les rues de La Havane, la capitale de l'île.

La misère est visible partout dans les rues de La Havane, la capitale de l'île. © AFP

La place de la Révolution est déserte. Lors de sa visite en 2015, le pape François avait dit la messe à cet endroit, sous l’œil de Che Guevara dont le portrait orne un bâtiment officiel, devant une foule enthousiaste. Si la plus grande place du monde sert toujours pour les grands rassemblements, l’écho des paroles de Fidel Castro semble lointain. L’endroit est surtout le point de rendez-vous pour les vieilles voitures de Cuba. Chevrolet, Plymouth, Mercury et autre Oldsmobile, ces américaines importées avant l’arrivée au pouvoir de Castro en 1959 donnent l’impression de vivre dans un film des années 1950. Les touristes en raffolent. Oui mais voilà, les touristes se font rares. Surtout depuis que les autorités ont annoncé aux compagnies aériennes qu’elles ne pourraient plus leur garantir le plein de kérosène pour le retour, par manque généralisé de carburant dans l’île.

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Au cimetière municipal de la ville, on a enterré récemment des morts un peu particuliers. Dans la nécropole Christophe Colomb reposent les soldats cubains qui assuraient la garde du président vénézuélien Nicolas Maduro. Sa capture par Donald Trump a jeté le trouble dans la grande île du centre des Caraïbes, en faisant ressurgir les fantômes du combat qui a fait de Cuba un îlot de résistance aux Américains depuis presque soixante-dix ans. À Cuba, tout rappelle encore la glorieuse révolution et ses fils chéris, Castro et Guevara. Si Castro se voit peu en ville, c’est que, dans son testament, il n’a pas souhaité qu’on lui érige de statue. En revanche, Ernesto Guevara n’a pas eu le temps de donner des consignes. Il est mort assassiné en Bolivie en 1967.

Le Che a pourtant perdu de sa superbe. Il suffit de discuter avec les jeunes Cubains pour se rendre compte qu’il n’est plus l’incarnation du romantisme révolutionnaire que la photographie d’Alberto Korda a rendu célèbre dans le monde entier. La jeunesse voit en lui un personnage homophobe et raciste, en raison des remarques faites au sujet des Africains, du temps où Cuba fomentait des révolutions sur le continent noir. Mais dans les écoles, on continue à tout faire pour que le mythe se transmette aux nouvelles générations.

Faire tomber l’île « comme un fruit mûr »

À Cuba, on ne plaisante pas avec les icônes. Pas plus qu’on ne plaisante avec les faits de guerre qui ont contribué à rendre cet endroit unique au monde. Sur les hauteurs de La Havane se trouve un lieu où furent stockées ces fusées atomiques installées par les Russes et qui menèrent le monde au bord de l’apocalypse nucléaire, en 1962. Cet épisode peut expliquer que les Américains aient encore la dent dure contre le régime, au point de vouloir sa fin. Mais rien n’incarne moins à Cuba l’objectif toujours affiché des États-Unis de mettre l’île au pas que la baie des Cochons. Située à une centaine de kilomètres au sud de La Havane, c’est là qu’un millier de Cubains de l’exil débarquèrent en avril 1961 pour tenter de renverser sans succès le pouvoir castriste. Ce qu’il faut réaliser encore, lorsqu’on parle de Cuba et des Américains, c’est que ces derniers y sont déjà. Comme au Groenland, ils y possèdent une base à Guantanamo, au sud-est de l’île, qu’ils louent à Cuba depuis un siècle. C’est dans cet endroit qu’ils ont décidé de placer, après le 11-Septembre, ceux qu’ils appellent les « ennemis combattants », des talibans et autres membres d’Al-Qaïda capturés en Afghanistan puis en Irak.

