Sexe et pouvoir : un élu calédonien condamné

À Nouméa, l’affaire a fait l’effet d’une déflagration politique et médiatique.
Derrière les discours de victimisation, une réalité brutale s’impose : l’exemplarité des élus est en question.
Une affaire explosive entre alcool et dérives en vol
Le 1er septembre 2023, à bord d’un vol opéré par Aircalin entre Nouméa et Singapour, le comportement de l’élu Jean Creugnet va basculer dans l’inacceptable.
Selon des témoignages concordants, l’élu, alors en route pour Paris afin de participer aux discussions sur l’avenir institutionnel, a consommé une quantité importante d’alcool : champagne, vin, puis cognac.
Un steward de la classe affaires décrit une situation sans ambiguïté :
Toutes les cinq minutes, je lui servais une petite dose de cognac. Il a presque terminé la bouteille.
Une consommation excessive assumée, que l’intéressé justifie par une volonté de s’endormir durant un long vol. Mais cette explication ne suffit pas à masquer les faits rapportés.
Très vite, le personnel navigant s’inquiète. Une note interne demandait déjà une vigilance particulière envers les responsables politiques à bord. Cette précaution prend ici tout son sens.
Des témoins évoquent des regards insistants, des attitudes déplacées et une perte de contrôle progressive. Le commandant de bord ira jusqu’à limiter sa consommation d’alcool, signe que la situation devenait préoccupante.
Face à cette restriction, l’élu aurait réagi en invoquant une discrimination politique :
Je suis d’un mouvement indépendantiste, c’est pour ça que vous refusez de me servir ?
Un argument révélateur d’un réflexe de victimisation, loin des responsabilités attendues d’un élu.
Témoignages accablants et défense contestée
Au cœur de l’affaire : des gestes à caractère sexuel dénoncés par une hôtesse de l’air.
Selon les éléments du dossier, des contacts physiques répétés sont évoqués : main, cuisse, fesses, avec une tentative d’approche vers la poitrine que la victime aurait esquivée.
Une passagère confirme un climat pesant, évoquant des « regards agressifs ou déplacés à l’égard des femmes ».
Un autre témoin parle d’un « geste volontaire de la main qui remonte sur la cuisse de l’hôtesse ».
Face à ces accusations, Jean Creugnet adopte une ligne de défense classique :
le « trou noir ».
Il affirme ne plus se souvenir de rien jusqu’à son arrivée à Singapour :
J’ai repris connaissance alors que je marchais dans l’aérogare.
Mais cette version est frontalement contestée. L’expert psychiatre écarte toute explication médicale.
L’avocate de la victime souligne une constante :
Comme par hasard, la perte de mémoire intervient au moment des faits reprochés.
La victime, absente lors du procès, reste profondément marquée.
Son avocate indique qu’elle est toujours sous traitement antidépresseur.
La défense, elle, tente de minimiser : un comportement « lourd », mais sans intention sexuelle.
Un argument qui n’a pas convaincu le tribunal.
Une condamnation qui pose la question de l’exemplarité politique
Le verdict est sans appel : Jean Creugnet est reconnu coupable d’agression à caractère sexuel.
La sanction est claire :
six mois de prison avec sursis
cinq ans d’inéligibilité
inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles
Une décision qui marque un tournant.
Car au-delà du cas individuel, c’est toute la question du comportement des élus qui est posée.
Dans cette affaire, un autre nom apparaît : Daniel Goa, également présent lors du voyage et en état d’ébriété avancé.
Mais aucun incident ne lui est reproché.
La différence est nette : les faits reprochés à Jean Creugnet sont caractérisés et établis.
Sur le plan politique, la situation interroge. Après les révélations, il avait démissionné de son poste de secrétaire général de l’UPM.
Mais il n’a jamais quitté ses fonctions électives, malgré une mise à l’écart de la province Nord.
Dans une démocratie moderne, la question du devoir d’exemplarité est centrale.
Un élu n’est pas un citoyen comme les autres : il incarne une responsabilité publique.
L’affaire met également en lumière un sujet rarement abordé : la consommation d’alcool chez certains responsables politiques, et ses dérives.
Peut-on encore tolérer de tels comportements sans conséquences immédiates ? La réponse judiciaire est tombée.
Reste désormais la réponse politique.

