Procès de Marine Le Pen : le RN en apnée à un mois du verdict

PRÉSIDENTIELLE. Favori dans les sondages, le Rassemblement national retient son souffle en attendant le 7 juillet, suspendu au sort judiciaire de Marine Le Pen.
Jules Torres 07/06/2026

Autour de Marine Le Pen, les parlementaires veulent donner l’impression d’un bloc uni. © SIPA
Au Rassemblement national, on compte les jours. Pas ceux qui séparent le parti de la présidentielle, mais ceux qui le rapprochent du 7 juillet : un mois pile. Dans un mois, la cour d’appel de Paris dira si Marine Le Pen peut poursuivre sa route vers l’Élysée ou si l’inéligibilité prononcée en première instance vient bouleverser un scénario patiemment écrit depuis des années. Car, dans le paysage politique, le RN continue d’occuper l’espace : quel que soit son candidat, le parti demeure nettement au-dessus de ses concurrents dans les sondages. Ni la gauche éclatée, ni le bloc central essoufflé ne semblent, à ce stade, en mesure d’enrayer sa dynamique jusqu’au second tour.
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Mais, dans les couloirs du parti, l’ambiance est moins conquérante. « Aujourd’hui, tout le monde marche sur des œufs. La moindre phrase peut être interprétée comme un signal envoyé à l’un ou à l’autre », confie un cadre du mouvement. L’un ou l’autre : Marine Le Pen ou Jordan Bardella. La patronne historique ou l’héritier désigné. La candidate naturelle ou le recours déjà prêt. Une incertitude qui nourrit l’inconfort. Le RN n’a jamais paru aussi proche du pouvoir, mais il ne sait pas encore derrière quelle figure il abordera la dernière ligne droite. Entre les deux têtes du parti, pas de malentendu : Marine Le Pen demeure la candidate du parti. Jordan Bardella répète qu’il est là en cas d’empêchement. Mais, derrière l’affichage, chacun se contraint à la prudence. Le parti avance comme sur un parquet ciré : sans faux pas, sans bruit, sans mouvement brusque. « Tout le monde sait que cette décision peut rebattre les cartes, alors personne ne veut prendre le risque d’en froisser une », résume un proche de Marine Le Pen.
Comme si chaque proposition risquait de fâcher un camp
Ce flottement se lit jusque dans l’expression publique du mouvement. Les porte-parole du RN, d’ordinaire prompts à occuper les plateaux, sont bien montés au front après les violences qui ont suivi la victoire du PSG. Sécurité, ordre, autorité : sur ces thèmes-là, le logiciel est rodé, les formules sont prêtes, les propositions connues. Mais dès qu’il s’agit de se projeter vers la présidentielle, d’ouvrir un chantier, d’appuyer une thématique ou d’avancer une réforme, la mécanique se grippe. « Aujourd’hui, même une idée programmatique peut être lue comme un message interne », confesse un député. Comme si chaque proposition risquait de fâcher un camp alors même qu’ils ne sont pas clarifiés.
Car ce n’est pas seulement un nom que le 7 juillet doit éclairer. C’est une tonalité, une musique, une manière de s’adresser au pays. « Si Marine repart, la campagne sera celle de la revanche, du lien direct avec les Français, de la candidate qu’on a voulu empêcher, anticipe un stratège du parti. Si Jordan y va, ce sera une campagne de conquête. » Entre les deux scénarios, le dauphin avance sur une ligne de crête : prêt sans avoir l’air pressé, présent sans jamais paraître pressant. C’est tout le paradoxe du RN en ce début d’été politique. Le parti se rêve en force tranquille, mais vit au rythme d’une horloge judiciaire. « Les Français veulent savoir qui portera le projet, et, à vrai dire, nous aussi », soupire un parlementaire. Cette impatience ressemble à cette tension nerveuse qui précède les grands départs : les valises sont prêtes, le moteur tourne, mais personne ne sait encore qui s’installera au volant.
Le 7 juillet au soir, Marine Le Pen prendra la parole dans un JT. Quoi qu’il arrive. Pour transformer une décision judiciaire en coup d’envoi d’une quatrième campagne présidentielle ou pour convertir une blessure politique en passage de témoin maîtrisé.

