Un quart des jeunes préfèrent parler à une IA

Deux générations grandissent avec un smartphone dans la main et une intelligence artificielle dans la poche.
Désormais, certains jeunes ne cherchent plus un ami ou un confident dans le monde réel, mais dans une machine capable d'écouter sans jamais contredire.
Une génération qui se tourne vers l'intelligence artificielle pour combler le vide
Le phénomène n'est plus marginal. Selon une étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), publiée en juin 2026, 23 % des moins de 40 ans utilisent désormais une intelligence artificielle comme soutien psychologique, ami ou même partenaire amoureux.
Cette évolution illustre un changement profond de société. L'IA n'est plus seulement un outil destiné à travailler, rechercher des informations ou gagner du temps. Elle devient progressivement un interlocuteur intime.
Le constat est particulièrement marqué chez les jeunes adultes. Un quart des personnes âgées de 25 à 39 ans déclarent entretenir une relation émotionnelle avec une intelligence artificielle, contre 22 % chez les 15-24 ans.
Le phénomène est également plus présent chez les habitants de la région parisienne et chez les cadres et professions intellectuelles supérieures.
Grâce à des conversations fluides, des réponses empathiques et une disponibilité permanente, les intelligences artificielles donnent l'impression d'une présence humaine.
Elles écoutent sans juger. Elles répondent sans se lasser. Elles ne contredisent jamais.
Cette disponibilité permanente constitue précisément leur force, mais aussi leur principal danger.
La relation humaine se construit dans l'échange, le désaccord et parfois même la frustration. Une machine, elle, ne connaît ni le compromis ni la contradiction.
L'étude du Crédoc révèle d'ailleurs que 39 % des personnes possédant un « ami IA » considèrent cette relation comme importante dans leur vie.
Plus surprenant encore, 54 % de ceux qui déclarent avoir un "amoureux IA" affirment que cette relation compte beaucoup pour eux.
Ces chiffres traduisent une transformation profonde des comportements sociaux.
Ils posent aussi une question fondamentale : que devient une société lorsque la technologie remplace progressivement certaines relations humaines ?
Une technologie qui ne guérit pas la solitude
Le succès des relations affectives avec l'intelligence artificielle ne signifie pas pour autant la disparition du mal-être.
Bien au contraire. Le Crédoc souligne un paradoxe particulièrement inquiétant.
Quarante pour cent des utilisateurs d'IA relationnelle déclarent se sentir souvent ou toujours seuls.
Dans le reste de la population, ce taux tombe à seulement 18 %.
Autrement dit, ceux qui se réfugient dans l'intelligence artificielle sont aussi ceux qui souffrent le plus de solitude.
L'étude est claire. Les usages de l'IA émotionnelle « prospèrent sur le mal-être individuel sans combler le sentiment de solitude ».
L'intelligence artificielle agit alors davantage comme un pansement psychologique que comme un véritable remède.
Elle apaise momentanément. Elle rassure. Elle donne l'impression d'être écouté. Mais elle ne remplace ni l'amitié réelle, ni la famille, ni le couple.
Cette réalité interroge profondément les sociétés occidentales.
Jamais les moyens de communication n'ont été aussi nombreux. Jamais les individus n'ont été autant connectés.
Et pourtant, le sentiment de solitude progresse.
L'émergence des relations affectives avec l'IA apparaît finalement comme le symptôme d'une crise plus large : celle du lien social et de l'isolement contemporain.
Le risque est également éducatif.
Apprendre à vivre avec les autres suppose de gérer les désaccords, les frustrations et les compromis.
Une intelligence artificielle, conçue pour satisfaire son utilisateur, ne permet pas cet apprentissage.
À long terme, certains experts craignent une fragilisation des compétences relationnelles.
Réseaux sociaux, écrans et santé mentale : le malaise des adolescents européens
Une autre étude publiée en juin 2026 par l'Eurobaromètre vient renforcer ce constat.
Elle établit un lien direct entre le temps passé devant les écrans, l'utilisation des réseaux sociaux et le bien-être des adolescents européens.
Les jeunes de 13 à 18 ans déclarent passer en moyenne 4,5 heures par jour devant un écran en semaine.
Le week-end, ce temps grimpe à 6,1 heures quotidiennes.
Les réseaux sociaux ne produisent pas uniquement des effets négatifs.
Près de la moitié des adolescents, soit 48 %, estiment qu'ils améliorent leur bien-être en leur permettant de se divertir ou de rester en contact avec leurs proches.
Mais derrière cette réalité se cache un malaise plus profond.
Près d'un adolescent sur trois déclare se sentir stressé, triste ou socialement exclu à cause des réseaux sociaux.
Les mécanismes psychologiques sont désormais bien identifiés.
Quarante-cinq pour cent des jeunes reconnaissent se comparer aux autres lorsqu'ils utilisent ces plateformes.
Quarante et un pour cent craignent de manquer un événement ou une information importante.
Cette peur permanente d'être exclu nourrit l'anxiété et le mal-être.
Par ailleurs, environ un quart des adolescents déclarent avoir été exposés à des contenus problématiques, qu'il s'agisse de discours de haine ou de la promotion de produits nocifs.
Face à cette situation, un consensus se dessine progressivement.
Parents et enfants demandent une meilleure application des règles imposées aux plateformes numériques ainsi qu'un renforcement du soutien en matière de santé mentale.
L'essor des relations affectives avec l'intelligence artificielle et la dépendance aux réseaux sociaux racontent finalement la même histoire : celle d'une jeunesse hyperconnectée mais de plus en plus isolée.
La technologie rapproche les individus virtuellement. Elle ne remplace pourtant ni la présence humaine, ni les liens familiaux, ni les amitiés réelles.
Et c'est peut-être là le grand paradoxe de notre époque : jamais nous n'avons autant communiqué, et jamais autant de personnes ne se sont senties seules.
(Crédit photo : pocketlight/Getty Images)

