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Tribune

« INDÉPENDANTISTE, MAIS TOUJOURS ÉTRANGÈRE ? »

8 octobre 2026 à 18:00
4 min de lecture
« INDÉPENDANTISTE, MAIS TOUJOURS ÉTRANGÈRE ? »

Résumé IA

Une querelle Facebook oppose les militants indépendantistes Isabelle Michel et Florent Eurissouké en Nouvelle-Calédonie, mêlant attaques personnelles et références aux origines. Ce règlement de comptes soulève la question de la place des non-Kanak dans une éventuelle Nouvelle-Calédonie indépendante, illustrée par les précédents de Fidji et du Vanuatu.

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Quand deux militants indépendantistes règlent leurs comptes sur Facebook, une question bien plus profonde émerge : dans une Nouvelle-Calédonie indépendante, quelle place serait réellement réservée à ceux qui ne sont pas Kanak ?

Depuis quelques jours, un règlement de comptes particulièrement virulent agite les réseaux sociaux calédoniens. Deux personnalités connues dans la sphère indépendantiste, Isabelle Michel et Florent Eurissouké, multiplient les publications, accusations et attaques personnelles. À première vue, une querelle de plus sur Facebook. Des histoires de terrain, des reproches, des captures d'écran et un déballage public dont les internautes sont devenus les spectateurs.

Mais derrière ce spectacle, une question autrement plus importante mérite d'être posée : suffit-il de défendre l'indépendance pour être pleinement accepté par ceux qui la revendiquent ?

Quand les origines reviennent dans la conversation

Isabelle Michel est une femme d'origine métropolitaine qui défend depuis longtemps la cause indépendantiste. Un engagement politique que personne ne peut sérieusement lui reprocher : chacun est libre de ses convictions.

Pourtant, dans cette confrontation, les références aux ancêtres, à la coutume et aux appartenances identitaires se retrouvent mêlées aux attaques personnelles.

Ces échanges ne permettent évidemment pas de juger l'ensemble du mouvement indépendantiste. Mais ils illustrent une question sensible, trop rarement abordée.

Que devient votre légitimité lorsque vos convictions politiques ne suffisent plus et que vos origines entrent dans le débat ?

Vous pouvez soutenir une cause, participer à ses combats, défendre ses représentants pendant des années. Mais si votre appartenance à la communauté politique dépend finalement de votre ascendance, alors votre engagement ne vous garantit rien.

Et c'est précisément là que cette querelle dépasse ses deux protagonistes.

Aujourd'hui militante, demain étrangère ?

Imaginons un instant une Nouvelle-Calédonie indépendante.

Qu'adviendrait-il de ces Calédoniens d'origine européenne, wallisienne, futunienne, asiatique ou d'ailleurs qui auraient pourtant soutenu activement l'indépendance ?

Seraient-ils considérés comme des citoyens à part entière, ou leur appartenance serait-elle perpétuellement remise en question par les courants les plus identitaires ?

Peut-on défendre pendant vingt ans la naissance d'un pays et se retrouver, au lendemain de son indépendance, considéré comme un étranger ?

Cette interrogation n'est pas une invention destinée à alimenter les peurs. L'histoire du Pacifique montre que les tensions entre origine, citoyenneté et pouvoir politique peuvent avoir des conséquences très concrètes.

Fidji et Vanuatu : des précédents qui interrogent

Aux Fidji, les coups d'État de 1987 ont débouché sur une Constitution, adoptée en 1990, privilégiant politiquement les Fidjiens autochtones.

Les citoyens d'origine indienne, pourtant établis dans l'archipel depuis plusieurs générations, ont alors subi des restrictions dans leur représentation et leur accès aux plus hautes responsabilités.

Ces dispositions ont ensuite été réformées, mais le précédent reste particulièrement instructif.

Au Vanuatu, la question se pose différemment. Certaines restrictions constitutionnelles relatives à la double nationalité affectent les droits politiques de catégories particulières de citoyens, avec des distinctions liées notamment à leur statut d'origine ou de naturalisation.

Ces situations ne sont pas identiques à celle de la Nouvelle-Calédonie. Elles rappellent néanmoins une évidence : l'indépendance ne garantit pas, à elle seule, l'égalité politique de tous les citoyens.

Tout dépend du modèle de société que l'on décide de construire.

La République française, une garantie fondamentale

C'est aussi ce qui distingue le cadre républicain français.

L'article premier de notre Constitution pose un principe fondamental : l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de religion.

Bien sûr, cela n'empêche ni les discriminations ni les tensions identitaires. Mais ce principe constitue une protection constitutionnelle, opposable aux pouvoirs publics.

En Nouvelle-Calédonie, la reconnaissance de l'identité kanak et de son histoire est essentielle. Elle ne devrait cependant jamais conduire à considérer que les autres composantes de la population auraient moins de légitimité à participer à l'avenir commun.

On ne construit pas une nation durable en demandant à certains de prouver sans cesse qu'ils méritent d'en faire partie.

Une dispute Facebook, une véritable question politique

Demain, la querelle entre Isabelle Michel et Florent Eurissouké sera probablement oubliée. Les publications auront disparu sous d'autres polémiques et chacun sera passé à autre chose.

Mais une interrogation restera.

Les responsables indépendantistes parlent régulièrement de destin commun, de vivre-ensemble et de construction d'une nation.

Très bien. Mais avec quelles garanties concrètes pour ceux qui ne sont pas Kanak ? Quelle égalité politique ? Quelle citoyenneté ? Quelle protection contre les tentations identitaires ?

Ce sont des questions auxquelles les Calédoniens sont en droit d'obtenir des réponses claires, avant toute décision irréversible sur leur avenir.

Car au fond, cette histoire rappelle une chose :

CE N'EST PAS PARCE QUE VOUS AVEZ COMBATTU POUR LA NAISSANCE D'UN PAYS QUE TOUS CEUX QUI LE DIRIGERONT VOUS CONSIDÉRERONT COMME L'UN DES LEURS.

Et c'est peut-être précisément pour cela que le débat sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie doit d'abord être celui de l'égalité des citoyens, bien avant celui du drapeau.