La Dépêche de NouméaLa Dépêche de Nouméa
NouméaChargement...
En direct
L'Actualité locale
Politique
Économie
Société
Coup de gueule
Journée mondiale

Aucun dossier disponible

Le DebriefMémoireTribuneAu-delà du récifSudTVMétéo
La Dépêche de Nouméa

Votre source d'information en Nouvelle-Calédonie. Actualités, politique, économie, sport et culture.

contact@ladepeche.nc
Nouméa, Nouvelle-Calédonie

Rubriques

  • Actualité locale
  • Le Debrief
  • Mémoire
  • Tribune
  • Au delà du récif
  • SudTV

Liens utiles

  • Météo
  • En Direct
  • Régie publicitaire

Abonnement

Recevez toutes les actualités chaque matin dans votre boite mail.

Suivez-nous

© 2026 La Dépêche de Nouméa

Mentions légalesConfidentialitéCookies
0%
AccueilAu delà du récif
Au delà du récif

Japon : le grand virage nucléaire ?

12 août 2026 à 17:00
7 min de lecture
Japon : le grand virage nucléaire ?
Partager
AAAA
Aa

Le Japon vient de commémorer les 81 ans des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, mais le débat sur l’atome n’a jamais été aussi sensible.
Face à la Chine, à la Corée du Nord et à la Russie, Tokyo est désormais contraint de regarder sa sécurité en face.

Hiroshima et Nagasaki, un souvenir toujours central

Le 6 août 1945, Hiroshima avait été frappée par une bombe atomique américaine. Trois jours plus tard, Nagasaki avait connu le même sort.

Les deux bombardements avaient provoqué des dizaines de milliers de morts immédiates et des dizaines de milliers d’autres décès dans les mois et les années suivantes. Les estimations généralement retenues faisaient état de plus de 210 000 morts pour les deux villes à la fin de l’année 1945.

Le Japon reste ainsi le seul pays à avoir subi des bombardements atomiques en temps de guerre.

À Hiroshima, le 6 août dernier, environ 50 000 personnes avaient participé à la cérémonie organisée au parc du Mémorial de la paix. Des représentants de quelque 120 pays étaient présents pour observer une minute de silence à 8 h 15, l’heure exacte à laquelle la bombe avait explosé en 1945.

La Première ministre Sanae Takaichi avait participé pour la première fois à cette cérémonie en tant que cheffe du gouvernement.

Elle avait défendu une approche présentée comme réaliste et pragmatique en matière de désarmement nucléaire, tout en s’inscrivant dans les cadres internationaux existants.

Mais son gouvernement était particulièrement observé sur un autre sujet : le maintien des trois principes antinucléaires japonais.

Ces principes reposent sur trois engagements : ne pas posséder, ne pas produire et ne pas permettre l’introduction d’armes nucléaires sur le territoire japonais.

Le dernier point est devenu l’un des principaux sujets de controverse.

Depuis plusieurs mois, des voix au sein du pouvoir japonais plaident en effet pour que Tokyo puisse au moins discuter d’une éventuelle présence d’armes nucléaires américaines sur le territoire nippon dans le cadre de l’alliance avec Washington.

Il ne s’agit donc pas nécessairement de construire une force nucléaire japonaise indépendante.

Le débat porte notamment sur la possibilité de renforcer la dissuasion américaine dans une région où la Chine, la Corée du Nord et la Russie disposent déjà de capacités nucléaires.

Tokyo face à une menace régionale qui s’aggrave

Cette réflexion intervient dans un contexte stratégique profondément différent de celui de l’après-guerre.

La Chine dispose d’un arsenal nucléaire en développement et renforce rapidement ses capacités militaires. La Corée du Nord possède elle aussi l’arme nucléaire et poursuit le développement de ses missiles balistiques.

La Russie, enfin, reste l’une des principales puissances nucléaires mondiales et a largement remis la question de la dissuasion au centre des rapports de force internationaux.

Pour Tokyo, la situation autour de Taïwan constitue également un sujet majeur de préoccupation.

Dans ce contexte, le gouvernement Takaichi avait engagé une vaste révision des principaux documents japonais de sécurité et de défense.

Un groupe d’experts chargé de réfléchir à cette évolution avait notamment examiné la question des trois principes antinucléaires.

