La stagiaire qui a fait vaciller l'Amérique

Résumé IA
En 1998, le mensonge sous serment du président Bill Clinton au sujet de sa liaison avec la stagiaire Monica Lewinsky déclenche une procédure d'impeachment. La Chambre des représentants vote sa mise en accusation pour parjure et obstruction à la justice en décembre, mais le Sénat l'acquitte en février 1999.
Il a juré. Il a menti. Et l'Amérique entière l'a su. Retour sur l'automne 1998, quand le mensonge d'un président a fait trembler Washington.
Un président, une stagiaire, un serment
8 octobre 1998. La Chambre des représentants vote l'ouverture d'une procédure d'impeachment contre Bill Clinton.
Le dossier qui l'y conduit porte un nom : celui du procureur indépendant Kenneth Starr. Son rapport, remis au Congrès un mois plus tôt, est accablant.
Le motif n'est pas une simple affaire de mœurs. C'est un mensonge sous serment.
Tout part d'une jeune femme de 22 ans, stagiaire à la Maison-Blanche. Monica Lewinsky affirme avoir entretenu une relation intime et consentie avec le président des États-Unis.
Clinton nie. Fermement. Devant les caméras d'abord, avec cette phrase restée célèbre :
Je n'ai pas eu de relations sexuelles avec cette femme. Puis sous serment, devant la justice.
Le problème, c'est que les preuves disent l'inverse.
Il y a les enregistrements. Il y a les témoignages. Et il y a surtout cette robe bleue tachée, conservée par Monica Lewinsky, dont les analyses ADN viendront confirmer ce que le président s'obstinait à démentir.
Pour l'homme censé incarner l'autorité morale du pays, difficile d'imaginer pire.
Un vaudeville au sommet de l'État
L'affaire a tout d'une comédie dramatique. On y croise le héros infidèle, l'inquisiteur implacable, l'épouse digne qui encaisse, la maîtresse candide. Et la confidente qui trahit : Linda Tripp, collègue et amie de Monica Lewinsky, qui avait enregistré leurs conversations à son insu.
Autour d'eux, les hommes de l'ombre. Conseillers, avocats, stratèges.
Les calculs mesquins, les petites vilenies, les demi-vérités soigneusement pesées : rien ne manque. Jusqu'à la grande scène finale, jouée sous le regard avide des caméras du monde entier.
On pourrait en rire. Certains l'ont fait. Le feuilleton a nourri les talk-shows pendant des mois.
Mais réduire ce scandale à une histoire de couloir serait une erreur. Car derrière le grotesque, il y a autre chose. Quelque chose de beaucoup plus inquiétant.
Quand la démocratie est mise à l'épreuve
Ce qui se joue en 1998 dépasse largement la vie privée d'un homme.
La question posée est simple, et redoutable : le président est-il au-dessus des lois ? Peut-il mentir à la justice de son propre pays et rester en place comme si de rien n'était ?
Le 19 décembre 1998, la Chambre répond en votant sa mise en accusation pour parjure et obstruction à la justice. Bill Clinton devient ainsi le deuxième président américain mis en accusation dans le cadre d'un impeachment, après Andrew Johnson en 1868.
Le Sénat, lui, l'acquittera en février 1999. Faute de majorité des deux tiers. Le vote se fait largement selon les lignes partisanes, le camp démocrate faisant bloc autour de son président.
Clinton sauve son fauteuil. Pas sa réputation.
Car les faits, eux, restent. Un juge fédéral le condamnera pour outrage au tribunal en raison de son témoignage trompeur. Son droit d'exercer comme avocat dans l'Arkansas sera suspendu pendant cinq ans.
Au fond, l'affaire Lewinsky rappelle une évidence que l'on aurait tort d'oublier. Les institutions ne tiennent que si ceux qui les incarnent acceptent d'y être soumis. Le serment n'est pas une formalité. Et l'exemplarité n'est pas une option quand on prétend diriger une nation.
Vingt-huit ans plus tard, la leçon n'a rien perdu de sa force.
(Crédit photo : Getty - Getty Images/Hulton Archive)


