Cese : à quoi sert-il vraiment ?

Résumé IA
Après sept semaines d'auditions sur le désenclavement du Grand Sud, le Cese conclut sans trancher sur le viaduc. Les conseillers évoquent sécurité, mémoire et environnement, mais renvoient à des études complémentaires. L'État exclut de prendre la maîtrise d'ouvrage, réaffirmant son engagement pour un accès sûr et permanent au sud du Mont-Dore.
Sept semaines d'auditions. Une conclusion : rien. Le Cese a regardé le Grand Sud dans les yeux, puis il a détourné le regard.
Le viaduc, ce dossier que personne ne veut porter
Le débat a naturellement glissé vers une vieille idée, ressortie à intervalles réguliers depuis des années : une deuxième voie d'accès au Grand Sud. Sur la table, un ouvrage d'un peu plus de quatre kilomètres, dont la facture oscillerait entre 40 et 60 milliards de francs.
Un montant pareil impose de la rigueur, personne ne le conteste.
Pour justifier sa réserve, le Cese met en avant des études toujours en cours. Il manque, selon lui, des éléments solides sur le coût réel, les conséquences pour l'environnement et la faisabilité du chantier.
L'argument s'entend. Il soulève pourtant une objection immédiate. Ces lacunes étaient connues avant même la première audition. Pourquoi mobiliser une institution pendant près de deux mois pour aboutir au constat qu'on aurait pu dresser le premier jour ?
Un organe consultatif sert justement à aider les décideurs quand tout n'est pas encore clair. Attendre la certitude complète pour parler, c'est se condamner à n'intervenir que lorsque plus personne n'a besoin de vous.
En séance, des constats forts et une conclusion tiède
Le plus frappant, c'est que les conseillers n'ont pas manqué de lucidité.
L'un a décrit un problème central et douloureux pour toute la zone. Une autre, Larissa Thonon, a ramené le débat à l'essentiel : pouvoir rentrer chez soi sans danger. Rien de plus, rien de moins.
D'autres ont élargi le champ. Jacques Loquet a plaidé pour une meilleure connaissance du passé du territoire, qu'il estime trop longtemps passé sous silence. André Forest a réclamé des analyses environnementales approfondies, contre-expertises comprises.
Chacun a donc apporté sa pièce au puzzle : la sécurité, la mémoire, la nature, la liberté d'aller et venir. Mais au moment d'assembler ces pièces, l'institution a préféré ranger la boîte.
Face à cette retenue, l'État s'est montré étonnamment direct. La directrice du cabinet du haut-commissaire, Anaïs Aït Mansour, a rappelé que le viaduc ne constituait pas, à ses yeux, la seule réponse possible. Elle a aussi souligné que la route du sud reste vulnérable bien au-delà des blocages : glissements de terrain, submersion, cyclones peuvent couper l'accès à tout moment, d'où la nécessité de prévoir des itinéraires de secours.
Sur le financement, même netteté. L'État souhaite un projet aussi consensuel que possible, mais il a fait savoir qu'il ne prendrait pas la maîtrise d'ouvrage. Collectivités, investisseurs privés, fonds européens : les pistes restent ouvertes. L'engagement en faveur d'un accès sûr et permanent au sud du Mont-Dore est réaffirmé, sans que le viaduc soit considéré comme acquis.
On peut approuver ou contester cette ligne. Au moins, elle est lisible.
Consulter pour ne rien conseiller ?
Le texte de la commission a été voté à l'unanimité. Une unanimité de façade, puisqu'elle porte sur la méthode et non sur l'ouvrage.
Ses recommandations tiennent en trois idées : continuer les études, les publier, comparer les options avant toute décision.
La demande de transparence est bienvenue. C'est sans doute le seul acquis tangible de cette séquence. Pour le reste, un habitant de Yaté aura du mal à y trouver la réponse qu'il était venu chercher.
C'est ici que se pose la vraie question, celle de l'utilité du Cese de Nouvelle-Calédonie. Personne ne lui demande de décider à la place du Congrès ou du gouvernement. On lui demande de dire, avec la légitimité de la société civile, ce qui lui paraît souhaitable. Une institution qui entend tout le monde pour finalement ne trancher sur rien affaiblit elle-même sa raison d'être.
Dans un pays qui doit regarder chaque dépense publique avec exigence, cette question n'a rien de déplacé. Chaque structure doit pouvoir démontrer ce qu'elle apporte.
Le dossier du désenclavement du Grand Sud reste entier. Il engage la mobilité, la liberté de circulation et l'avenir économique de toute une région. Les auditions sont terminées, le problème, lui, demeure.
En attendant, les familles du Sud continueront d'emprunter la même route, exposée aux mêmes risques.
Elles avaient demandé un cap. On leur a offert un sursis.
(Crédit photo : CESE-NC)