Les Cubains ont perdu le pétrole que le Venezuela leur envoyait

Peut-être davantage que ses prédécesseurs qui s’y sont tous cassé les dents, Donald Trump pense désormais faire tomber l’île « comme un fruit mûr ». Il plaisante même avec son secrétaire d’État Marco Rubio, dont la famille a quitté l’île avant l’arrivée de Castro, en lui annonçant qu’il a un job pour lui : « Marco, tu seras le prochain président de Cuba. » Pas sûr que les Cubains apprécient. Car si les icônes ont perdu de leur lustre, les Cubains de l’exil n’ont pas forcément la cote pour autant. Beaucoup d’habitants les décrivent comme « corrompus » ou zélateurs d’un style de vie qui n’est pas celui de l’existence frugale mais solidaire qui existe encore dans l’île.

Il reste que Cuba est mal en point. Partout, des ruines. Partout la misère se lit dans les rues de La Havane. Par moments, le littoral ressemble à s’y méprendre à celui de la Floride. Key West n’est qu’à une centaine de miles au nord. Mêmes palmiers, même moiteur, mais à Cuba, c’est l’ambassade de Russie, un imposant monument de style soviet des tropiques, qui les garde. Les Russes ont affiché sur le fronton les photos des rencontres qui lient toujours les deux pays. Bougeront-ils si Donald montre sa mèche sur cette côte ?

À La Havane toujours, il reste des Américains la villa d’Ernest Hemingway, sorte de joyau tropical que l’écrivain avait quitté du jour au lendemain en 1960, en y laissant sa machine à écrire et sa collection de bottes en cuir. C’est au milieu de cet amoncellement de palmiers qu’un certain Donald Trump rêve sans doute de voir pousser des hôtels de luxe et des casinos. Les Cubains sont plutôt rétifs à cette idée. Le casino a laissé chez les plus anciens le souvenir des années Batista, l’époque où Cuba faisait figure d’eldorado pour divertir les Américains et pour la mafia qui y régnait en maître.

Dans toute l’île, la denrée rare s’appelle essence. Depuis le 3 janvier, les Cubains ont perdu le pétrole que le Venezuela leur envoyait presque gratuitement depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez. Le gouvernement a émis une carte baptisée « Classica » qui s’apparente à une forme de rationnement. En ce moment, la marine américaine croise, toute puissante, en mer des Caraïbes. Depuis la chute de Maduro, elle n’a autorisé que deux navires humanitaires venus du Mexique à gagner le port de La Havane.

Coupures électriques

Mais, à Cuba, les pénuries, on connaît. Les habitants n’en ont pas peur. L’île est sous embargo depuis l’arrivée au pouvoir de Castro. Mort en 2016, le dictateur aura survécu à onze administrations américaines qui avaient toutes juré sa perte. Cuba a même connu la famine après la chute de l’URSS… On a appelé ce temps les « années spéciales ». Ses habitants gardent en mémoire les « steaks de pelure de pamplemousse », les « beignets de farine » ou les « steaks hachés de peaux de banane »…

Ce qu’il faut réaliser, c’est que les Américains y sont déjà

Plus d’essence ? Qu’à cela ne tienne. On s’en remet au cheval et à la charrette pour se déplacer. En raison de la crise, les autoroutes n’ont pas été terminées. Qu’à cela ne tienne. On laisse paître les vaches sur la partie où l’herbe aura poussé… L’autre problème majeur reste celui de l’électricité, dont les coupures durent parfois quinze heures d’affilée dans certaines villes. Le 17 mars, c’est l’ensemble du réseau qui a sauté, privant onze millions de Cubains d’alimentation électrique. Sur les routes, il n’est pas rare de croiser des bus chinois, mais il reste encore pas mal de tracteurs d’époque soviétique, en parfait état de marche. Camarades d’hier, camarades d’aujourd’hui, camarades de toujours. Sauf si Trump en décide autrement. Il a prévenu qu’il peut faire de Cuba ce qu’il veut. Le président cubain Miguel Diaz-Canel lui a promis une « résistance indestructible ».

#Donald Trump#Cuba#crise cubaine
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