Ces soldats tombés pour la France que l’on oublie trop souvent

Deux dates demeurent étroitement liées dans la mémoire nationale : le 7 mai 1954, jour de la chute du camp retranché de Diên Biên Phu, et le 8 juin, Journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine.
Instituée en 2005, cette commémoration rappelle le souvenir des militaires et civils engagés dans un conflit qui a profondément marqué l’histoire française du XXe siècle.
Une guerre de près de huit années
À la suite de la capitulation japonaise du 2 septembre 1945, la situation politique évolue rapidement en Indochine française. Le Viêt-minh, mouvement indépendantiste dirigé par Hô Chi Minh, proclame l’indépendance du Vietnam.
La France cherche d’abord une solution politique à travers plusieurs négociations. Toutefois, les tensions s’aggravent progressivement et débouchent sur un conflit armé à partir de la fin de l’année 1946.
Le Corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient (CEFEO) est alors engagé dans une guerre qui mobilise des soldats venus de métropole, de la Légion étrangère, des territoires africains de l’Union française ainsi que des combattants locaux engagés aux côtés des forces françaises.
Le conflit prend rapidement la forme d’une guerre complexe, mêlant opérations conventionnelles et actions de guérilla dans un environnement souvent difficile.
L’équilibre des forces évolue sensiblement après la victoire des communistes chinois en 1949. Le Viêt-minh bénéficie alors d’un soutien accru de la République populaire de Chine, ce qui lui permet de renforcer son organisation et ses capacités militaires.
Sous le commandement du général Võ Nguyên Giáp, les forces indépendantistes gagnent progressivement en puissance. Les combats s’intensifient au début des années 1950, tandis que la guerre s’inscrit dans le contexte plus large de la Guerre froide.
Diên Biên Phu, un tournant du conflit
La bataille de Diên Biên Phu demeure l’épisode le plus connu de la guerre d’Indochine.
À la fin de l’année 1953, les autorités militaires françaises décident d’installer un camp retranché dans la vallée de Diên Biên Phu, dans le nord-ouest du Vietnam. L’objectif est notamment de contrôler certains axes stratégiques et de contraindre les forces du Viêt-minh à engager une bataille conventionnelle.
Les troupes du général Giáp parviennent toutefois à déployer d’importants moyens d’artillerie sur les hauteurs dominant la vallée. Les positions françaises se retrouvent progressivement encerclées et soumises à des bombardements continus.
Les combats durent près de deux mois. Les défenseurs du camp résistent dans des conditions particulièrement difficiles, tandis que les affrontements provoquent de lourdes pertes des deux côtés.
Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours de bataille, le camp retranché tombe aux mains du Viêt-minh.
Cette défaite accélère les négociations engagées à Genève. Les accords signés quelques semaines plus tard mettent fin à la guerre d’Indochine et marquent la fin de la présence française au Vietnam, au Laos et au Cambodge.
Pour de nombreux historiens, Diên Biên Phu constitue également un événement majeur dans l’histoire de la décolonisation au XXe siècle.
Une mémoire entretenue par la Nation
Le bilan humain de la guerre d’Indochine est particulièrement lourd.
Selon les estimations généralement retenues, plus de 47 000 militaires français, légionnaires et soldats originaires des territoires africains de l’Union française perdent la vie durant le conflit. À ces pertes s’ajoutent plusieurs dizaines de milliers de combattants locaux engagés aux côtés des forces françaises.
Les pertes du Viêt-minh sont également considérables et témoignent de l’intensité des combats qui ont marqué cette guerre.
Afin d’honorer la mémoire des morts pour la France en Indochine, un décret du 26 mai 2005 a institué une journée nationale d’hommage célébrée chaque année le 8 juin.
Cette date fait référence au 8 juin 1980, jour du transfert de la dépouille du Soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais.
Des cérémonies commémoratives sont organisées chaque année sur l’ensemble du territoire national.
Parmi les lieux de mémoire consacrés à ce conflit figure notamment le mémorial des guerres en Indochine de Fréjus, inauguré en 1993. Il rassemble les sépultures et les noms de milliers de militaires et de civils morts en Indochine.
Au-delà des débats historiques liés à cette période, la Journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine a pour vocation de rappeler le souvenir des hommes et des femmes engagés dans ce conflit.
Elle constitue un moment de recueillement et de mémoire consacré à celles et ceux qui ont perdu la vie au service de la France.

