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Proxénétisme, argent, menaces : l'ancien Neg' Marrons Djamatik face à de lourdes accusations

4 octobre 2026 à 12:50
6 min de lecture
Proxénétisme, argent, menaces : l'ancien Neg' Marrons Djamatik face à de lourdes accusations

Résumé IA

Une internaute accuse Djamatik, cofondateur des Neg' Marrons, de proxénétisme, d'escroquerie et de menaces. Elle affirme que l'artiste ferait se prostituer des femmes de son entourage, prélevant une part des gains, et aurait dépouillé un ami de 120 000 euros. L'artiste, présumé innocent, rejette ces accusations, qu'il attribue à la jalousie.

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Il a chanté la liberté des esclaves marrons, dénoncé les abus des puissants et remercié Jah. Une internaute accuse aujourd'hui Djamatik, cofondateur des Neg' Marrons passé par les scènes calédoniennes, d'avoir exploité des femmes et dépouillé un proche. Des accusations d'une extrême gravité, auxquelles l'artiste, présumé innocent, devra répondre.

Le message s'ouvre sur deux mots en capitales : « Attention ESCROC ». Au-dessus, un selfie pris dans un train, bonnet noir, barbe taillée, lourde chaîne dorée sur une polaire sombre. Publiée fin juillet sur TikTok, la publication vise l'homme de la photo, présenté comme Djamatik, l'un des trois fondateurs des Neg' Marrons. Son autrice dit l'avoir côtoyé de près, et affirme avoir été menacée, elle et sa famille.

L'accusation la plus lourde tient en une ligne, le mot à peine censuré. Selon elle, l'artiste ferait se prostituer des femmes de son entourage pour en tirer de l'argent, ce dont elle assure détenir la preuve. Pour se justifier, il invoquerait un partage « 50/50 », lui se chargeant de trouver les clients et de discuter avec eux. L'internaute l'accuse également d'avoir soustrait 120 000 euros à un ami, de mentir et de manipuler pour obtenir de l'argent ou une voiture, et de s'être fait payer son abonnement en salle de sport par une compagne, écartée dès qu'une autre, jugée « plus rentable », se serait présentée. Le montant exact reste à établir : la conversion avancée dans le message, « un million de francs Pacifique », correspond en réalité à environ 8 400 euros.

Confronté à ces reproches, il n'aurait qu'une ligne de défense, selon elle : traiter ses accusatrices de « rageuses » et de « jaloux ». Si tel était le cas, la réponse paraîtrait bien courte face à des faits de cette nature. Nous ignorons à ce stade si ces accusations sont fondées. Elles sont en tout cas trop graves pour être passées sous silence.

« Plus rentable »

Les mots ont un poids. Une femme qui finance, remplacée par une autre « plus rentable ». Une prostitution présentée comme une association à parts égales. Des menaces. Des accusatrices réduites au rang de jalouses. Pris isolément, chacun de ces éléments pourrait relever d'une rupture qui tourne mal. Mis bout à bout, ils dessinent, s'ils étaient avérés, un schéma que les associations d'aide aux victimes connaissent par cœur : la séduction, la dépendance affective, la contribution financière, puis l'exploitation maquillée en partenariat. Dans ce scénario, le proxénète ne se présente jamais comme tel. Il est le compagnon, l'associé, celui qui « gère ». Les victimes, elles, mettent souvent des années à poser un mot sur ce qu'elles ont vécu, quand elles y parviennent.

Ce mot existe pourtant dans le code pénal. Tirer profit de la prostitution d'autrui, l'organiser ou en partager les gains, c'est du proxénétisme, puni de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. La peine grimpe à dix ans et 1,5 million d'euros lorsque plusieurs personnes sont concernées ou que l'auteur use de contrainte ou de manœuvres. Le fameux « 50/50 » n'y change rien : la loi ne reconnaît aucun partage équitable dans l'exploitation sexuelle d'autrui. Quant aux sommes soutirées à un ami ou à des compagnes, elles pourraient, si elles étaient établies, relever de l'escroquerie ou de l'abus de confiance.

Du Secteur Ä au Caillou

L'homme visé n'est pas un inconnu. Né en Martinique, Djamatik grandit à Garges-lès-Gonesse, dans le Val-d'Oise. Au milieu des années 1990, il fonde avec Jacky et Ben-J un trio qui prend le nom des Neg' Marrons, ces esclaves qui fuyaient les plantations pour reprendre leur liberté. Leur titre « La Monnaie » figure sur la bande originale du film « Raï » de Thomas Gilou. Le groupe devient la branche ragga du Secteur Ä, le collectif de Doc Gynéco, Passi et Stomy Bugsy. En 1997, l'album « Rue case nègres » est certifié disque d'or. En mai 1998, Djamatik foule la scène de l'Olympia pour les 150 ans de l'abolition de l'esclavage.

En 1999, il quitte le groupe pour une carrière solo. « Djamatik Connections » se classe dans les ventes, porté notamment par « Elle voulait le soleil ». Mais c'est sans lui que ses anciens partenaires décrochent, un an plus tard, un nouveau disque d'or avec « Le Bilan ». Suivent « Musication » en 2007, puis le Lion Biz-ness Band en 2017. La Nouvelle-Calédonie entre dans sa trajectoire dès 2002. Fin 2019, il prolonge un séjour à Nouméa, répète au Faubourg-Blanchot et enregistre avec des musiciens locaux. En août 2020, il se produit au centre culturel de Boulari, au Mont-Dore, entouré d'artistes calédoniens.

Le prêcheur et le « Sheitan »

Depuis, l'artiste s'est forgé une image de conscience. En juillet 2024, quelques semaines après les émeutes, il initie et produit « Du bruit pour Kanaky », un titre collectif. Suit « Que laissent-ils ? », charge contre les abus des gouvernants. En février 2025, il publie « Thank You Jah », un morceau spirituel et introspectif.

Le contraste est saisissant. L'homme qui fustige en musique les abus des puissants est aujourd'hui accusé d'avoir abusé de femmes qui lui faisaient confiance. Celui qui rend grâce à Jah serait, selon son accusatrice, bien plus proche du « Sheitan ». Si les faits étaient établis, ce ne serait pas seulement une affaire pénale. Ce serait l'effondrement d'un personnage bâti sur la droiture rastafari et la défense des opprimés.

Porter plainte, pas seulement poster

Une femme qui dit avoir peur pour les siens mérite d'être prise au sérieux. Ni crue sur parole, ni renvoyée au silence : entendue, et protégée. La voie existe. Des faits de proxénétisme n'ont pas besoin d'une plainte pour être poursuivis, et le parquet de Nouméa peut s'en saisir de lui-même. Toute personne qui s'estime victime peut aussi composer le 17, joindre SOS Violences au 05 11 11, SOS Écoute au 05 30 30, ou l'ADAVI au 27 76 08.

Djamatik est à ce jour présumé innocent. Les questions, elles, restent posées. A-t-il perçu de l'argent issu de la prostitution de femmes de son entourage ? Doit-il une somme importante à un ami ? A-t-il menacé celle qui l'accuse ? Nos colonnes lui restent ouvertes.

Trente ans après avoir pris le nom des esclaves en fuite, Djamatik se retrouve face à une question qu'aucun riddim ne couvrira : son accusatrice dit-elle vrai ? Si oui, la justice devra passer. Si non, il lui revient de s'en expliquer, publiquement et sans détour.

À suivre.