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Tribune

Louis Mapou : le président à crédit

4 octobre 2026 à 12:14
6 min de lecture
Louis Mapou : le président à crédit

Résumé IA

Le 2 octobre 2026, le mouvement de Louis Mapou, Unis pour le pays, publie un communiqué refusant la résignation et reprochant au FLNKS un « tâtonnement inquiétant ». Cette prise de parole suit sa défaite électorale du 28 juin 2026 en province Sud, où sa liste n'obtient aucun élu, et intervient après un mandat marqué par la crise et les émeutes de 2024.

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Le 2 octobre 2026, Unis pour le pays, le mouvement de Louis Mapou, publie un communiqué de trois pages. Il dit refuser la résignation, rejette « tant l'immobilisme que la rupture », et veut « rassembler ». Il reproche au FLNKS un « tâtonnement inquiétant » dont « les seules apparitions proviennent de l'extérieur ». Le 28 juin 2026, la liste de Louis Mapou avait recueilli 3 401 voix, soit 4,13 % des suffrages exprimés en province Sud. Aucun élu.

Pour comprendre ce retour, il faut relire le règne.

« C'est l'État qui le fera »

Le 25 novembre 2021, dans sa déclaration de politique générale, Louis Mapou promet : « À partir de 2024, le service de la dette diminuera après que la Nouvelle-Calédonie aura soldé le prêt effectué auprès des régimes sociaux, les prêts faits par l'ARTI et ceux auprès des établissements publics. »

Le 8 juillet 2022, la Nouvelle-Calédonie signe auprès de l'AFD un prêt de 20,88 milliards de francs garanti par l'État. Le 28 septembre 2023, l'État doit verser une aide exceptionnelle de 4,415 milliards « pour éviter une rupture des versements de la caisse locale de retraites et des allocations pour handicap », relèvera la Chambre territoriale des comptes.

Le 12 octobre 2023, Louis Mapou commente dans un entretien à DNC : « J'avais demandé entre 8 et 13 milliards pour le Ruamm, Enercal, le régime handicap, l'enseignement privé [...]. On est ensuite descendu à 7 milliards. On a moins, je fais avec. » Sur l'exercice suivant : « Et si le gouvernement ne fait pas le budget 2024, c'est l'État qui le fera. »

Six mois plus tard, au Congrès, sur le pacte nickel, un autre registre : « je ne suis pas là pour quémander en tant qu'indépendantiste dans un processus d'émancipation. »

En 2024, le soutien de l'État atteint 197,6 milliards de francs, soit 28 % du PIB calédonien, selon la Chambre territoriale des comptes. Le budget 2025 prévoit 46,6 milliards de remboursement des avances de 2024, et un nouveau prêt de 120 milliards garanti par l'État.

La majorité empruntée

Le 8 juillet 2021, Louis Mapou est élu président du 17e gouvernement avec 6 voix sur 11. Dès la veille, LNC notait que le départ annoncé de Samuel Hnepeune, qui allait voter Mapou puis quitter l'exécutif, « va faire fondre la majorité "indépendantiste" ». Quelques jours plus tard, la sixième voix de la majorité devient celle de son remplaçant, Vaimu'a Muliava, de l'Éveil océanien, un mouvement qui ne se revendique pas indépendantiste. La majorité indépendantiste dont Louis Mapou parlera jusqu'à la fin de son mandat reposait sur un élu qui ne l'était pas.

Le pays serein

Le 12 octobre 2023, dans le même entretien à DNC, Louis Mapou pose un diagnostic : « Je considère fondamentalement que nous sommes sortis du rapport de force. » Sur la mission de « chemin du pardon » que lui confie le président de la République, il ajoute : « Quand il y a eu la réconciliation en Afrique du Sud, on a demandé à Desmond Tutu de s'en occuper, pas à un Afrikaner. »

Le 15 février 2024, à propos du dégel du corps électoral et de la crise du nickel : « Tout ça en même temps, ça fait des ingrédients qui peuvent être détonants. » Le 20 février, son porte-parole Gilbert Tyuienon annonce que l'UC « s'organisera en conséquence [...] pour faire échec à ce projet de dégel du corps électoral ».

