Viaduc du Mont-Dore : la chaise vide de Gilbert Tyuienon fait capoter le dernier vote de la mandature
Le Congrès devait examiner, mercredi 17 juin, une résolution demandant à l'État de financer le viaduc du Mont-Dore. La séance n'a jamais eu lieu : le membre du gouvernement Gilbert Tyuienon, en charge des transports et opposant notoire au projet. La règle votée le 5 juin pour obliger l'exécutif à venir défendre ses textes aura fini par éclairer crûment ce qu'elle visait : une chaise vide, à dix jours des provinciales.
Une règle appliquée, un projet renvoyé
C'était l'une des toutes dernières séances publiques de la mandature. Cinq textes à l'ordre du jour, dont un à très fort enjeu : la demande de financement, par l'État, du viaduc destiné à désenclaver le sud du Mont-Dore. En l'absence de la présidente du Congrès, c'est Muriel Malfar-Pauga, troisième vice-présidente et élue loyaliste, qui tenait le perchoir. Elle a ouvert la séance, puis l'a aussitôt ajournée. Motif : la règle adoptée le 5 juin, qui rend obligatoire la présence du membre du gouvernement chargé du secteur concerné, faute de quoi l'examen est reporté.
Réuni dans la foulée, le bureau a tranché à l'unanimité, indépendantistes comme non-indépendantistes : on applique le règlement. Pas de ministre, pas de séance. « On a appliqué ce qu'on a voté », résume Muriel Malfar-Pauga, qui balaie l'idée d'un dispositif se retournant contre ses auteurs dès sa première mise en œuvre. « Il aurait été illogique que je tienne la séance tout en ayant voté, quinze jours plus tôt, un texte disant exactement le contraire. » Loin du couac, l'élue y voit une cohérence : la règle a fonctionné. Elle a simplement révélé un absent.
Tyuienon, opposant assumé qui choisit le silence
Cet absent porte un nom. Gilbert Tyuienon, maire de Canala et figure de l'Union calédonienne, pilote précisément les transports et les infrastructures publiques. Sur ce dossier, il était le ministre directement concerné. C'est bien sa chaise à lui que le règlement désignait.
Or l'hostilité de Gilbert Tyuienon au viaduc n'a rien d'un secret. « On sait très bien qu'il n'est pas du tout favorable à ce projet », rappelle Muriel Malfar-Pauga. C'est justement là que le bât blesse, selon elle : un désaccord politique se défend à visage découvert, dans l'hémicycle, devant les Calédoniens. « Quand on est élu, on a des responsabilités. Si on n'est pas d'accord, on vient, on s'explique, c'est une séance publique. » Sa présence aurait permis à chacun « d'entendre la version contre ». À la place, le débat n'a pas eu lieu. Et le texte n'a pas avancé.
« Un gros coup de canif à la collégialité »
L'élue ne s'arrête pas au constat. Elle y lit un message. La chaise vide d'un membre du gouvernement, dit-elle, « a été mal comprise par la population, et les gens ont eu raison ». Sur le principe même de la collégialité, ciment institutionnel calédonien, le verdict est sans appel : « C'est un gros coup de canif à la collégialité. Ce n'est pas assumer son secteur. »
Au-delà du seul viaduc, Muriel Malfar-Pauga érige l'épisode en avertissement pour la prochaine mandature : chaque membre du gouvernement responsable d'un secteur devra être présent dès que ce secteur s'invite au Congrès. Gouvernement et Congrès, plaide-t-elle, doivent rester « unis sur la gestion du pays ». Un rappel à l'ordre à peine voilé, adressé à un exécutif qui réclame des séances en urgence à l'approche du scrutin mais ne juge pas utile, lui, de venir défendre ses propres dossiers.
Le Grand Sud, encore renvoyé à son enclavement
Reste le terrain. Le viaduc, environ quatre kilomètres d'ouvrage pour doubler la RP1 et contourner Saint-Louis, n'est pas un caprice de campagne. Entre la mi-2024 et le début 2025, l'axe a été bloqué des mois durant par les barrages, isolant des milliers d'habitants, asphyxiant l'économie locale et accélérant les départs. Le projet, chiffré entre quarante et quatre-vingts milliards de francs, attend depuis une décennie. La province Sud a lancé ses études d'impact, dont les conclusions sont espérées début 2027. Mercredi, des Mondoriens avaient fait le déplacement, venus parler de leur avenir. Ils sont repartis sans débat, sans vote, sans réponse.
Le calcul, lui, saute aux yeux. En ne se présentant pas à l'ultime séance de la mandature, le ministre des Transports s'assure que le texte ne franchira pas la dernière marche avant les urnes. La pendule fait le reste. À dix jours d'un scrutin où le désenclavement du Grand Sud pèse lourd, le signal est limpide : sur ce dossier, le projet n'avance qu'au rythme que veulent bien lui imposer ceux qui en ont la charge. Et celui qui en a la charge a choisi, jusqu'au bout, de ne pas s'asseoir.