En juin, Koji Yamazaki, ancien chef d’état-major interarmées du ministère japonais de la Défense, avait appelé à revoir l’interdiction concernant l’introduction d’armes nucléaires au Japon.

D’autres experts avaient cependant appelé à la prudence.

Le gouvernement devait poursuivre ses travaux afin de mettre à jour ses documents stratégiques d’ici la fin de l’année.

Le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi avait, de son côté, franchi un nouveau cap dans le débat.

En juillet, il avait estimé qu’il fallait discuter des questions de sécurité nationale « sans aucun tabou », en incluant la dissuasion nucléaire.

Selon lui, l’évolution de l’environnement international rendait nécessaire une réflexion plus large sur les moyens permettant au Japon d’assurer sa propre sécurité.

Le ministre avait notamment évoqué les changements intervenus dans les politiques nucléaires de plusieurs puissances.

Il avait également cité l’évolution de la doctrine nucléaire française et la coopération militaire européenne comme exemples d’un environnement stratégique en pleine transformation.

Le message était clair : Tokyo ne voulait plus nécessairement considérer la question nucléaire comme un sujet interdit au débat.

Cette évolution s’inscrivait dans une politique de défense déjà engagée depuis plusieurs années.

Le Japon avait augmenté ses dépenses militaires. Il avait également assoupli ses restrictions concernant les exportations d’armement.

Le gouvernement de Sanae Takaichi défendait en outre une révision de la Constitution pacifiste, notamment de son article 9.

La question des sous-marins à propulsion nucléaire avait également été évoquée dans le débat sur l’évolution des capacités militaires japonaises.

Là encore, il ne s’agissait pas d’une décision actant une militarisation nucléaire de l’archipel.

Mais le changement de ton était évident.

Une société japonaise encore très hostile à l’arme nucléaire

Cette évolution politique se heurtait toutefois à une réalité profondément ancrée dans la société japonaise. Les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, les hibakusha, continuent de porter la mémoire des bombardements.

Leur organisation nationale, Nihon Hidankyo, avait reçu le prix Nobel de la paix en 2024 pour son action en faveur de l’élimination des armes nucléaires.

Mais les survivants sont aujourd’hui de moins en moins nombreux. Leur âge moyen dépasse désormais 86 ans, ce qui donne une dimension supplémentaire à la bataille pour la transmission de cette mémoire.

À Nagasaki, le 9 août, le maire Shiro Suzuki avait appelé le Japon à maintenir ses trois principes antinucléaires.

Il avait également dénoncé la logique de dissuasion nucléaire et appelé Tokyo à jouer un rôle plus important dans le désarmement mondial.

Le débat politique ne correspond donc pas à une adhésion massive de la population japonaise à l’arme nucléaire.

Bien au contraire. Selon un sondage cité par Le Monde, 76 % des Japonais interrogés s’opposaient à un changement de politique allant dans le sens d’un armement nucléaire du pays.

Le traumatisme historique reste donc extrêmement puissant. Mais l’évolution du contexte international oblige désormais les responsables japonais à poser une question que le pays avait longtemps préféré tenir à distance.

La dissuasion nucléaire américaine suffit-elle à protéger le Japon ? Et surtout, cette protection resterait-elle crédible dans l’hypothèse d’une crise majeure en Asie orientale ?

C’est précisément sur ce point que le débat devient stratégique. Le Japon bénéficie depuis des décennies du parapluie nucléaire américain.

Dans le même temps, Tokyo maintient officiellement une doctrine extrêmement restrictive concernant l’arme nucléaire.

Cette situation avait longtemps permis de concilier deux impératifs : la mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki d’un côté, la protection militaire américaine de l’autre.

Mais l’environnement international a changé. La guerre en Ukraine a rappelé la place centrale de l’arme nucléaire dans les rapports de force entre puissances.

La montée en puissance militaire chinoise modifie également l’équilibre en Asie. La Corée du Nord poursuit ses programmes balistiques et nucléaires.

Pour une partie de la classe politique japonaise, continuer à refuser toute discussion sur la dissuasion nucléaire reviendrait donc à ignorer une partie de la réalité stratégique.

Pour ses opposants, au contraire, modifier les principes antinucléaires risquerait d’affaiblir l’identité pacifiste du Japon et d’alimenter une nouvelle course aux armements en Asie.

