Fin du laxisme ? La FEINC propose une révolution

La Nouvelle-Calédonie est à un tournant budgétaire critique, et le constat est désormais partagé bien au-delà des cercles politiques.
Face à l’effondrement économique, certains acteurs du privé passent à l’offensive avec des propositions radicales.
Une économie à genoux, une réponse politique jugée insuffisante
La situation est brutale et documentée : le PIB de la Nouvelle-Calédonie a chuté de 21,5 % entre 2024 et 2025, un effondrement inédit qui impose une remise en question profonde des politiques publiques. Dans ce contexte, la Fédération des industries et des entreprises de Nouvelle-Calédonie (FEINC) refuse le statu quo et avance une ligne claire : réduire la dépense publique au strict nécessaire créateur de valeur.
Ce positionnement tranche avec une culture politique locale souvent accusée d’entretenir une inflation structurelle des dépenses et des structures administratives. Pour la FEINC, le modèle actuel est devenu insoutenable, car il repose sur une accumulation d’organismes publics, de doublons institutionnels et de décisions politiques déconnectées des réalités économiques.
À l’approche des élections provinciales du 28 juin, l’organisation patronale ne se contente plus d’alerter. Elle propose. Et elle assume une orientation sans ambiguïté : remettre l’économie au centre des décisions politiques, quitte à bousculer les équilibres existants.
Un pilotage indépendant pour mettre fin au « puits sans fond »
Au cœur des propositions figure une mesure forte : la création d’un commissaire au plan indépendant. Son rôle serait clair : suivre la ventilation des crédits publics, contrôler l’exécution des réformes et publier un tableau de bord trimestriel accessible à tous.
L’objectif est double. D’une part, mettre fin à l’opacité dans la gestion des finances publiques. D’autre part, instaurer une culture du résultat dans un système souvent accusé de privilégier les effets d’annonce. La FEINC alerte explicitement : sans pilotage indépendant, les 240 milliards du plan de refondation risquent d’alimenter un véritable « puits sans fond ».
Dans cette logique, l’évaluation des politiques publiques deviendrait systématique. Chaque action devrait être accompagnée d’indicateurs précis, d’un calendrier et d’un budget d’évaluation dédié. Les résultats seraient rendus publics, sans filtre.
Cette exigence de transparence s’étend également aux instances stratégiques. La FEINC propose que les représentants dans les conseils d’administration des grandes structures publiques soient désignés sur des critères de compétence, avec une ouverture au secteur privé. Aujourd’hui, selon elle, les nominations politiques pénalisent directement la performance économique de ces organismes.
Moins de structures, plus d’efficacité : la rupture assumée
C’est probablement sur ce terrain que la FEINC frappe le plus fort. L’organisation patronale propose une suppression pure et simple des instances publiques jugées sans impact direct sur la création de valeur, ainsi qu’une fusion des chambres consulaires en une entité unique.
L’idée est limpide : réduire le millefeuille administratif pour libérer des marges de manœuvre budgétaires. Dans un territoire où chaque structure représente un coût, la FEINC considère que le maintien d’organismes redondants n’est plus défendable.
Dans le même esprit, elle plaide pour une revue générale des participations publiques, avec une question centrale : ces investissements sont-ils stratégiques ? Si la réponse est non, la cession doit être envisagée afin de réorienter les fonds vers le désendettement, les projets structurants et le soutien aux TPE-PME.
La question de l’éthique n’est pas éludée. La FEINC propose une loi du pays sur la déontologie, imposant la transparence des intérêts, la gestion des conflits et des sanctions en cas de dérive. Une commission indépendante pourrait même saisir la justice en cas de manquement.
Enfin, la fédération introduit une exigence simple mais redoutable pour les responsables politiques : toute promesse devra être financée. Chaque programme devra présenter clairement son équation budgétaire, mettant fin aux annonces sans lendemain.
Dans cette vision, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) serait profondément réformé pour devenir un véritable troisième pouvoir, représentant la société civile, aux côtés des légitimités politiques et coutumières.
À travers ces propositions, la FEINC impose un débat de fond : la Nouvelle-Calédonie peut-elle continuer à vivre au-dessus de ses moyens ?
Derrière les mesures techniques, c’est une philosophie qui s’affirme : moins d’idéologie, plus de gestion ; moins de structures, plus d’efficacité.

