Païta dit non à la manif

Résumé IA
À Païta, le lycée professionnel et hôtelier Saint-Jean-XXIII refuse de suivre les appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux, inspirés des mouvements lycéens métropolitains. La directrice, Mme Stumph, invite les familles à privilégier la continuité des apprentissages et la réussite aux examens. L'établissement affiche clairement sa priorité : finir les programmes plutôt que défiler.
Pendant que la Métropole bloque ses lycées, Païta choisit les cahiers plutôt que les banderoles.
À Saint-Jean-XXIII, la directrice a tranché : l'heure est aux examens, pas à la rue.
Un appel venu des réseaux sociaux
Mardi 6 octobre, en Métropole, les lycéens ont de nouveau défilé.
Les organisateurs parlaient d'un « acte III ». Le mouvement ne s'est pas limité aux seuls élèves : une intersyndicale de l'Éducation nationale s'y était jointe, tout comme la CGT, le Parti socialiste et La France insoumise. La Confédération paysanne, elle, avait appelé les agriculteurs à rejoindre les blocages « en tracteur ».
Des lycéens, des syndicats, des partis de gauche et des tracteurs devant les grilles des établissements.
Le tableau parlait de lui-même.
À 17 000 kilomètres de là, en Nouvelle-Calédonie, la situation était tout autre. Et certains établissements scolaires ont tenu à le rappeler clairement, avant que l'agitation ne traverse les océans par la voie des réseaux sociaux.
C'est le cas du lycée professionnel et hôtelier Saint-Jean-XXIII de Païta.
Tout est parti de messages en ligne.
Des appels à manifester avaient commencé à circuler, calqués sur les mouvements lycéens de l'Hexagone. Un simple copier-coller, en somme, d'une mobilisation née dans un tout autre contexte, sur une tout autre réalité.
La direction de l'établissement n'a pas attendu.
Dans un message adressé aux familles la veille de la mobilisation, la directrice, Mme Stumph, a posé les choses sans détour :
Des informations circulent sur les réseaux sociaux appelant à la manifestation demain, à l'image des mouvements lycéens en Métropole.
Puis elle a choisi ses mots avec soin. Elle a invité chacun à faire preuve de discernement et à ne pas confondre les faits avec les actions.
La nuance comptait.
Ce qui se jouait à Paris, à Lyon ou à Marseille n'était pas ce qui se jouait à Païta. Importer une colère par écran interposé ne transforme pas une cour de lycée calédonienne en annexe d'un cortège métropolitain.
Le cap : finir les programmes, réussir les examens
Le message de la directrice ne s'est pas contenté de mettre en garde. Il a fixé une priorité.
Merci à chacun de faire preuve de responsabilité et de privilégier la continuité des apprentissages et la réussite de nos élèves. Les examens arrivent prochainement.
Responsabilité. Continuité. Réussite.
Trois mots que l'on entend trop rarement dans le débat éducatif national, et qui résument pourtant l'essentiel de la mission d'un lycée.
L'établissement a d'ailleurs relayé ce message par une affiche sans ambiguïté, adressée aux élèves comme aux parents. Le slogan était direct :
Il n'est pas le temps de la manifestation, mais le temps de finir les programmes !
Et le calendrier lui donnait raison.
Pour les élèves de seconde et de première bac pro, il s'agissait de boucler les programmes avant les vacances. Car ensuite, ces jeunes partiront en stage, au contact du monde professionnel. Chaque heure de cours manquée ne pourra pas se rattraper plus tard.
Pour les classes à examen, l'urgence était encore plus nette. Les élèves devaient terminer leurs CCF, les contrôles en cours de formation, dans la semaine même. Et réviser pour les épreuves ponctuelles qui, selon les mots de l'affiche, arrivent à grands pas.
Autrement dit, ce n'était pas le moment de rater un jour de classe.
Encore moins pour aller défiler sur des revendications qui ne concernaient pas directement le territoire.
Le lycée avait conclu son affiche par une formule simple :
On compte sur vous ! Pour venir au lycée et non manifester !
Les valeurs plutôt que les slogans
Il y a eu, dans la démarche de Saint-Jean-XXIII, quelque chose qui tranchait avec l'air du temps.
Là où une partie du paysage politique et syndical métropolitain encourageait la mobilisation des mineurs, un établissement calédonien a rappelé aux familles ce qui fait la valeur d'une scolarité : l'effort, la présence, l'engagement dans ses propres études.
Pas de discours victimaire. Pas de surenchère.
Juste un appel au bon sens, adressé avec respect aux élèves et à leurs parents.
L'affiche le résumait en deux phrases : « Réussir aujourd'hui, c'est construire demain » et « Votre engagement fait la différence ». Des mots qui plaçaient l'élève en acteur de son avenir, et non en figurant d'un mouvement qui le dépasse.
La directrice a aussi tenu à rattacher son message à l'identité de l'établissement. Elle a conclu en rappelant la devise associée au saint patron du lycée, le pape Jean XXIII : « Où que tu ailles, vas-y avec ton cœur. »
Une phrase qui, ici, a pris tout son sens.
Aller au lycée avec son cœur, c'est aller en cours. C'est préparer son examen. C'est se donner les moyens de décrocher son diplôme, puis un métier, dans des filières professionnelles et hôtelières où la Nouvelle-Calédonie a besoin de jeunes formés et compétents.
Pendant que la Métropole voyait ses lycées bloqués et ses cortèges défiler sous la bannière de la CGT, du PS et de LFI, Païta a envoyé un autre signal.
Celui d'une école qui croit encore que la réussite se construit en classe.
(Crédit photo : Lycée Professionnel et Hôtelier Saint Jean 23)



