Maritime : Paris reprend la main en Polynésie

Deux hauts responsables de l’État en déplacement stratégique dans le Pacifique.
Objectif affiché : reprendre la main sur la mer, l’économie et la sécurité.
Une présence de l’État renforcée dans un espace maritime colossal
Du 29 mars au 4 avril 2026, l’État français a envoyé un signal clair depuis la Polynésie française : il n’est pas question de laisser filer le contrôle d’un territoire maritime stratégique.
Mme Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des Outre-mer, et M. Xavier Ducept, secrétaire général de la mer, ont mené une mission dense au cœur du Pacifique.
Avec plus de 12 millions de km² d’espace maritime, la Polynésie représente un levier majeur de puissance pour la France. Cette immensité, souvent présentée comme une contrainte, est en réalité une richesse stratégique exceptionnelle, à condition d’être maîtrisée.
Sur le terrain, les autorités ont visité les dispositifs clés de surveillance et de secours : le centre de sauvetage aéromaritime (JRCC), le Falcon 50 ou encore le patrouilleur outre-mer Teriieroo a Teriierooiterai.
Autant d’outils concrets qui illustrent la capacité de projection et de contrôle de l’État en mer.
Les résultats sont là : 293 personnes sauvées en 2025, aucune pêche illégale détectée depuis 2007, près de 4 000 heures de surveillance maritime.
Un bilan qui tranche avec certains discours alarmistes : l’État agit, et les chiffres le prouvent.
Environnement et économie bleue : une ligne de crête assumée
Dans un contexte de pression climatique et internationale, la protection de l’environnement marin est devenue un axe central.
Mais ici, pas de discours idéologique : la ligne est claire, protéger sans bloquer.
Les échanges avec le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement et le Fare Natura ont permis de rappeler une évidence souvent oubliée : la connaissance scientifique est la base de toute décision efficace.
Le programme REMMOA II, piloté par l’Office français de la biodiversité en partenariat avec le CNRS, illustre cette approche pragmatique : observer, comprendre, puis agir.
Dans le même temps, l’économie bleue avance.
Le Comité d’orientation stratégique de la mer (COSMER) a permis de faire le point sur la feuille de route adoptée en 2024.
Les professionnels du secteur, notamment le Cluster maritime, ont rappelé une exigence simple :
oui à la protection, mais pas au détriment des activités économiques.
Un équilibre assumé par l’État, qui refuse l’écologie punitive au profit d’une écologie de responsabilité.
Trafics, souveraineté et coopération : l’État en première ligne
Derrière les enjeux environnementaux, la réalité sécuritaire reste centrale.
La Polynésie française est à la fois une cible et une zone de transit pour les trafics de stupéfiants.
Les récentes saisies record de cocaïne le confirment : le Pacifique n’est plus à l’écart des routes du crime international.
Pour Xavier Ducept, le constat est sans ambiguïté : l’État doit intensifier son action, notamment en matière de coopération régionale.
Même tonalité du côté d’Anne-Gaëlle Baudouin, qui insiste sur la nécessité de peser davantage dans les négociations internationales, notamment sur les quotas de pêche.
Face à la concurrence étrangère, la France doit défendre ses intérêts et ceux de ses territoires.
Et cela passe par une stratégie claire : coordination entre la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna.
Un protocole d’accord a d’ailleurs été signé autour de cinq axes majeurs : recherche scientifique, formation, aires marines protégées, surveillance et action internationale.
Autre priorité : la souveraineté alimentaire, avec la création d’un baccalauréat professionnel dédié aux métiers de la mer au lycée agricole de Moorea.
Une initiative concrète pour former localement et réduire la dépendance.
Enfin, les échanges avec les pêcheurs ont mis en lumière une réalité trop souvent ignorée : les acteurs locaux veulent travailler, produire et vivre de leur activité, à condition d’être soutenus.
Une feuille de route claire : agir, protéger, développer
À l’issue de cette mission, le cap est fixé.
Pas de promesses vagues, mais une logique d’action : faire remonter les besoins, ajuster les politiques publiques et accélérer les projets.
Sûreté portuaire, coopération internationale, surveillance maritime : les priorités sont identifiées.
Dans un monde où les espaces maritimes deviennent des zones de confrontation stratégique, la France n’a pas le droit d’être absente.
La Polynésie française n’est pas une périphérie : c’est un pilier de la puissance française dans le Pacifique.
Et face aux défis, une chose est désormais claire : l’État entend bien rester à la barre.
(Crédit photo de couverture : Haut-Commissariat de la République en Polynésie française)