Le gouvernement Takaichi se retrouve ainsi au cœur d’un équilibre particulièrement délicat.

Il doit rassurer une population profondément attachée à la mémoire des victimes. Il doit également tenir compte des inquiétudes de ses alliés. Et il doit surtout répondre à un environnement militaire régional devenu beaucoup plus dangereux.

Pour l’heure, le Japon n’a pas annoncé l’abandon de ses trois principes antinucléaires ni décidé de se doter de l’arme nucléaire.

La Première ministre a maintenu une ligne prudente sur ce dossier. Mais son gouvernement a accepté que le sujet soit désormais discuté ouvertement.

C’est déjà une rupture importante avec les décennies précédentes. Le débat japonais n’est donc plus seulement historique ou moral. Il est devenu une question de sécurité nationale.

Et derrière les cérémonies d’Hiroshima et de Nagasaki, une interrogation s’est installée durablement à Tokyo : dans un monde où plusieurs puissances disposent de l’arme nucléaire, le Japon peut-il continuer à penser sa défense comme avant ?

Le gouvernement japonais devra apporter des réponses dans les prochains mois, alors que la révision de sa stratégie de défense doit se poursuivre.

Pour Tokyo, l’enjeu sera de trouver une ligne capable de préserver la mémoire de 1945 sans renoncer aux impératifs de sécurité de 2026.

(Crédit photo : Sipa Press)

#Corée du Nord#Sanae Takaichi#défense japonaise#dissuasion nucléaire#Hiroshima#Nagasaki#stratégie de défense#Shinjiro Koizumi#arme nucléaire#trois principes antinucléaires#81e anniversaire Hiroshima#sécurité en Asie
Retour a l'accueil

Newsletter

Recevez les derniers articles par email.

INFOS
Japon : le grand virage nucléaire ?•La Province Sud lance un mois exceptionnel•Face à la Chine, le Japon accélère la transformation de sa marine et étend son influence militaire•Foire de Bourail : Téné est prêt !•Jusqu’à 400 euros pour trois jours : les tarifs des universités d’été de LFI font polémique•Londres 2012 : le spectacle était total•Tourisme : le grand retour des visiteurs•La France muscle sa défense•Ces élèves d’Ouvéa décrochent un prix•Nickel : la transparence contre la rumeur•Japon : le grand virage nucléaire ?•La Province Sud lance un mois exceptionnel•Face à la Chine, le Japon accélère la transformation de sa marine et étend son influence militaire•Foire de Bourail : Téné est prêt !•Jusqu’à 400 euros pour trois jours : les tarifs des universités d’été de LFI font polémique•Londres 2012 : le spectacle était total•Tourisme : le grand retour des visiteurs•La France muscle sa défense•Ces élèves d’Ouvéa décrochent un prix•Nickel : la transparence contre la rumeur•
--:--

En Direct

1/2
17:00

Japon : le grand virage nucléaire ?

Au delà du récif

16:00

La Province Sud lance un mois exceptionnel

L'actualité locale

15:00

Face à la Chine, le Japon accélère la transformation de sa marine et étend son influence militaire

Au delà du récif

14:00

Foire de Bourail : Téné est prêt !

L'actualité locale

13:00

Jusqu’à 400 euros pour trois jours : les tarifs des universités d’été de LFI font polémique

Au delà du récif

Voir tout le fil d'actualité

Continuer la lecture

Au delà du récif

Face à la Chine, le Japon accélère la transformation de sa marine et étend son influence militaire

Le Japon poursuit la modernisation accélérée de ses forces navales et entend désormais projeter davantage sa puissance au-delà de l’archipel. Entre...

12 août 2026
6 min
Au delà du récif

Jusqu’à 400 euros pour trois jours : les tarifs des universités d’été de LFI font polémique

La France insoumise organise ses traditionnels « Amfis » du 20 au 23 août dans la Drôme. Mais la grille tarifaire de l’événement, qui peut atteindre 400 euros...

12 août 2026
3 min
Au delà du récif

La France muscle sa défense

La France accélère sa préparation face aux menaces qui pèsent sur ses espaces maritimes.Drones, guerre des mines et coopération européenne : la Marine...

12 août 2026
5 min
La Province Sud lance un mois exceptionnel

Article precedent

La Province Sud lance un mois exceptionnel