Ils ont tenu. Le bio aussi

Résumé IA
En 2025, les agriculteurs calédoniens labellisés bio déclarent 349 tonnes de production, en hausse de 8 %. L’association Bio Calédonia, qui a fait face aux séquelles de la crise de 2024, recense 2 245 hectares cultivés ou pâturés et 133 producteurs. Malgré des difficultés, elle annonce un bénéfice de 6 558 432 francs réinvesti dans ses missions.
Pas de discours, des chiffres : 349 tonnes de productions bio déclarées en 2025.
Pendant que d'autres se lamentent, les agriculteurs calédoniens labellisés continuent de labourer, d'inspecter et de produire.
Une exigence qui protège la terre, pas une posture
Quels sont les avantages du bio pour les écosystèmes ? À l'heure où la rentrée agricole s'installe, le rapport d'activités 2025 de Bio Calédonia apporte des réponses concrètes. Pas de slogans. Des hectares, des tonnes, des inspections.
L'agriculture biologique participe à la résilience des écosystèmes en préservant les sols, l'eau et la biodiversité. Sur le Caillou, cette ambition a été portée l'an dernier par des producteurs, des éleveurs et des apiculteurs qui n'ont pas lâché, malgré une année encore lourde des séquelles de mai 2024.
Le label Bio Pasifika ne s'accorde pas à la légère. Il repose sur la Norme Océanienne d'Agriculture Biologique, la NOAB, et sur un contrôle bien réel.
Chaque dossier est passé par une inspection sur le terrain, menée par un binôme d'adhérents formés, puis par un Comité de conformité chargé de trancher. En 2025, ce comité s'est réuni huit fois et a traité 59 dossiers.
Il n'a rien laissé filer. 29 points sensibles et non-conformités ont été relevés au cours de l'année. Les motifs dominants disent tout de l'enjeu écologique : risques de contamination du sol et des plantes, recours à des intrants interdits en bio, plants non bio, semences non lavées, déchets plastiques ou animaux mal maîtrisés.
Protéger un écosystème, c'est d'abord cela. Une vigilance parcelle par parcelle.
Le comité a même pointé ses propres angles morts. Un produit de nettoyage employé dans les laboratoires de transformation contient une substance non autorisée en bio, sans équivalent disponible sur le territoire. L'association s'était fixé de lever cette difficulté en 2026.
Cette rigueur a un coût en temps. Les adhérents ont donné environ 4 813 heures de bénévolat sur l'année 2025, soit l'équivalent de trois emplois à temps plein. Fin 2025, 147 inspecteurs formés faisaient vivre ce système participatif de garantie.
2 245 hectares et une filière qui n'a pas baissé les bras
Les chiffres de l'exercice 2025 méritent d'être posés calmement. 2 245 hectares de surfaces bio cultivées ou pâturées : 1 423 en province Nord, 788 en province Sud, 34 hectares de production végétale aux îles Loyauté.
Sur ces terres, 133 producteurs labellisés pour 171 productions. Au total, 349 tonnes déclarées, en hausse de 8 % sur 2024, qui en comptait 321.
Le végétal a largement dominé avec 232 tonnes. Suivaient 60 tonnes de production animale, 33 tonnes de produits transformés et 20 tonnes issues de la ruche.
Le rapport ne maquille rien. L'apiculture a reculé de 24 %, la transformation de 13 %. Dans le Grand Nord, la baisse des produits de la ruche a été attribuée au climat.
L'année a surtout porté l'empreinte de la crise de 2024. L'association a eu recours au chômage partiel jusqu'au 1er août 2025. Les suspensions de label ont fortement augmenté, 37 au total, dont 29 % liées aux difficultés économiques.
Personne ne s'est pourtant réfugié dans la plainte. Aux îles Loyauté, 21 inspections ont été menées à Lifou pour rattraper le retard du second semestre 2024, et la production des îles a progressé de 9 tonnes, à 79 tonnes. En province Nord, l'animation a en grande partie résorbé le retard, tandis que de jeunes producteurs rejoignaient la démarche.
Côté finances, même sang-froid. Face à des financements incertains jusque tard dans l'année, la gestion a été prudente et des fonds complémentaires ont été trouvés auprès de l'Agence néo-calédonienne de la biodiversité, du Haut-Commissariat de la République et de la Fondation Xérè Prony Resources. Bilan : un bénéfice de 6 558 432 francs fin 2025, que l'association réinvestit depuis dans ses missions de terrain. Une rigueur que bien des structures publiques pourraient envier.
Semences locales, souveraineté alimentaire et cap sur 2026
La biodiversité commence par la graine. Pour la première fois, Bio Calédonia a mesuré en 2025 la production de matériel végétal local et bio : 5 000 sachets de semences Grain'House vendus et 5 000 plants produits par des pépiniéristes, fruitiers, agroforestiers ou maraîchers.
L'enjeu dépasse l'écologie. La mission affichée reste de nourrir les Calédoniens en bio, par l'autoconsommation comme par la vente. Produire ici, plutôt que dépendre d'ailleurs.
C'est le sens du plaidoyer mené auprès des institutions : développer la production locale d'intrants compatibles avec le bio, lever certaines contraintes à l'importation de semences, rémunérer les agriculteurs pour les services rendus à l'environnement et à la santé humaine, tout en gardant un prix accessible.
Dans le Grand Sud, le partenariat noué en 2025 avec la Fondation Xérè Prony Resources a visé le développement du bio dans l'aire Drubea-Kapumë. Fête des produits de Yaté, marché éco-solidaire du Pacte du Grand Sud, inauguration d'un chemin botanique : l'écosystème s'est aussi défendu en rassemblant.
À l'Île des Pins, une mission d'information menée en novembre 2025 a débouché sur la création d'un nouveau groupe local, Kunié. L'association en comptait ainsi 14 à la fin de l'année, de Koumac à Maré.
Pour 2026, le rapport fixait un cap clair : 82 renouvellements, une vingtaine d'attributions attendues, 48 inspections de suivi et un essai de labellisation groupée. Il annonçait aussi une participation au Tech&Bio organisé en Polynésie française, pour porter la voix calédonienne dans le Pacifique.
Le bio calédonien n'a pas attendu qu'on le sauve. Il a travaillé.
(Crédit photo : Agriculturebio.nc)



