Aucune reprise : l’emploi calédonien à l’arrêt

Deux ans après les émeutes et le choc économique, la réalité s’impose : le marché du travail calédonien reste à terre.
Derrière la stabilisation apparente, un constat brutal se dessine : l’emploi ne repart pas, il s’enlise.
Une stabilisation trompeuse sur un niveau historiquement bas
En 2025, l’emploi salarié en Nouvelle-Calédonie atteint un niveau que l’on n’avait plus observé depuis près de deux décennies, d’après la dernière étude de l’ISEE-NC rendue publique ce jeudi 16 juillet. Avec 77 120 salariés en moyenne, soit 4 900 de moins qu’en 2024, la baisse annuelle atteint encore -6 %, prolongeant un effondrement déjà historique l’année précédente. En deux ans, ce sont 13 200 emplois salariés qui ont disparu, un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur du choc subi par l’économie locale.
Pourtant, les chiffres intra-annuels semblent plus stables. Après un début d’année particulièrement bas, les effectifs évoluent peu trimestre après trimestre. Cette apparente accalmie ne doit pas tromper. Il ne s’agit pas d’un rebond, mais d’un palier. Le marché du travail ne chute plus aussi violemment, mais il reste bloqué à un niveau extrêmement dégradé.
Cette situation traduit une réalité simple : la crise ne s’aggrave plus au rythme de 2024, mais elle ne recule pas non plus. Il n’y a ni reprise nette des embauches ni dynamique de reconstruction. Le système économique calédonien semble figé, incapable, pour l’instant, de recréer des emplois à grande échelle.
Le secteur privé, principal moteur en panne durable
Le constat est encore plus préoccupant du côté du secteur privé. Avec 55 880 salariés en moyenne en 2025, ce dernier enregistre une nouvelle baisse de -7 % sur un an, soit 4 050 emplois détruits supplémentaires. Même si la chute est moins brutale qu’en 2024, elle reste massive et généralisée.
Tous les grands secteurs sont touchés. La construction recule de 13 %, signe d’un arrêt net de nombreux projets et d’un climat d’investissement dégradé. L’industrie chute de près de 12 %, confirmant les difficultés structurelles du tissu productif. Le commerce perd encore 6 % de ses effectifs, tandis que les services hors commerce, pourtant premier employeur, reculent de 4 %, contribuant fortement aux pertes en volume.
Un élément mérite toutefois d’être souligné : la stabilisation des effectifs en cours d’année s’explique avant tout par une chute des débauches. Celles-ci reculent de 34 %, signe que les entreprises ont déjà procédé à l’essentiel des ajustements. Mais, dans le même temps, les embauches stagnent, empêchant toute dynamique de reprise.
Autrement dit, le privé ne détruit plus autant d’emplois… mais il n’en crée toujours pas. Cette inertie traduit un manque de confiance, un climat économique incertain et une capacité d’investissement fortement réduite.
Un tissu économique affaibli et un public sous contrainte
Au-delà des chiffres de l’emploi, c’est l’ensemble du tissu économique qui apparaît fragilisé. En 2025, le nombre d’employeurs privés tombe à 9 140 en moyenne, soit 15 % de moins en deux ans. Cette contraction limite mécaniquement les possibilités de rebond du marché du travail.
Certes, le solde net de création d’entreprises redevient positif. Mais ce signal reste insuffisant pour compenser les pertes accumulées. Moins d’entreprises, c’est moins d’opportunités d’embauche et donc un redémarrage beaucoup plus lent.
Dans ce contexte, les dispositifs publics ont joué un rôle d’amortisseur. Le chômage partiel spécifique et le dispositif exceptionnel de soutien à l’emploi ont concerné 5 845 personnes en 2025. Sans ces mesures, le bilan aurait été encore plus lourd.
Le secteur public lui-même n’échappe pas aux difficultés. Avec 21 230 salariés en moyenne, il enregistre une baisse de -4 % sur un an. Ce recul est principalement porté par les contractuels, dont les effectifs diminuent pour la deuxième année consécutive.
Du côté des emplois permanents, la situation est contrastée. Les fonctionnaires d’État reculent de 2 %, tandis que les fonctionnaires territoriaux se stabilisent après plusieurs années de hausse. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte budgétaire tendu, où les marges de manœuvre sont limitées.
Au final, ni le privé ni le public ne jouent aujourd’hui un rôle moteur dans la relance de l’emploi. L’économie calédonienne reste sous contrainte, avec un marché du travail figé, des entreprises fragilisées et des perspectives encore incertaines.
(Crédit photo : CCI info)

