Crise énergétique et flambée des prix : vers un confinement rampant

RESTRICTIONS. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, de nombreux États s’adaptent. Télétravail, déplacements limités, carburant rationné. En Asie et en Europe, le quotidien ralentit. Avec un petit air de Covid.
Alexandre Mendel 06/04/2026

En Thaïlande, des présentateurs télé donnent l’exemple en retirant leur veste pour limiter l’usage de la climatisation. © DR
À Bangkok, en plein journal télévisé du soir, cinq présentateurs ont retiré ostensiblement leur veste. Les voilà en plateau, en bras de chemise, comme de joyeux écoliers. Sous la canicule moite de cette dictature militaire soft, les journalistes thaïlandais donnent l’exemple : ils obéissent aux consignes. La climatisation est désormais bloquée à 26 degrés dans les bâtiments publics ; les administrations tournent au ralenti. Ne parlez pas encore de confinement strict... Même si ça commence à y ressembler.
Les fonctionnaires sont encouragés à rester chez eux, à limiter leur consommation, à modifier des gestes aussi ordinaires que de prendre l’ascenseur dans une ville verticale, partout hérissée de gratte-ciels. Les exportations de carburant ont été suspendues pour préserver les stocks, avec des exceptions limitées vers le Laos et le Myanmar, partenaires énergétiques directs du pays. Les réserves devraient tenir encore trois mois. Le pays a enclenché un plan de crise. Le niveau supérieur prévoit un rationnement strict.
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Rouler en comptant
Plus au sud, en Indonésie, la contrainte se voit déjà très concrètement. Depuis le 1er avril, les automobilistes sont limités à 50 litres de carburant par jour. De quoi continuer à rouler, mais en comptant. Les déplacements officiels ont été divisés par deux. Les voyages professionnels amputés de 70 %. Le vendredi, l’administration reste chez elle. Et Jakarta, mégalopole d’ordinaire si agitée, si bruyante, prend par endroits des aspects de ville européenne étonnamment pépère.
Aux Philippines, la hausse du prix du gazole a été telle que l’État a réduit la semaine de travail à quatre jours. Là encore, des décisions administratives redessinent les horaires autant que la vie des villes. Ce qui ressemblait il y a peu à une série de mesures locales commence à prendre une autre couleur. Une dimension qu’on n’avait pas vécue depuis le Covid-19.
Les autorités font des décomptes comme au temps de la pandémie
Le ton a également changé à l’Agence internationale de l’énergie. Son directeur, Fatih Birol, parle d’une situation sans précédent. Les communiqués, laconiques, font des décomptes comme au temps de la pandémie. « À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », a-t-il averti. Une comparaison lourde de sens, qui renvoie directement aux chocs de 1973 et 1979.
En Europe, les signaux sont de plus en plus explicites. « Si cette guerre dégénère en un conflit régional majeur, elle pourrait peser sur l’Allemagne et l’Europe encore davantage que ce que nous avons connu lors de la pandémie de Covid-19 », a mis en garde le chancelier Friedrich Merz. À Bruxelles, on prépare les esprits. La Commission européenne insiste sur la coordination entre États et appelle à consommer moins. Des responsables invitent déjà les Européens à recourir au télétravail et à réduire leurs déplacements.
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En Slovénie, le rationnement des carburants est déjà en place. Les volumes accessibles aux particuliers sont plafonnés tandis que les usages essentiels (santé, transports publics, logistique) sont servis en priorité. Pour les automobilistes, l’accès dépend désormais des quotas et de l’état des stocks, avec des restrictions qui varient selon les régions.
En 2020, le basculement ne s’était pas fait brutalement. La séquence avait également été progressive. Dès la fin février, les autorités sanitaires recommandaient d’éviter les contacts, de limiter les déplacements, d’annuler les grands rassemblements. Les entreprises commençaient à organiser le télétravail tandis que rendez-vous et événements disparaissaient des agendas. Puis, en quelques jours, à la mi-mars, les écoles avaient fermé et le confinement généralisé avait été décrété, avec ses attestations et ses rues vides.
Personne ne sera formellement empêché de sortir. Mais sortir coûtera plus cher, prendra plus de temps
Évidemment, il ne s’agit pas aujourd’hui d’un virus. La contrainte est d’une autre nature. Personne ne sera formellement empêché de sortir. Mais sortir coûtera plus cher, prendra plus de temps. On en appellera au civisme, « au sens des responsabilités ». La pression sera plus diffuse. Pourtant, les conditions matérielles pourraient produire un résultat proche.
L’histoire énergétique fonctionne souvent ainsi. En 1973, la France avait abaissé la vitesse sur les autoroutes. Aux Pays-Bas, les dimanches sans voiture avaient marqué les esprits. Ce qu’on appelait alors des « mesures techniques » avait duré des années.

