Un réfugié afghan soupçonné de terrorisme

L’affaire soulève de sérieuses questions sur le suivi des profils radicalisés présents sur le territoire français.
À Lourdes, un réfugié afghan de 28 ans est soupçonné d’avoir préparé une action violente au nom du djihad.
Un réfugié afghan interpellé à Lourdes
Un homme de 28 ans, bénéficiaire du statut de réfugié, a été mis en examen et placé en détention provisoire fin juin dans le cadre d’une enquête antiterroriste.
Installé à Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées, le suspect travaillait comme plongeur dans un hôtel.
Son parcours aurait toutefois fini par attirer l’attention des services spécialisés. L’affaire remonte à plusieurs mois, après un signalement effectué sur la plateforme Pharos.
Le suspect aurait notamment publié sur les réseaux sociaux des contenus faisant l’apologie du réseau Haqqani.
Ce groupe armé islamiste est actif en Afghanistan et au Pakistan. Il est allié aux talibans au pouvoir à Kaboul ainsi qu’au Mouvement des talibans du Pakistan.
Les contenus publiés par le jeune homme ont conduit les enquêteurs à chercher à établir son identité.
Après plusieurs mois d’investigations, les policiers sont parvenus à identifier l’utilisateur du compte.
Le 29 juin, le suspect a finalement été interpellé à la sortie de son travail à Lourdes.
Son téléphone a alors fait l’objet d’investigations. Les enquêteurs y auraient découvert plusieurs photographies et vidéos jugées particulièrement préoccupantes.
Certaines images montrent le suspect lors d’un séjour en Afghanistan. Il apparaît notamment aux côtés de membres des talibans et en possession d’armes.
Les investigations ont également porté sur les déplacements récents du jeune homme.
Quatre mois en Afghanistan selon les enquêteurs
Selon les éléments rapportés dans cette affaire, le suspect aurait quitté la France le 9 décembre 2025.
Il aurait pris un vol à destination d’Istanbul, en Turquie. Il disposait alors d’un visa pour l’Iran.
Les enquêteurs soupçonnent ensuite le jeune homme d’avoir rejoint l’Afghanistan en passant par la frontière iranienne.
Son séjour dans la région aurait duré environ quatre mois. Il serait ensuite revenu en France après un passage par la Hongrie.
Pour les services antiterroristes, ce déplacement constitue un élément important de l’enquête.
Les policiers soupçonnent en effet le réfugié d’avoir profité de ce séjour pour suivre une formation militaire aux côtés de talibans.
Il aurait notamment appris à manier des armes de guerre. Les enquêteurs auraient également retrouvé dans son téléphone une vidéo montrant une décapitation.
D’autres photographies auraient été découvertes, notamment des clichés du suspect devant des lieux emblématiques français.
Il apparaît ainsi devant la tour Eiffel ainsi que devant des églises. Ces éléments sont désormais étudiés dans le cadre de l’information judiciaire.
Les enquêteurs cherchent surtout à déterminer si ces contenus et ces déplacements correspondent à une véritable préparation opérationnelle.
Ils tentent également d’établir les éventuelles connexions du suspect avec des réseaux djihadistes.
Des conversations retrouvées dans son téléphone auraient par ailleurs évoqué le djihad armé.
Le suspect aurait notamment exprimé sa volonté de « rejoindre le paradis ». Ces éléments alimentent les soupçons des services antiterroristes.
Pour autant, la justice doit encore établir les faits et les responsabilités. La mise en examen ne constitue pas une condamnation.
L’homme bénéficie donc, à ce stade de la procédure, de la présomption d’innocence.
Un projet d’attentat encore à préciser
Lors de sa garde à vue, le suspect aurait contesté les accusations portées contre lui.
Il aurait nié avoir préparé un projet djihadiste en France. Il aurait également contesté être retourné en Afghanistan.
Concernant son déplacement vers l’Iran, il aurait expliqué aux enquêteurs qu’il s’y était rendu afin de rendre visite à son épouse malade et hospitalisée.
Il aurait aussi affirmé que les photographies retrouvées sur son téléphone avaient été prises plusieurs années auparavant.
Les enquêteurs contestent cependant cette version. Selon les éléments rapportés, les données techniques des fichiers ne correspondraient pas aux explications données par le suspect.
Son téléphone aurait par ailleurs activé des antennes-relais en Afghanistan durant la période correspondant à son déplacement présumé.
L’enquête doit désormais permettre de confronter ces différents éléments. Une question centrale demeure : quel était exactement le projet du suspect en France ?
À ce stade, les services antiterroristes cherchent encore à déterminer les contours précis de l’action violente qui lui est reprochée.
Les investigations devront notamment établir si un objectif particulier avait été choisi.
Le contexte local est également observé avec attention. Lourdes doit accueillir le pape à la fin du mois de septembre prochain.
Selon les informations disponibles, la DGSI cherche notamment à déterminer si cette future visite pouvait constituer une cible envisagée par le suspect.
Aucun élément ne permet toutefois, à ce stade, d’affirmer qu’un projet visant directement cette visite avait été arrêté.
La prudence reste donc de mise. Cette affaire rappelle néanmoins la vigilance permanente des services de renseignement face aux phénomènes de radicalisation.
Elle met également en lumière le rôle des signalements effectués sur les réseaux sociaux.
C’est à partir d’un signalement sur Pharos que les premières investigations auraient été engagées.
Les enquêteurs ont ensuite travaillé durant plusieurs mois afin de remonter jusqu’à l’utilisateur du compte.
Le passage de la radicalisation en ligne à une éventuelle préparation opérationnelle constitue désormais l’un des axes majeurs de l’enquête.
Le suspect est actuellement détenu dans l’attente de la poursuite de la procédure judiciaire.
La justice devra déterminer la réalité des faits qui lui sont reprochés et leur qualification pénale.
Dans cette affaire, les services antiterroristes cherchent donc à répondre à une question essentielle : un projet d’action violente avait-il réellement été préparé sur le sol français ?
Pour l’heure, l’enquête se poursuit.
(Crédit photo : STEPHANE DE SAKUTIN/AFP)

