Comptes publics : l’illusion d’un redressement

Deux ans après la dérive des comptes publics, l’État tente de reprendre la main… sans convaincre totalement.
Derrière l’affichage d’un déficit en baisse, la situation budgétaire française reste préoccupante.
Une baisse du déficit en trompe-l’œil portée par les impôts
La Cour des comptes le confirme : le déficit public recule en 2025, mais la situation n’est pas pour autant redressée. L’exercice se clôture à 5,1 % du PIB, soit 152,5 milliards d’euros, un niveau inférieur aux prévisions gouvernementales, mais toujours largement au-dessus du seuil de référence européen.
Ce résultat, présenté comme une amélioration par l’exécutif, repose en grande partie sur un levier bien connu : l’augmentation des prélèvements obligatoires. En 2025, ceux-ci progressent de 51 milliards d’euros, dont 23 milliards issus directement de hausses d’impôts.
Le constat est clair : la réduction du déficit s’appuie davantage sur une hausse des recettes que sur une maîtrise des dépenses. Une stratégie qui concerne à la fois les entreprises et les ménages, ces derniers ayant notamment été affectés par le retour de certaines taxes énergétiques.
Le taux de prélèvements atteint ainsi 43,6 % du PIB, un niveau particulièrement élevé à l’échelle européenne. Autrement dit, l’effort fiscal reste important, sans permettre un retour à l’équilibre des comptes publics.
Une dépense publique toujours élevée
En parallèle, la dépense publique continue de progresser. Elle atteint 1 694 milliards d’euros en 2025, en hausse de 1,4 % en volume, soit un rythme supérieur à celui de la croissance économique.
Le poids de la dépense s’établit ainsi à 56,6 % du PIB, traduisant des difficultés persistantes à contenir les dépenses publiques.
Certaines évolutions sont toutefois à noter. Le ralentissement de certaines dépenses sociales, lié notamment à des réformes et à une inflation moins dynamique, contribue à modérer la progression globale. Mais ces effets restent limités au regard de l’ensemble.
L’État concentre une partie de l’effort de réduction du déficit, avec une amélioration de son solde de 23 milliards d’euros. Dans le même temps, les comptes sociaux se dégradent, affichant un déficit de 6,7 milliards d’euros.
La Cour des comptes souligne que la persistance de déficits sociaux en dehors d’un contexte de crise interroge sur la soutenabilité du modèle.
Une dette historique qui pèse sur les finances publiques
Le point le plus préoccupant reste le niveau de la dette publique. Celle-ci atteint 3 460,5 milliards d’euros en 2025, soit 115,7 % du PIB, un niveau historiquement élevé.
La trajectoire demeure préoccupante. Pour stabiliser la dette, le déficit aurait dû être limité à 62,9 milliards d’euros, un objectif encore éloigné.
La charge de la dette progresse également : 65,7 milliards d’euros en 2025, en hausse de plus de 9 %. Cette évolution s’explique notamment par la remontée des taux d’intérêt, passés d’environ 0 % en 2021 à 3,35 % en 2025.
Autrement dit, le coût du financement de la dette augmente sensiblement.
À l’échelle européenne, la situation française reste sous surveillance. La France figure parmi les pays les plus endettés de la zone euro et se distingue par une réduction plus limitée de son endettement depuis la crise sanitaire.
Les perspectives pour 2026 restent incertaines. La dette pourrait dépasser 3 620 milliards d’euros, soit environ 118,5 % du PIB, tandis que la charge d’intérêts continuerait d’augmenter.
Dans ce contexte, la Cour des comptes pointe un manque de visibilité sur la trajectoire budgétaire. Les incertitudes économiques et internationales compliquent davantage l’atteinte des objectifs fixés.
L’objectif de repasser sous les 3 % de déficit à l’horizon 2029 apparaît, à ce stade, incertain.
(Crédit photo : Gilles Targat/Photo12)
