Avenir institutionnel : face à Emmanuel Tjibaou, la ministre recadre

À l’Assemblée nationale, les débats s’ouvrent sous tension. Et dès les premières minutes, le gouvernement fixe une ligne claire.
Une entrée en matière sous haute pression à la commission des lois
Ce 25 mars 2026, l’examen du futur institutionnel de la Nouvelle-Calédonie a débuté à la commission des lois de l’Assemblée nationale. Un moment attendu, presque redouté, tant les équilibres politiques restent fragiles.
Dans cet hémicycle où chaque mot compte, l’échange entre le député Emmanuel Tjibaou et la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a immédiatement donné le ton. Pas de détour, pas d’ambiguïté. Le débat s’installe dans un rapport de force assumé.
« On ne peut pas construire avec ceux qui refusent de venir »
Face aux critiques et aux positions de blocage, la ministre a posé un principe simple mais lourd de sens. Selon elle, il est impossible de bâtir un projet commun avec des acteurs qui refusent de participer aux discussions.
Elle rappelle que sa responsabilité est d’apporter des réponses concrètes aux Calédoniens, dans un contexte marqué par des difficultés profondes. Derrière les débats institutionnels, il y a une réalité quotidienne faite de décrochage scolaire, d’entreprises en difficulté, de reconstruction et d’emplois fragilisés. Pour le gouvernement, ces enjeux ne peuvent plus être dissociés des choix politiques.
Dans cette logique, Naïma Moutchou refuse que l’avenir de près de 300 000 habitants soit suspendu à l’absence d’une partie des acteurs politiques. Le message est clair : le processus ne peut pas rester bloqué.
DEVA et Kanaky : des alternatives contestées
La ministre a également frontalement remis en cause les propositions alternatives portées par les indépendantistes. Le projet DEVA, souvent évoqué, est décrit comme une simple idée, jamais formalisée, jamais écrite, et surtout jamais consensuelle.
En réponse à Emmanuel Tjibaou, elle lance même un défi politique, l’invitant à produire un projet concret. Une manière de souligner l’absence de base solide derrière certaines revendications.
Même constat pour l’accord dit de Kanaky, jugé insuffisant pour constituer un véritable compromis. Pour le gouvernement, ces pistes ne permettent pas d’ouvrir une voie crédible pour l’avenir institutionnel du territoire.
Bougival, seul cadre encore debout
Dans ce contexte, l’accord de Bougival est présenté comme la seule base de travail encore viable. Il incarne, selon la ministre, une tentative de compromis construite entre partenaires, même si certains s’en sont aujourd’hui retirés.
Le cap est maintenu. Le gouvernement assume de continuer à avancer, considérant que l’urgence de la situation impose de ne pas rester dans l’attente.
Une question qui met l’opposition face à ses responsabilités
Au cœur de cet échange, une interrogation reste suspendue. Si Bougival n’est pas la solution, alors quelle alternative proposer pour répondre aux attentes des Calédoniens ?
Cette question, posée directement par la ministre, cristallise l’enjeu du débat. Elle met en lumière une difficulté majeure : contester un accord est une chose, proposer un projet structuré en est une autre.
Un débat lancé, un rapport de force installé
Cette première séquence parlementaire ne marque qu’un début, mais elle révèle déjà les lignes de fracture. D’un côté, un gouvernement déterminé à avancer. De l’autre, des oppositions qui contestent la méthode et le fond.
Dans un territoire encore marqué par les tensions récentes, le débat sur l’avenir institutionnel s’annonce long, conflictuel, et décisif.

