Coup de tonnerre : Le Gayic quitte le Tavini

Le choc politique est brutal et les conséquences commencent déjà à se faire sentir au sommet du pouvoir polynésien.
Après une débâcle électorale retentissante, les fissures internes explosent au grand jour.
Une démission qui acte une rupture politique profonde
Quelques jours seulement après un revers électoral cinglant, Tematai Le Gayic a officialisé ce qui apparaissait inévitable : son départ du Tavini Huiraatira. Dans une lettre adressée à Oscar Temaru, l’ancien député annonce sa démission, mettant fin à plusieurs années d’engagement au sein du principal parti indépendantiste.
Le ton du courrier reste mesuré. Aucune attaque frontale, mais une ligne claire : celle d’un désaccord devenu irréconciliable. L’élu évoque des divergences de fond et une nécessité personnelle de rester fidèle à ses convictions. Une manière de partir sans fracas, mais qui confirme une réalité politique plus dure : le Tavini ne parvient plus à maintenir son unité.
Dans ce message, Tematai Le Gayic insiste sur le respect qu’il porte au combat historique mené par Oscar Temaru, tout en reconnaissant ne plus se retrouver dans certaines orientations. Une rupture idéologique assumée, mais enveloppée de prudence politique.
Une débâcle électorale qui agit comme déclencheur
Si cette démission était latente, les élections municipales ont joué le rôle d’accélérateur brutal. Le constat est sans appel : sur 17 listes soutenues par le Tavini, une seule a remporté la victoire, celle menée par Oscar Temaru à Faa’a.
Un bilan qualifié de véritable catastrophe politique, jusque dans les rangs du parti. Le président du gouvernement, Moetai Brotherson, a lui-même appelé à une clarification interne après ce revers historique.
Sur le plateau de TNTV, Oscar Temaru a reconnu un manque d’unité, affirmant avoir demandé un rassemblement des tendances du mouvement, sans succès. Un aveu qui confirme les divisions profondes qui minent le Tavini depuis plusieurs mois.
Pour Tematai Le Gayic, ce contexte électoral a sans doute été le point de non-retour. Lui qui espérait incarner un renouvellement politique à Papeete n’a pas réussi à transformer l’essai, malgré une progression notable au second tour. L’absence de soutien clair de son camp semble avoir pesé lourd dans sa décision.
Un Tavini fragilisé à l’approche d’échéances majeures
En réalité, la fracture ne date pas d’hier. Dès février 2025, Tematai Le Gayic avait provoqué des remous internes avec une tribune critique. Il y pointait notamment certaines orientations internationales du parti, en particulier ses relations controversées avec l’Azerbaïdjan.
Depuis cet épisode, le fossé n’a cessé de se creuser. La campagne municipale n’a fait que révéler au grand jour des tensions déjà bien installées.
La démission de Tematai Le Gayic s’inscrit dans une continuité de départs et d’exclusions : après Hinamoeura Morgant-Cross et Odette Homai, le Tavini perd une nouvelle figure. Le groupe à l’Assemblée passe ainsi de 38 à 35 élus, un affaiblissement loin d’être anodin.
Désormais non inscrit, Tematai Le Gayic rejoint un espace politique en recomposition, aux côtés d’autres élus dissidents. Un signal inquiétant pour un parti qui prétend incarner l’avenir institutionnel de la Polynésie.
À court terme, la session extraordinaire consacrée au collectif budgétaire servira de test. Mais, à plus long terme, les enjeux sont bien plus lourds : sénatoriales, législatives… autant d’échéances où un Tavini divisé pourrait payer le prix fort de ses contradictions internes.
Dans ce contexte, l’appel à la « clarification » lancé par Moetai Brotherson résonne comme un avertissement. Faute de ligne claire et d’unité retrouvée, le risque est désormais celui d’un éclatement durable du mouvement indépendantiste.
En quittant le Tavini, Tematai Le Gayic ne signe pas seulement une rupture personnelle : il révèle au grand jour une crise structurelle. Une crise qui pourrait rebattre les cartes politiques en Polynésie française dans les mois à venir.