Le 25 mars 2024, en conférence de presse, Louis Mapou déclare : « Depuis le référendum de 2021, si la Nouvelle-Calédonie a réussi à s'en sortir et est désormais sereine, c'est grâce à nous. »

Le 13 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie s'embrase.

Vingt-six jours

Le 14 mai, interrogé par NC1ère, Louis Mapou déclare : « On ne peut pas cautionner ce qui se passe. » Le 23 mai, lors de la visite du président de la République, il prononce une phrase : « On attend que ça aille mieux. » Le 4 juin, La Voix du Caillou titre en éditorial : « Mais parlez, monsieur le Président ! »

Le 8 juin, vingt-six jours après le début des émeutes, Louis Mapou prononce sa première déclaration solennelle. Il y répartit les responsabilités : la loi sur le corps électoral, « décidée unilatéralement par les autorités nationales » ; le FLNKS, coupable d'une « gestion trop mesurée » ; les Loyalistes et Le Rassemblement, et leur « surenchère permanente ». Il appelle « les responsables de la CCAT, ses relais locaux et la jeunesse du pays » à cesser les exactions, « même si leur mobilisation a contribué à la prise de conscience ».

En juin 2024, l'ancien collaborateur du président du gouvernement et la directrice de cabinet du président du Congrès sont mis en examen et incarcérés en métropole dans l'enquête sur la CCAT. La fille du directeur de cabinet du président du gouvernement est condamnée pour avoir renseigné un militant de la CCAT. Christian Tein et Frédérique Muliava ont bénéficié en juin 2026 d'un non-lieu, dont le parquet a fait appel.

En octobre 2024, Louis Mapou revient sur ces semaines : « j'aurais pu davantage parler. » Et : « Ce qui m'a surpris, c'est l'ampleur des manifestations. » Et : « La responsabilité est collective. »

Le remboursement

Le 28 août 2024, Vaimu'a Muliava démissionne du gouvernement. Le lendemain, Veylma Falaeo, de l'Éveil océanien, est élue présidente du Congrès par 28 voix contre 26 à Roch Wamytan.

En décembre, Milakulo Tukumuli, président de l'Éveil océanien, expliquera : « Le 13 avril, lors de la manifestation pacifique place de la Paix, le FLNKS était présent aux côtés de la CCAT. Un mois plus tard, elle s'est transformée en insurrection générant 13 morts et 500 blessés. [...] Nous avons constitué une majorité avec les indépendantistes non pas pour détruire le pays mais pour le faire progresser. À partir de ce moment, notre mouvement a décidé de se désaxer. »

Le 24 décembre 2024, Calédonie ensemble fait tomber le gouvernement. Son courrier évoque un exécutif transformé « en une instance indépendante » des groupes du Congrès, un président enfermé « dans une tour d'ivoire », et une « bérézina politique » sur le pacte nickel. Réponse de Louis Mapou : « C'est un sale coup politique porté à notre pays. »

Le 8 janvier 2025, Alcide Ponga est élu président du 18e gouvernement avec 6 voix, dont celle de l'Éveil océanien.

Sortie

Le 31 juillet 2026, Milakulo Tukumuli est élu président du gouvernement par 6 voix contre 5 à Gilbert Tyuienon.

Le 2 octobre 2026, Louis Mapou reproche au FLNKS de n'exister qu'à l'extérieur. Le FLNKS est présidé par Christian Tein, son ancien collaborateur.

Il revient avec 3 401 voix.

Trois ans et demi au pouvoir. La majorité était prêtée. L'argent venait de Paris. Le temps, il l'attendait du calendrier. La responsabilité, il l'a déclarée collective. À lui, il restait le fauteuil. En dessous, le pays a brûlé.

En octobre 2023, il se comparait à Desmond Tutu.

Le 28 juin 2026, en province Sud, plus de 95 votants sur 100 ont choisi quelqu'un d'autre.