Le jour où le Congrès élisait sa présidente, la télé publique parlait de cardamome

Vendredi 10 juillet, 10h10. Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie vient d'élire sa nouvelle présidente, Virginie Ruffenach, 28 voix contre 26, premier acte institutionnel d'une mandature qui s'annonce sous tension. Sur YouTube et les Direct-Facebook, la séance publique se termine. On bascule sur NC1ère pour la suite.
Et voici ce qu'on y entend : « La Cardamome est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Zingibéracées. C'est une plante herbacée très vivace à rhizome, originaire d'Asie du Sud-Est et très utilisée dans la cuisine de Mayotte… »
L'antenne calédonienne venait de basculer sur Chef Pays, une émission de gastronomie produite ailleurs dans l'Outre-mer.
Pendant que le pays élisait la présidence de son assemblée délibérante pour cinq ans, la télévision publique parlait de rhizome et de cuisine mahoraise. La raison n'a rien de mystérieux : l'intersyndicale de NC1ère est en grève depuis hier, et l'avait annoncé noir sur blanc dans son tract - la grève « pourra avoir des conséquences importantes sur les programmes, notamment sur la couverture de l'élection du Président du Congrès ». On l'avait écrit hier ici même. Ce matin, ce n'était plus une hypothèse.
On ne va pas refaire ici le procès des grévistes ; leur souffrance au travail est réelle, on l'a déjà dit. Mais l'image reste, et elle vaut toutes les démonstrations comptables : le jour précis où la station calédonienne, financée à hauteur de 3,5 milliards de francs CFP par an par le contribuable métropolitain, aurait dû justifier son existence, l'antenne s'est tue. Pas de duplex, pas d'analyse, pas de relais en direct du perchoir. Une fiche botanique sur la cardamome, à la place de l'histoire institutionnelle du pays qui s'écrivait à quelques centaines de mètres du studio.
Posons la question simplement. Un service public à quatre milliards d'euros par an à l'échelle nationale, un train de vie local de 3,5 milliards de francs CFP, une rédaction, des cadreurs, des monteurs, du matériel - et n'importe quel élu du Congrès peut, avec son téléphone et un compte Facebook, diffuser un live gratuit ou presque, le jour où ça compte vraiment.
Ce n'est pas un raccourci polémique. C'est un fait : ce vendredi, ceux qui voulaient suivre l'élection en direct sont allés sur les réseaux sociaux, pas sur la chaîne publique. La technologie qui coûte quelques milliers de francs a fait le travail que la structure à trois milliards et demi n'a pas fait.
Alors, la question de la veille reste entière, et elle se pose avec plus de force encore ce matin :
NC la 1ère : avec quel argent ? Et surtout, à quoi bon ?

