Le premier Mario n’était même pas plombier

Deux pixels, une moustache et un saut. Le 9 juillet 1981, personne n’imagine encore que ce personnage anonyme deviendra une icône mondiale.
Et pourtant, c’est dans l’ombre d’un gorille que naît celui qui incarnera, mieux que quiconque, la réussite industrielle du jeu vidéo.
Une création inspirée de l’Amérique et tournée vers l’innovation
Le 9 juillet 1981 marque une date fondatrice dans l’histoire du divertissement numérique. Ce jour-là, au Japon, Nintendo lance dans les salles d’arcade un jeu appelé Donkey Kong. Derrière ce projet, un nom encore peu connu à l’époque : Shigeru Miyamoto, futur architecte de l’empire vidéoludique japonais. Mais ce que personne ne pressent alors, c’est que ce jeu introduit un personnage destiné à devenir l’une des figures les plus rentables et les plus reconnaissables au monde.
Dans Donkey Kong, le scénario est simple mais efficace. Un gorille capture une jeune femme, et un homme doit la sauver. Cet homme, vêtu d’une salopette bleue et d’un haut rouge, n’a pas encore de nom. Il est simplement appelé Jumpman, littéralement « l’homme qui saute ». Il n’est pas plombier, mais charpentier. Et pourtant, dès ses premiers mouvements, tout est déjà là : le gameplay, la lisibilité, l’efficacité.
Pour concevoir Donkey Kong, Shigeru Miyamoto s’inspire largement de la culture populaire américaine. Le jeu emprunte à la fois à l’univers de Popeye et à celui de King Kong, mélangeant figures héroïques et antagonistes puissants. Mais au-delà des références, c’est surtout l’innovation qui frappe.
Donkey Kong introduit une révolution majeure : les premières scènes cinématiques dans un jeu vidéo. Pour la première fois, le joueur ne se contente pas de battre un score. Il suit une histoire, observe des interactions entre personnages, comprend un objectif narratif. Cette approche tranche radicalement avec les standards de l’époque, dominés par des jeux répétitifs comme Space Invaders.
Le jeu devient ainsi le premier véritable jeu d’arcade scénarisé, structuré en niveaux, avec une progression claire. Cette innovation marque un tournant décisif et impose Nintendo comme un acteur sérieux dans une industrie encore balbutiante. Très vite, le succès dépasse les frontières japonaises et s’impose en Europe, notamment en France.
De Jumpman à Mario : la naissance d’une machine à succès
Face à ce succès, Nintendo décide rapidement de capitaliser. En 1983, l’entreprise transforme son personnage anonyme en véritable héros. Jumpman devient Mario, un plombier italien, accompagné de son frère Luigi. Ce choix n’est pas anodin : il permet de créer un univers identifiable, cohérent et exportable.
Avec Mario Bros., Nintendo pose les bases d’un univers qui deviendra culte. Les canalisations, les ennemis à écraser, les pièces à collecter : tout est pensé pour être immédiatement compréhensible et addictif. L’efficacité du gameplay devient une signature japonaise, loin des expérimentations parfois confuses de la concurrence.
Trois ans plus tard, en 1986, Nintendo frappe un grand coup avec la sortie de la NES et de Super Mario Bros. Le succès est colossal. Plus de 40 millions d’exemplaires vendus dans le monde, un record à l’époque. Mario devient alors bien plus qu’un personnage : il incarne une stratégie industrielle, une vision du divertissement et une réussite économique spectaculaire.
Mario, symbole d’une réussite économique et culturelle mondiale
Aujourd’hui, la franchise Mario dépasse largement le simple cadre du jeu vidéo. Avec plus de 200 jeux développés sur différentes plateformes, elle s’impose comme l’une des licences les plus prolifiques de l’histoire. Mais surtout, elle incarne une réussite industrielle à la japonaise : rigueur, innovation et capacité à créer des produits universels.
Le personnage s’est également exporté vers le cinéma, avec un film d’animation à succès devenu l’un des plus rentables de tous les temps. Une suite sortie en 2026 confirme cette dynamique. Mario n’est plus seulement un héros de pixels : il est devenu une marque globale, capable de générer des milliards.
Ce succès repose sur un principe simple mais puissant : créer un personnage accessible, identifiable et constant dans le temps. Là où d’autres franchises s’épuisent, Mario continue d’évoluer sans se renier. Une stratégie qui illustre parfaitement une certaine vision du capitalisme culturel : produire, innover, rentabiliser.
(Crédit photo : AFP)

