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L'actualité locale

Cassé, pas blanchi

5 octobre 2026 à 09:00
4 min de lecture
Cassé, pas blanchi

Résumé IA

La condamnation de Philippe Gomès pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire Nouvelle-Calédonie Énergie est cassée par la Cour de cassation suite à une réforme du statut de l'élu local, sans que son innocence soit démontrée. Il reste par ailleurs jugé en appel dans le dossier des emplois présumés fictifs aux côtés de Philippe Michel, la décision étant attendue prochainement.

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Une condamnation effacée sans que l'innocence soit démontrée. Pendant ce temps, un second dossier attend son verdict.

Une condamnation bien réelle

Ancien président de la province Sud, ancien président du gouvernement, ancien député, longtemps figure dominante de Calédonie Ensemble : Philippe Gomès a occupé pendant près de vingt ans les plus hautes fonctions du pays. Il a aussi accumulé les rendez-vous devant les tribunaux.

Le dernier épisode judiciaire tourne en sa faveur. Il faut pourtant regarder de près ce qui s'est réellement passé, car la nuance compte.

Septembre 2023. La cour d'appel reconnaît Philippe Gomès coupable de prise illégale d'intérêts dans l'affaire Nouvelle-Calédonie Énergie (NCE). La sanction est claire : deux millions de francs CFP d'amende et deux ans d'inéligibilité.

Ce n'était pas une rumeur, ni une polémique de campagne. C'était une décision de justice, rendue en appel, après examen du dossier.

Pour un homme qui a construit sa carrière sur l'image du gestionnaire sérieux et du responsable exigeant, le coup était rude. Il l'était aussi pour les Calédoniens, en droit d'attendre de leurs dirigeants une probité irréprochable.

Paris change la règle, le dossier repart

Le revirement n'est pas venu d'une preuve nouvelle ni d'un témoignage décisif. Il est venu du législateur.

En décembre 2025, une réforme du statut de l'élu local a modifié la définition du délit. Désormais, la prise illégale d'intérêts doit obligatoirement porter sur un intérêt privé. Son avocat, Frédéric De Greslan, résume la situation : la France a adopté un nouvel article qui restreint le champ de l'infraction.

Conséquence mécanique : la Cour de cassation a cassé l'arrêt et renvoyé l'affaire devant la cour d'appel, qui devra la rejuger dans une autre formation, à la lumière de la loi de 2025.

L'avocat ne s'en cache pas. Selon lui, la Cour de cassation fournit en quelque sorte le mode d'emploi, et la décision finale pourrait ne pas être la même.

Un point mérite d'être martelé. Une cassation n'est pas une relaxe. La haute juridiction n'a pas déclaré Philippe Gomès innocent. Elle a constaté que la règle avait changé en cours de route.

Autrement dit, si l'ancien leader de Calédonie Ensemble sort de ce dossier, ce sera grâce à un texte voté à Paris plusieurs années après les faits. Pas grâce à une démonstration de sa bonne foi.

On peut juger cette réforme légitime ou non. Beaucoup d'élus locaux de bonne foi la réclamaient pour sortir d'une insécurité juridique réelle. Mais il serait malhonnête de présenter l'issue de l'affaire NCE comme une réhabilitation. Les faits jugés en 2023 restent les mêmes. Seule leur qualification pénale a évolué.

Emplois présumés fictifs : le verdict approche

L'affaire NCE n'est d'ailleurs pas le seul front judiciaire de l'ancien député.

Philippe Gomès est également poursuivi aux côtés de Philippe Michel, ancien président de la province Sud, dans le dossier des emplois présumés fictifs. En 2025, les deux hommes ont été condamnés en première instance à des peines de prison et d'inéligibilité.

Ils ont fait appel. Ils restent donc présumés innocents, comme tout justiciable, tant que la justice ne s'est pas définitivement prononcée.

L'arrêt de la cour d'appel est attendu dans les prochains jours.

Deux anciens présidents de la province Sud, deux piliers d'une même famille politique, assis sur le même banc. L'image dit beaucoup d'une époque où une partie de la classe dirigeante calédonienne s'est habituée à gouverner sans contre-pouvoir réel.

La Nouvelle-Calédonie traverse depuis 2024 l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. Reconstruction, crise économique, avenir institutionnel incertain : la population demande de l'efficacité et de l'exemplarité. La confiance dans la parole publique ne se reconstruit pas à coups de subtilités juridiques.

Philippe Gomès a le droit de se défendre, et la justice dira le droit. Mais les Calédoniens, eux, sauront faire la différence entre un homme blanchi et un homme rattrapé par un changement de loi.

(Crédit photo : Jacques Demarthon / AFP/Archives)