Budget : Macron veut aller vite, Lecornu temporise

Résumé IA
Emmanuel Macron souhaite une adoption rapide du budget via le 49.3, avant ses derniers vœux, tandis que Sébastien Lecornu privilégie de prendre le temps, quitte à aller jusqu'en janvier. Leurs échanges lors de deux déjeuners révèlent un accord sur le fond mais un désaccord sur la stratégie, l'exécutif assumant un budget "pro-entreprises".
COULISSES. Le JDD révèle les échanges entre les deux têtes de l’exécutif au cours de leurs dernières rencontres. Une priorité : préserver les entreprises. Soucieux de déminer la fin de son décennat, Emmanuel Macron veut que le budget soit passé avant ses derniers vœux aux Français.
Antonin André 26/09/2026

Sébasttien Lecornu et Emmanuel Macron. Christian Liewig-POOL/SIPA / © Christian Liewig-POOL/SIPA
Les voies du budget sont-elles aussi impénétrables que celles du Seigneur ? Le Premier ministre, qui s’est accordé un moment de répit en assistant à la messe du pape place de la Concorde, a-t-il trouvé l’illumination d’une voie de passage pour faire cheminer le budget jusqu’à sa consécration par le Parlement ? À trois jours de la présentation de la copie en conseil des ministres, les derniers arbitrages se sont décidés cette semaine, au cours de deux déjeuners en tête-à-tête entre le président et le Premier ministre, jeudi et vendredi. Il est rare que les directeurs de cabinet des deux têtes de l’exécutif soient tenus à l’écart de ces ultimes conciliabules. De leurs échanges ressortent un accord sur le fond et un désaccord sur la stratégie.
Matignon récuse l’accusation d’une hausse de la fiscalité
Dans un contexte d’effort budgétaire massif – 54 milliards d’euros –, l’exécutif estime préserver largement les entreprises, et donc le faible potentiel de croissance de l’économie. La surtaxe sur les grandes entreprises est ramenée à 5 milliards d’euros, contre près de 8 milliards l’an dernier. Quant au nouveau rabotage des allégements de charges qui, selon nos informations, pourrait atteindre 3 milliards d’euros, Matignon récuse l’accusation d’une hausse de la fiscalité : « Cela représente de l’argent public que nous ne décaissons pas », précise un proche du Premier ministre. Sans le claironner, l’exécutif estime préparer un budget « pro-entreprises » et se félicite que le débat sur la taxe Zucman ne refleurisse pas cet automne.
Préserver les entreprises pour faire contribuer les assurés sociaux – franchises médicales rehaussées, restriction des règles des arrêts maladie, lutte accrue contre la fraude –, les retraités – désindexation partielle ou suppressions de l’abattement pour frais professionnels –, et les fonctionnaires – gel du point d’indice –, est un choix assumé qui, pour l’heure, ne contrarie pas les partis du bloc central. Si on y ajoute un recadrage de l’allocation de rentrée scolaire et le délai de carence pour les étrangers pour les prestations sociales, il y a de quoi satisfaire les députés et sénateurs LR. Le duo Macron-Lecornu a-t-il chopé la confiance ?
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L’heure est en tous les cas à l’optimisme raisonné quant à la possibilité de faire adopter un budget qui évite à la France une crise financière. « Marine Le Pen se projette à l’Élysée, elle a intégré la nécessité de laisser passer un budget imparfait, plutôt que de se retrouver avec une loi spéciale qui grève ses marges de manœuvre », décrypte une source proche de l’exécutif. Même en se bouchant le nez, Édouard Philippe et Gabriel Attal « ne poseront pas de difficulté. Ils nous ont fait passer des messages en ce sens », ajoute notre interlocuteur. En misant sur le soutien du bloc central et l’assentiment du RN, Matignon fait l’impasse sur un accord négocié avec le PS embarqué dans « une primaire sauvage ». Dans ce cadre relativement éclairci, l’Élysée et Matignon divergent en revanche sur le timing du débat budgétaire.
Maîtrise de la stratégie
Emmanuel Macron s’épargnerait bien un long chemin de croix, considérant qu’une adoption via un 49.3, sans tarder, lui permettrait de bénéficier d’un climat dépassionné autour des fêtes de Noël et de sa dernière allocution des vœux aux Français. Réponse de Matignon : « S’il faut prendre le temps, nous le prendrons, quitte à aller jusqu’en janvier pour une adoption définitive. » Pour son premier – et unique – budget 100 % Lecornu, le Premier ministre entend garder la maîtrise de la stratégie. « Bien sûr, glisse un conseiller du président, légèrement agacé, c’est Lecornu qui est à la manœuvre, mais en lien avec Macron. »
Impopularité : le couple PM/PR freine sa chute
Mince répit pour le chef de l’État, Emmanuel Macron regagne deux petits points dans le baromètre CSA de septembre. Son activisme sur la scène géopolitique semble avoir fait oublier, notamment aux jeunes générations, les feux de l’été et la crise du prix des carburants. Quarante-trois pour cent % des 18-24 ans, sans doute moins dépendants de la voiture que leurs aînés, se disent satisfaits de l’action du président (+ 32 points).
Pour autant, Emmanuel Macron a perdu cinq points depuis le mois de juillet. Une impopularité qui n’incitera guère ses héritiers naturels – Gabriel Attal et Édouard Philippe – à s’inscrire dans une forme de continuité, bien au contraire. Le Premier ministre, lui, stagne à 27 % de satisfaits. La pédagogie déployée pour faire admettre aux Français l’impuissance relative du gouvernement à alléger fortement la facture énergétique semble tenir. Lui qui se plaignait, au printemps, d’une campagne présidentielle qui tardait à démarrer bénéficie enfin d’un déplacement de l’attention des Français vers les prétendants à l’élection suprême. Un dérivatif utile pour desserrer la pression sur Matignon et ses acrobaties budgétaires.



