Naître en France devient un risque ?

Deux chiffres qui glacent : des milliers de vies perdues dès les premiers jours.
Un signal d’alerte que la France ne peut plus ignorer.
Une hausse confirmée et des chiffres qui interpellent
La réalité est brutale et désormais documentée. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dans une étude publiée le 7 juillet 2026, la mortalité périnatale augmente en France depuis 2022, avec une accélération en 2024.
Les données sont sans appel : 7 398 décès ont été enregistrés en 2024, pour un total de 661 822 naissances. Derrière ces chiffres, des drames humains invisibles qui traduisent une fragilité croissante du système.
Cette mortalité se décompose en deux réalités bien distinctes. D’un côté, la mortinatalité, qui représente 82 % des décès périnatals, avec 9,2 décès pour 1 000 naissances. De l’autre, la mortalité néonatale précoce, soit les décès dans la première semaine de vie, qui atteint 2 pour 1 000 naissances vivantes.
Longtemps stable entre 2014 et 2021, la situation s’est dégradée. L’augmentation de 0,4 point en 2024 confirme une tendance préoccupante. La France, autrefois référence en matière de santé périnatale, voit désormais ses indicateurs se détériorer.
Prématurité et facteurs de risque : une équation implacable
L’étude met en lumière une donnée centrale : 84 % des décès périnatals concernent des naissances prématurées. Plus encore, près d’un décès sur deux touche des grands prématurés, nés avant 28 semaines d’aménorrhée.
Le constat est implacable : le risque de mortalité est 63 fois plus élevé chez les enfants prématurés que chez ceux nés à terme. Une réalité qui pose la question de la prévention et du suivi des grossesses.
Plusieurs facteurs aggravants sont identifiés. L’âge de la mère joue un rôle déterminant. Le taux est presque doublé chez les femmes de moins de 20 ans et chez celles âgées de 40 ans ou plus. Dans un cas, les conditions socio-économiques précaires pèsent lourdement. Dans l’autre, ce sont les complications médicales et les anomalies fœtales qui augmentent les risques.
Le nombre de fœtus et l’âge gestationnel complètent cette équation complexe. Chaque variable, isolée ou cumulée, contribue à fragiliser les chances de survie dès les premiers instants de vie.
Inégalités territoriales et sociales : le vrai scandale
Au-delà des facteurs médicaux, l’étude souligne un élément fondamental : la mortalité périnatale est aussi une question d’inégalités.
Les écarts sont nets. Dans les communes les plus défavorisées, le taux atteint 12,0 ‰, contre 9,5 ‰ dans les territoires les plus favorisés. Une fracture sociale qui se traduit directement en vies perdues.
Mais c’est surtout au niveau territorial que la situation devient alarmante. Dans les départements et régions d’outre-mer, la mortalité périnatale est, en moyenne, 60 % plus élevée qu’en métropole. L’exemple est frappant : le taux est 2,3 fois plus élevé en Guadeloupe qu’en Auvergne-Rhône-Alpes.
Ces disparités ne sont pas nouvelles, mais elles persistent et s’aggravent. Elles traduisent des écarts d’accès aux soins, de suivi médical et de conditions de vie.
À l’échelle européenne, le constat est tout aussi préoccupant. La France se classait déjà au 16ᵉ rang en 2019, parmi les pays aux taux les plus élevés, à un niveau proche de celui de l’Angleterre, de la Lituanie ou des Pays-Bas.
Aujourd’hui, la tendance ne s’inverse pas. La hausse récente confirme un décrochage progressif, loin des standards attendus pour un pays doté d’un système de santé développé.
(Crédit photo : AMELIE-BENOIST / BSIP / BSIP via AFP)

