Frogier contre-attaque et dévoile les chiffres

La campagne des élections provinciales du 28 juin prend une tournure particulièrement tendue autour de Promosud. La société de financement et de développement de la province Sud se retrouve au cœur d'une vive polémique alimentée par les critiques de plusieurs figures politiques locales.
La pépinière Centre Sud au cœur des accusations
Face aux accusations relayées ces derniers jours, Brieuc Frogier, conseiller provincial Sud, administrateur de Promosud et président de la structure durant cette mandature, a choisi de répondre publiquement. Dans une longue mise au point publiée sur les réseaux sociaux, il défend le bilan de l'établissement et pointe du doigt la gestion des années 2004 à 2009, qu'il considère comme responsable des difficultés financières rencontrées par la société.
À quelques jours du scrutin, le débat dépasse désormais largement le cadre technique de la gestion économique. Il s'inscrit dans une confrontation politique plus large sur la manière dont l'argent public a été utilisé au cours des vingt dernières années en Nouvelle-Calédonie.
L'un des principaux sujets de controverse concerne la pépinière d'entreprises Centre Sud.
Selon Brieuc Frogier, plusieurs affirmations relayées dans le débat public seraient inexactes. Il affirme notamment que Promosud n'a jamais vendu son bâtiment à la province Sud, contrairement à ce qu'ont avancé certains opposants.
L'élu rappelle que ce projet immobilier a été lancé en 2007 sous la présidence d'Alain Descombels. L'opération représentait alors un investissement supérieur à 600 millions de francs CFP.
Mais les résultats financiers n'ont pas été au rendez-vous.
Entre avril 2008 et mars 2013, la structure aurait accumulé plus de 216 millions de francs CFP de pertes. La société Centre Sud, filiale détenue à 100 % par Promosud, aurait également nécessité d'importantes avances de trésorerie avant d'être absorbée par sa maison mère.
Selon les chiffres avancés par Brieuc Frogier, près de 200 millions de francs CFP auraient finalement été perdus dans cette opération.
Aujourd'hui, les conseils juridiques de Promosud recommanderaient la vente du bâtiment, estimant que la gestion directe d'une pépinière d'entreprises ne relève pas des missions définies dans les statuts de la société.
Pour les partisans de la majorité provinciale actuelle, cette situation illustre les conséquences d'investissements engagés sans modèle économique suffisamment solide.
Des investissements jugés démesurés entre 2004 et 2009
Dans sa publication, Brieuc Frogier élargit son analyse à l'ensemble de la période 2004-2009.
Il s'appuie notamment sur les observations formulées par la Chambre territoriale des comptes, qui avait évoqué une logique d'interventions particulièrement étendue.
Selon lui, plusieurs projets lancés à cette époque auraient exposé Promosud à des risques financiers considérables.
Le secteur maritime figure parmi les exemples cités.
Plus de 650 millions de francs CFP auraient été injectés dans certaines opérations, avant qu'une sortie progressive du capital ne permette de limiter les pertes finales à environ 280 millions.
Mais c'est surtout le dossier de Deva qui cristallise les critiques.
Le complexe hôtelier et touristique est présenté comme l'illustration la plus spectaculaire d'un projet dont les ambitions auraient largement dépassé les réalités économiques du marché calédonien.
Le coût global de l'opération aurait dépassé 12 milliards de francs CFP, soit plus de 34 % de dépassement par rapport à l'estimation initiale.
La Société hôtelière de Nouvelle-Calédonie, chargée de porter le projet, aurait dû contracter plus de 4 milliards de francs CFP d'endettement.
Sur les dix premières années d'exploitation, les pertes cumulées dépasseraient 10 milliards de francs CFP, soit près d'un milliard de francs CFP de déficit par an.
Pour Brieuc Frogier, ces chiffres démontrent que le projet a été conçu sur des hypothèses de fréquentation et de rentabilité trop optimistes.
Il souligne notamment que les premières études envisageaient un établissement compris entre 80 et 120 chambres. Pourtant, le projet final a été porté à 180 clés, malgré des réserves déjà exprimées sur sa viabilité économique.
Une décision qui, selon lui, a contribué à fragiliser durablement l'équilibre financier de l'opération.
Sept années de redressement mises en avant
Face à cet héritage, l'équipe actuellement aux commandes de Promosud affirme avoir engagé un important travail de restructuration financière.
Selon les chiffres communiqués, plusieurs mesures ont été prises afin de restaurer la solidité de la société.
La première étape aurait consisté à réévaluer l'ensemble des actifs afin de refléter plus fidèlement leur valeur réelle.
Les provisions inscrites dans les comptes seraient ainsi passées de 724 millions à plus de 4,4 milliards de francs CFP.
Dans le même temps, Promosud aurait procédé à plusieurs cessions de participations entre 2020 et 2025.
Ces opérations auraient permis de récupérer plus de 320 millions de francs CFP tout en générant un résultat positif.
L'endettement global de la structure aurait également été réduit de 3,7 milliards de francs CFP, dont plus de 2 milliards correspondant à des avances de la province Sud.
Autre indicateur mis en avant : les fonds propres.
Selon Brieuc Frogier, ils auraient progressé de 66 %, atteignant désormais plus de 5,2 milliards de francs CFP.
Cette évolution représenterait environ 75 % du total du bilan de la société.
Pour les responsables actuels, ces résultats témoignent d'un assainissement progressif de la situation financière et d'une meilleure maîtrise des risques.
À l'inverse, les opposants considèrent que certaines décisions récentes méritent elles aussi un examen attentif.
Une polémique qui s'invite dans la dernière ligne droite des provinciales
À l'approche du vote, le dossier Promosud illustre parfaitement les enjeux de cette campagne.
Au-delà des chiffres, c'est la question de la gestion de l'argent public qui se retrouve au centre du débat.
Les électeurs sont confrontés à deux lectures diamétralement opposées.
D'un côté, ceux qui dénoncent certaines décisions actuelles de Promosud.
De l'autre, ceux qui estiment que les difficultés trouvent leur origine dans des choix effectués il y a plus de quinze ans et que le redressement engagé depuis plusieurs mandatures a permis d'éviter une situation beaucoup plus grave.
Dans sa conclusion, Brieuc Frogier affirme que Promosud dispose aujourd'hui d'une situation financière solide et qu'elle continuera à accompagner les projets économiques de la province Sud.
Reste désormais aux électeurs de trancher. Car à l'approche des provinciales, chaque dossier économique devient aussi un dossier politique. Et dans une Nouvelle-Calédonie confrontée à des défis budgétaires majeurs, la question de la gestion des fonds publics pourrait peser lourd dans les urnes.
(Crédit photo : Promosud)

