L’Australie assume son rôle de puissance régionale face à l’influence chinoise

Présente à RIMPAC depuis plus de cinquante ans, l’Australie confirme son rôle central dans la sécurité de l’Indo-Pacifique. À Hawaï, le consul général australien Greg Wilcock a détaillé la vision stratégique de Canberra, entre coopération militaire avec les États-Unis, engagement auprès des États insulaires du Pacifique et gestion de la montée en puissance de la Chine.
RIMPAC, symbole d'une alliance militaire de longue date
Le plus grand exercice naval multinational au monde, RIMPAC 2026, se déroule actuellement autour d'Hawaï avec la participation de plus de trente nations. Pour l'Australie, cette présence n'a rien d'anecdotique.
Canberra participe à RIMPAC depuis 1971, faisant partie des marines fondatrices de cet exercice devenu un rendez-vous incontournable de la coopération militaire dans le Pacifique. Cette année encore, la Royal Australian Navy déploie plusieurs bâtiments aux côtés des marines américaine, canadienne, néo-zélandaise et de nombreux partenaires régionaux.
Selon Greg Wilcock, consul général d'Australie à Honolulu, cette coopération repose sur une histoire commune forgée durant la Seconde Guerre mondiale.
Nous sommes deux nations océaniques qui gardent en mémoire les vulnérabilités révélées par la Seconde Guerre mondiale. Notre partenariat stratégique est le fruit de cette histoire commune
Cette année marque également le 75e anniversaire du traité ANZUS, signé en 1951 entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Bien que les relations militaires avec Wellington aient évolué au fil des décennies, l'alliance entre Canberra et Washington demeure le pilier de la sécurité australienne.
Le Pacifique, priorité stratégique de Canberra
Pour l'Australie, la sécurité du Pacifique ne relève pas uniquement de la diplomatie : elle touche directement à ses intérêts nationaux.
Greg Wilcock rappelle que les États insulaires du Pacifique sont situés à seulement quelques heures de vol des côtes australiennes. Cette proximité explique pourquoi Canberra multiplie les partenariats avec ses voisins.
Ces derniers mois, l'Australie a signé ou renforcé plusieurs accords de défense, notamment avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji, illustrant une volonté de consolider son rôle de partenaire sécuritaire privilégié dans la région.
Pour Canberra, la stabilité économique, politique et sécuritaire des États insulaires est étroitement liée à sa propre sécurité.
Une réponse mesurée à l'influence croissante de la Chine
Interrogé sur la présence chinoise dans le Pacifique, Greg Wilcock adopte un ton mesuré.
Il reconnaît que la Chine mène une politique étrangère active dans la région, ce qui est, selon lui, naturel pour une grande puissance.
En revanche, il rappelle que le Pacifique constitue le voisinage immédiat de l'Australie, raison pour laquelle Canberra entend y rester fortement engagée.
L'objectif affiché n'est pas de bloquer Pékin, mais de maintenir une présence diplomatique, économique et sécuritaire suffisamment forte pour préserver l'équilibre régional.
Cette stratégie passe notamment par une implication active au sein du Forum des îles du Pacifique, dont l'Australie est membre de longue date.
Canberra défend également son interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans
Au-delà des questions géopolitiques, Greg Wilcock est également revenu sur une réforme très commentée : l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
Selon lui, cette mesure répond à une demande croissante des familles australiennes, confrontées aux effets psychologiques des plateformes numériques sur les adolescents.
Le diplomate insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de remplacer le rôle des parents, mais de leur offrir davantage de temps et d'espace pour accompagner leurs enfants dans leur apprentissage du numérique.
Le gouvernement australien estime que cette réglementation permettra de mieux protéger les jeunes contre le harcèlement, les contenus nocifs et certaines formes de manipulation en ligne.
Une stratégie régionale qui s'affirme
Entre RIMPAC 2026, le renforcement des accords de défense avec plusieurs États insulaires, le maintien de l'alliance ANZUS et une présence diplomatique plus active dans le Pacifique, l'Australie confirme son ambition d'être l'un des principaux acteurs de la sécurité régionale.
Face aux évolutions rapides de l'environnement stratégique indo-pacifique, Canberra privilégie une approche fondée sur les alliances historiques, le renforcement des capacités régionales et une coopération étroite avec ses partenaires traditionnels, tout en assumant un rôle de premier plan dans son voisinage immédiat.

