le Nord dénonce un abandon

Alors que les annonces sécuritaires se multiplient dans le Grand Nouméa, une voix s'élève depuis Koné pour rappeler que la République ne s'arrête pas aux portes de l'agglomération.
Élu du Nord, Edwin Billiet demande à l'État une répartition équitable des moyens de gendarmerie sur l'ensemble du territoire.
Des renforts annoncés, des chiffres à regarder en face
Le communiqué est daté du 13 août 2026, signé depuis Koné. Il n'a rien d'un texte de circonstance. Edwin Billiet, deuxième adjoint au maire de Koné, conseiller au Congrès et à la province Nord, y pose une question que beaucoup d'élus de brousse posent à voix basse depuis des mois : où sont réellement les moyens de sécurité en Nouvelle-Calédonie, et qui en bénéficie ?
Le point de départ est arithmétique avant d'être politique. L'élu demande que la question des effectifs de gendarmerie soit regardée avec lucidité et avec des chiffres précis. Derrière cette formule sobre, une mise au point qui mérite d'être entendue : les renforts de gendarmerie mobile annoncés ne peuvent pas être présentés comme des moyens supplémentaires lorsqu'ils correspondent en réalité aux escadrons encore présents sur le territoire.
La nuance n'est pas technique, elle est fondamentale. Redéployer n'est pas renforcer. Déplacer un escadron d'un point du territoire vers un autre ne crée aucun gendarme supplémentaire : cela déshabille une commune pour en habiller une autre. Présenter cette mécanique comme un effort additionnel relève de la communication, pas de la sécurité publique. Et les habitants, eux, comptent les patrouilles, pas les annonces.
Cette exigence de sincérité dans les chiffres est le préalable de tout le reste. Sans elle, le débat sur la sécurité en Nouvelle-Calédonie se réduit à une succession d'effets d'annonce qui laissent le terrain inchangé. L'élu de Koné choisit précisément l'inverse : partir du réel, du dénombrement, de ce que voient les maires et les brigades. C'est une méthode. C'est aussi, disons-le, une manière responsable de poser un sujet régalien sans céder à la surenchère.
Le Nord et la brousse face au sentiment d'abandon
Le second volet du communiqué décrit une réalité que les habitants du Nord et des communes rurales connaissent sans avoir besoin qu'on la leur explique. La population de brousse et du Nord a aujourd'hui le sentiment d'être laissée pour compte. Le mot est posé. Il ne s'agit pas d'un ressenti diffus mais d'un constat répété dans de nombreuses communes, où la présence des forces de sécurité demeure insuffisante au regard des besoins.
Les élus locaux sont en première ligne de cette réalité. Ce sont eux qui reçoivent, en mairie, les administrés confrontés aux cambriolages, aux incivilités, aux violences et à un sentiment général d'insécurité. Ce sont eux qui, faute de moyens régaliens suffisants, se retrouvent à faire tampon entre une population inquiète et un État lointain. Cette position, à la longue, devient intenable.
Edwin Billiet ne cède pourtant à aucune facilité. Il aurait été simple d'opposer frontalement le Nord au Sud, la brousse à l'agglomération. Il fait exactement le contraire. Il reconnaît explicitement que certaines communes de l'agglomération, celles qui connaissent une dégradation importante de leur situation sécuritaire, ont besoin de renforts urgents. La solidarité territoriale n'est pas un mot creux dans son communiqué : elle est assumée.
Mais elle s'accompagne d'une condition claire. Ces renforts ne peuvent pas se faire au détriment de la brousse et du Nord. Et l'élu formule alors la phrase qui structure tout le texte : la sécurité des Calédoniens ne doit pas être une compétition entre les territoires, où les uns seraient protégés au prix du déshabillage des autres. C'est un principe d'égalité républicaine, appliqué à la géographie calédonienne.
La démonstration se poursuit par une évidence géographique trop souvent oubliée dans les arbitrages : la Nouvelle-Calédonie ne s'arrête pas aux portes du Grand Nouméa. Un habitant de Koné, de Poindimié, de Koumac, de Touho ou de n'importe quelle commune du Nord a droit au même niveau de protection qu'un habitant de l'agglomération. Ni plus. Ni moins. La citoyenneté ne se dégrade pas avec les kilomètres.
L'élu ajoute un argument de bon sens opérationnel. Les territoires ruraux disposent déjà de moyens humains limités. Toute diminution de la présence des forces de l'ordre y produirait des effets en chaîne : moins de capacité à prévenir la délinquance, des délais d'intervention allongés, et l'érosion du lien indispensable entre la population et les gendarmes. Dans les communes de brousse, ce lien de proximité n'est pas un supplément d'âme : il constitue souvent le premier outil de prévention.
Une exigence régalienne : des moyens permanents, pas des rotations
Le communiqué se referme sur une demande adressée directement à l'État, et formulée solennellement : garantir une répartition équitable des moyens de sécurité sur l'ensemble du territoire.
Cette demande se décline dans le temps, ce qui en fait sa solidité. À court terme, l'élu réclame des effectifs de gendarmes mobiles réellement supplémentaires lorsque la situation l'exige, le mot « réellement » renvoyant directement à l'exigence de sincérité des chiffres posée en ouverture. À moyen et long terme, il demande le renforcement des effectifs permanents de gendarmerie.
C'est là le cœur du raisonnement. Le territoire a besoin d'une présence durable des forces de l'ordre, et non d'un système reposant uniquement sur des rotations ponctuelles de renforts mobiles. Les escadrons mobiles répondent à une crise ; ils ne construisent pas une sécurité du quotidien. Cette dernière suppose des brigades stables, des gendarmes qui connaissent le terrain, les familles, les habitudes et les points de tension. Une commune ne se sécurise pas par intermittence.
Le communiqué rappelle enfin le principe fondateur : la sécurité est une mission régalienne. Elle doit être assurée partout, pour tous, avec des moyens conséquents, pérennes et répartis de manière équitable. Une mission régalienne ne se fractionne pas selon la densité de population ou la visibilité médiatique d'un territoire. Elle s'exerce, ou elle défaille.
Edwin Billiet conclut sans ambiguïté sur l'esprit de sa démarche : il ne s'agit pas d'opposer le Nord au Grand Nouméa, mais de rappeler une évidence républicaine. Chaque Calédonien doit pouvoir vivre, travailler et se déplacer en sécurité, quel que soit son lieu de résidence.
Cette prise de position dépasse le cadre d'une commune ou d'une province. Elle pose une question de fond à l'État : celle de l'égalité réelle devant la sécurité sur un territoire vaste, rural sur l'essentiel de sa surface, et où la distance ne saurait justifier une protection à deux vitesses. Les élus du Nord et de la brousse refusent de devenir les oubliés de la politique de sécurité. Le message est transmis. Il attend désormais une réponse chiffrée.


