Sondage sur la Nouvelle-Calédonie : face aux attaques, l’institut Quid Novi sort du silence
Après la publication de notre série d’articles consacrée aux résultats d’une étude d’opinion sur la Nouvelle-Calédonie, une polémique s’est rapidement installée. Sur les réseaux sociaux comme dans certains cercles politiques, des voix indépendantistes ont mis en cause la fiabilité du sondage, évoquant des biais supposés ou une méthodologie opaque.
Pour répondre à ces critiques, la rédaction de la Dépêche de Nouméa a rencontré Stéphane Renaud, responsable de l’institut de sondage Quid Novi, à l’origine de cette enquête. Objectif : clarifier les méthodes utilisées et répondre point par point aux accusations.
Une méthodologie structurée et territorialisée
Premier point soulevé par les critiques : un prétendu biais géographique, notamment en faveur des quartiers sud de Nouméa.
Une accusation que Stéphane Renaud balaie fermement, en détaillant une méthodologie construite précisément pour éviter ce type de dérive.
Alors, c'est une enquête qui ne nous appartient pas, puisqu'elle a été commandée par un commanditaire dont on préserve l'anonymat comme on préserve l'anonymat des gens qui nous répondent. Mais elle a été réalisée sur l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie avec ce qu'on appelle des strates par zone
L’étude repose ainsi sur un découpage précis du territoire, tenant compte des réalités locales : Province Nord, Province Sud, Îles Loyauté, mais aussi des distinctions internes au Grand Nouméa.
On commence par découper la Nouvelle-Calédonie en zones, et au sein de chaque zone, on suit des quotas, c'est-à-dire la représentation de la population selon l'ISEE
Autrement dit, chaque catégorie de population est représentée proportionnellement à son poids réel, sur la base des données officielles.
Trois corps électoraux intégrés dans l’analyse
Autre élément central souvent ignoré dans les critiques : la prise en compte des spécificités électorales calédoniennes.
En Nouvelle-Calédonie, on en a trois : le corps électoral général, le corps électoral des provinciales et le corps électoral le plus restreint, celui de la liste référendaire
L’étude ne se limite donc pas à un simple échantillon démographique. Elle intègre également les différentes listes électorales, qui structurent profondément la vie politique locale.
On a tenu compte des individus qui étaient présents sur la liste référendaire et on a redressé les résultats en fonction du référendum de 2020
Un travail de redressement qui permet d’aligner les résultats sur des données réelles, notamment celles issues du scrutin référendaire.
Le mythe des écarts inexpliqués
Les critiques ont également pointé des écarts entre les résultats de cette étude et certaines perceptions du terrain, notamment autour du fameux rapport 70/30.
Là encore, Stéphane Renaud apporte des éléments précis.
C'est très simple, il y a cinq points : la participation, la mobilisation de l'UC, la question du statut civil coutumier, les arguments de campagne et un phénomène de type Brexit
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent ces écarts.
La mobilisation différenciée des électorats, notamment celle de l’Union calédonienne, aurait joué un rôle significatif. À cela s’ajoute l’absence de certaines variables clés dans les données disponibles, comme le statut civil coutumier par zone.
Enfin, les campagnes politiques elles-mêmes, et leurs arguments, ont influencé les perceptions.
En monde océanien, le silence est une réponse et elle est négative
Un phénomène bien connu des sondeurs, où les indécis de dernière minute tendent à se positionner différemment de ce que laissent apparaître les enquêtes.
Un institut indépendant qui revendique son impartialité
Dernier point de controverse : l’indépendance même de l’institut.
Là encore, la réponse est directe.
L'institut aujourd'hui, on a beaucoup de défauts, mais alors on en a un qu'on n'a pas, c'est qu'on travaille avec tout le monde
Quid Novi revendique une approche ouverte, collaborant aussi bien avec des acteurs publics que privés, sans affiliation politique.
On n'est affilié à personne. Quelqu'un me commande un sondage, on fait notre travail, point
Une ligne de conduite claire, qui vise à garantir la neutralité des études produites.
Une polémique révélatrice des tensions actuelles
Au-delà de la polémique, cette séquence révèle surtout une réalité : le débat calédonien reste profondément clivant.
Mais face aux attaques, une chose apparaît clairement à la lecture de cette interview : la méthodologie de l’étude repose sur des standards solides, intégrant à la fois les spécificités démographiques et électorales du territoire.
Dans un contexte où les données deviennent un enjeu politique à part entière, la question n’est peut-être plus seulement celle des résultats, mais celle de leur acceptation.
Et sur ce point, le débat est loin d’être clos.
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