Pesticides : la fin d’un modèle ?

Deux cultures clés en danger, une dépendance aux pesticides qui inquiète… et enfin une réponse concrète venue du terrain.
La Nouvelle-Calédonie passe à l’action avec un projet structurant, loin des discours creux.
Un projet structurant pour deux filières stratégiques
La Nouvelle-Calédonie n’a plus le luxe d’attendre. Entre pression sanitaire, dépendance aux intrants chimiques et fragilité des filières locales, le modèle agricole est à un tournant. Avec PARSANOVA, la réponse se veut claire, structurée et surtout opérationnelle. Ce projet, porté par la Chambre d’agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie, s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire assumée, loin des injonctions idéologiques et proche des réalités du terrain. Derrière l’annonce, une ambition : réduire concrètement l’usage des pesticides tout en maintenant la production.
La patate douce et le squash ne sont pas des cultures secondaires. Elles représentent une part essentielle de l’alimentation locale et du tissu agricole calédonien. Pourtant, ces filières sont aujourd’hui fragilisées par des contraintes sanitaires fortes, notamment liées aux ravageurs comme le charançon ou les thrips. PARSANOVA s’attaque directement à ces enjeux avec une approche pragmatique : produire mieux, sans sacrifier les rendements.
Lancé en octobre 2025 et prévu sur trois ans, le projet s’inscrit dans le cadre du dispositif national PARSADA, soutenu par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Il répond à une réalité incontournable : le retrait progressif de certaines substances actives en Europe impose une adaptation rapide des pratiques agricoles. Ici, pas de posture idéologique, mais une anticipation lucide. Adapter les cultures locales aux nouvelles contraintes, sans dépendre entièrement de solutions importées, devient une priorité.
Porté par un réseau solide d’acteurs, le projet mobilise des partenaires techniques et scientifiques comme AuraPacifica, l’Université de la Nouvelle-Calédonie, l’exploitation agricole du lycée Michel-Rocard ou encore la FCTE.nc, avec l’appui du gouvernement local. Cette alliance entre recherche, formation et terrain marque une rupture avec les politiques agricoles déconnectées des réalités.
Une stratégie concrète : expérimenter, produire, transmettre
Là où beaucoup de plans restent théoriques, PARSANOVA mise sur l’action. Le projet est structuré autour de quatre axes et huit actions opérationnelles, avec un objectif clair : passer du laboratoire au champ. La mise en place de fermes pilotes permettra de tester en conditions réelles les solutions envisagées, loin des expérimentations hors sol.
La surveillance épidémiologique des ravageurs constitue un autre pilier du dispositif. Identifier précisément les menaces, suivre leur évolution, adapter les réponses : une logique de bon sens, souvent absente des politiques standardisées. En parallèle, l’étude de la biodiversité fonctionnelle vise à utiliser les équilibres naturels pour limiter les attaques, une approche qui privilégie l’intelligence agronomique plutôt que la dépendance chimique.
Les essais de solutions alternatives occupent une place centrale. Biocontrôle, phéromones, préparations naturelles peu préoccupantes : autant d’outils qui doivent être validés avant déploiement. Ici encore, la méthode est rigoureuse : tester, mesurer, valider. Pas question d’imposer des solutions inefficaces au nom d’une écologie dogmatique.
Autre axe clé : la production de matériel végétal sain. Avec un objectif de plus de 230 000 plants sains, le projet entend sécuriser la base même des cultures. Car sans plants de qualité, aucune stratégie ne tient. Cette logique de maîtrise de la chaîne de production traduit une volonté claire : reprendre le contrôle local.
Un enjeu de souveraineté et de responsabilité
Au-delà de la technique, PARSANOVA pose une question de fond : celle de la souveraineté agricole. Dans un territoire comme la Nouvelle-Calédonie, dépendant des importations et exposé aux crises, produire localement devient un impératif stratégique. Réduire les pesticides, oui, mais pas au prix de la dépendance alimentaire.
Le budget de 1,5 million d’euros alloué au projet témoigne d’un engagement réel. Mais l’enjeu dépasse largement le financement. Il s’agit de reconstruire une agriculture capable de résister, d’innover et de transmettre. L’accompagnement des producteurs est d’ailleurs au cœur du dispositif, avec un transfert progressif des pratiques validées vers le terrain.
Cette approche tranche avec une vision punitive de l’agriculture. Ici, on ne culpabilise pas les producteurs, on les équipe. On ne décrète pas depuis un bureau, on expérimente sur le terrain. Une méthode qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’agriculture se construit avec ceux qui produisent.
En s’attaquant à des filières en difficulté, en anticipant les contraintes réglementaires et en misant sur des solutions concrètes, PARSANOVA s’inscrit dans une dynamique de responsabilité. Ni renoncement ni idéologie : une stratégie de terrain, adaptée aux réalités locales.
(Crédit photo : Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie)
