Face à la Chine, le Japon accélère la transformation de sa marine et étend son influence militaire

Le Japon poursuit la modernisation accélérée de ses forces navales et entend désormais projeter davantage sa puissance au-delà de l’archipel. Entre porte-aéronefs équipés de F-35B, drones, nouveaux missiles et exercices avec les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, Tokyo renforce son rôle dans l’Indo-Pacifique.
Le Japon augmente fortement ses dépenses militaires
Face à la modernisation rapide des forces armées chinoises et à un environnement sécuritaire jugé de plus en plus difficile, le Japon poursuit un réarmement d'ampleur.
Dans le cadre de son programme de renforcement de la défense, le budget japonais avait déjà progressé de 16,5 % en 2024. Pour 2025, il devait atteindre 59,5 milliards de dollars, soit une nouvelle hausse de 7,4 %.
Cette montée en puissance concerne notamment la Force maritime d'autodéfense japonaise (JMSDF), engagée dans une importante réorganisation de ses capacités et de ses missions.
L'une des transformations les plus emblématiques concerne les deux bâtiments de classe Izumo, initialement conçus comme des porte-hélicoptères, progressivement adaptés pour accueillir les chasseurs furtifs F-35B Lightning II à décollage court et atterrissage vertical.
Le Japon a commandé 42 F-35B.
Le JS Kaga transformé pour accueillir les F-35B
Le JS Kaga est au cœur de cette nouvelle stratégie navale japonaise.
En octobre 2024, le bâtiment avait rejoint San Diego, aux États-Unis, afin de réaliser une série d'essais destinés à préparer l'utilisation opérationnelle des F-35B depuis son pont d'envol.
Un F-35B du Corps des Marines américain, piloté par un officier de la Royal Navy britannique, avait alors effectué plusieurs opérations de décollage court et d'atterrissage vertical sur le navire japonais.
Pour Tokyo, ces essais dépassent largement la seule modernisation du bâtiment. Ils doivent également permettre de renforcer l'interopérabilité entre les forces japonaises et américaines.
Le ministère japonais de la Défense prévoit parallèlement de déployer les F-35B sur la base aérienne de Nyutabaru, dans la préfecture de Miyazaki, sur l'île de Kyushu. Une unité temporaire d'environ 110 militaires devait y être constituée.
États-Unis, France et Japon réunissent leurs porte-avions
Cette transformation s'accompagne d'une multiplication des exercices internationaux.
En février 2025, le JS Kaga a participé à l'exercice Pacific Steller 2025, organisé par la France en mer des Philippines.
Trois bâtiments majeurs étaient alors réunis : le porte-avions américain USS Carl Vinson, le porte-avions français Charles de Gaulle et le JS Kaga japonais.
Une configuration particulièrement symbolique de l'évolution des relations militaires entre Tokyo et ses principaux partenaires occidentaux dans la région.
Quelques mois auparavant, en septembre 2024, le porte-avions italien ITS Cavour avait également fait escale sur la base navale japonaise de Yokosuka, accompagné d'autres bâtiments.
Des F-35A italiens, des Eurofighter ainsi que des appareils de transport et de détection aérienne avaient participé aux exercices organisés à cette occasion.
La marine japonaise étend sa présence jusqu'en Europe
La stratégie japonaise ne se limite plus aux eaux entourant l'archipel.
En 2024, les bâtiments JS Shimakaze et JS Kashima ont effectué une campagne mondiale d'entraînement de six mois couvrant environ 56 000 kilomètres et onze pays.
Après avoir fait escale notamment au Brunei, aux Seychelles, en Afrique du Sud et au Sénégal, les deux navires ont rejoint les eaux européennes.
Ils ont participé à des exercices avec plusieurs bâtiments de l'OTAN provenant notamment de Turquie, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne et du Canada.
Le commandement japonais a alors insisté sur le lien grandissant entre la sécurité européenne et celle de l'Indo-Pacifique.
Les deux bâtiments japonais ont ensuite rejoint le Royaume-Uni, avant de traverser l'Atlantique vers Norfolk aux États-Unis, puis le canal de Panama, le Mexique et Pearl Harbor à Hawaï, avant leur retour à Tokyo en novembre.
Cette campagne avait également pour objectif de former près de 190 nouveaux officiers japonais et de développer les relations entre la JMSDF et les marines étrangères.
Londres et Tokyo renforcent également leur coopération
Le Royaume-Uni figure également parmi les partenaires militaires dont le Japon s'est rapproché.
Les deux pays ont développé leurs exercices conjoints, notamment avec Vigilant Isles, qui avait mobilisé plus d'une centaine de militaires britanniques sur l'île japonaise de Kyushu.
Le groupe aéronaval britannique constitué autour du HMS Prince of Wales, accompagné notamment de chasseurs F-35B, devait par ailleurs rejoindre le Japon dans le cadre de son déploiement en Indo-Pacifique.
L'objectif affiché est de multiplier les opérations conjointes avec les Forces japonaises d'autodéfense et les autres partenaires de la région.
Le groupe aéronaval britannique devait également participer à Talisman Sabre 2025, vaste exercice multinational organisé sous la direction de l'Australie et des États-Unis et réunissant jusqu'à 19 nations invitées.
L'alliance militaire avec les États-Unis reste centrale
Malgré cette diversification des partenariats, les États-Unis restent le principal allié militaire du Japon.
Washington avait notamment annoncé en juillet 2024 la transformation du commandement des forces américaines au Japon afin d'en faire un véritable état-major interarmées doté de responsabilités opérationnelles élargies.
Cette structure doit travailler directement avec le Joint Operations Command japonais, afin d'améliorer la planification des opérations, le partage de renseignement et la coordination militaire entre les deux pays.
Tokyo poursuit parallèlement l'acquisition de matériels américains.
La JMSDF prévoit notamment l'achat de 23 drones MQ-9B SeaGuardian, capables d'effectuer des missions de surveillance maritime de longue durée.
Le Japon expérimente ces appareils depuis 2023 afin de déterminer dans quelle mesure les drones pourraient reprendre certaines missions actuellement réalisées par des avions de patrouille maritime habités.
Le constructeur américain Shield AI doit également fournir des drones V-BAT à la marine japonaise. Ils seront notamment déployés sur des patrouilleurs afin d'améliorer les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance en mer.
Des missiles SM-6 pour renforcer la défense japonaise
Tokyo renforce également considérablement ses capacités de défense aérienne et antimissile.
Les États-Unis avaient approuvé en janvier 2025 une vente pouvant atteindre 900 millions de dollars, portant sur jusqu'à 150 missiles SM-6 Block I, accompagnés de pièces détachées et d'un soutien technique.
Ces missiles doivent équiper les destroyers japonais disposant du système Aegis.
Capables notamment d'intercepter des missiles de croisière antinavires et des aéronefs ennemis, ils doivent permettre au Japon de mieux répondre aux menaces militaires régionales.
Entre la transformation de ses porte-hélicoptères en bâtiments capables d'opérer des chasseurs furtifs, l'acquisition de drones et de missiles américains et la multiplication des exercices internationaux, la marine japonaise change progressivement de dimension.
Longtemps concentrée sur la défense directe de l'archipel, elle développe désormais une capacité de coopération et de projection beaucoup plus importante, faisant du Japon un acteur militaire de plus en plus incontournable dans l'équilibre stratégique de l'Indo-Pacifique.

